Le chemin des morts – François Sureau

François Sureau - Le chemin des morts - Gallimard

Avec le Chemin des morts, François Sureau nous offre en une cinquantaine de pages une image efficace et percutante de la justice, dans un style concis et précis, sans pathos, sans développement inutile.

En 1983, François Sureau n’a pas vingt-cinq ans lorsqu’il entre au Conseil d’Etat, avec l’enthousiasme du jeune juriste pleins d’idéaux et fraîchement sorti de l’école de droit. Il déchantera rapidement, mais sera vite affecté à la commission de recours des réfugiés (aujourd’hui Cour nationale du droit d’Asile), présidé par Georges Dreyfus.

Les dossiers de demandeurs d’asile sont divers et variés, le jeune juriste est ravi. Et puis un jour, arrive un dossier un peu différent. C’est la demande de l’ancien militant basque Javier Ibarrategui, réfugié en France depuis près de dix ans, qui atterri sur son bureau et qui doit faire l’objet d’un rapport. Quelle décision prendre ? Appliquer la Convention de Genève ? Désavouer le gouvernement espagnol ? Croire les paroles d’un ancien membre de l’ETA ?

La décision n’est pas facile pour le jeune juriste, qui a de belles idées très arrêtées sur la justice et le droit, avec sa tête pleine de certitudes. Le chemin des décisions est compliqué, et certaines sont difficiles à prendre, peuvent marquer une vie, la marquer à un point tel qu’elles en deviennent, plus de vingt ans après, le bref et percutant récit Le chemin des morts.

Le titre de ce récit contient tout un symbole, Le chemin des morts étant une notion basque, pour désigner lors d’un décès le chemin particulier et unique, qui part de la maison du défunt jusqu’au cimetière. Particulier et unique en effet car chaque famille a le sien.

Particulier et unique comme l’est ce témoignage de François Sureau, juriste mais aussi écrivain.

Les premières lignes du récit Le chemin des morts :

Les années quatre-vingt sont loin et me font penser à l’avant-guerre, mais à une avant-guerre que nulle guerre n’aurait conclue, et qui aurait simplement changé de cours. Quant à ceux qui l’ont vécue, faute de batailles et d’aventures ils ressemblent à présent à des égarés.

La présentation de l’éditeur Gallimard du récit Le chemin des morts :

Paris, début des années 1980. Un ancien militant basque refuse de rentrer en Espagne après vingt ans d’exil. Il réclame la protection de la France, car il se dit menacé de mort dans son pays.

Pour la justice française, l’affaire est délicate. Accéder à cette demande, c’est nier le retour de l’Espagne à la démocratie et à l’État de droit. Refuser serait faire preuve d’aveuglement sur la réalité de ces assassinats visant régulièrement les ex-opposants du franquisme. C’est au narrateur de ce livre, un jeune juriste encore inexpérimenté, qu’il va revenir de trancher.

De la décision de justice qui sera prise et du drame qui en découlera François Sureau a tiré le plus bref et le plus saisissant de ses textes.

François SUREAU, Le chemin des morts
Parution : Septembre 2013 – Gallimard

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