Le chant de la Tamassee – Ron Rash

Ron Rash - Le chant de la Tamassee - Seuil

Le décès de la petite Ruth Kowalski, qui s’est noyée dans la rivière la Tamassee, va déclencher les passions, les mots vont s’enflammer entre les partisans de l’intégrité de la rivière sauvage et ceux qui comprennent que la famille souhaite récupérer à tout prix le corps de la fillette, coincé au fond de la rivière.

Une tentative a déjà eu lieu pour tenter de le récupérer, mais le courant est tellement fort que seule la mise en place d’un barrage semble être la solution et cela aurait pour effet de modifier la rivière. Or, une loi protège cette rivière sauvage et interdit toute intervention susceptible d’en modifier le cours et de « l’abîmer ».

Cette histoire est l’occasion pour Ron Rash d’écrire un roman à forte connotation écologique. Les débats sont houleux entre les militants, les personnes du cru, les sauveteurs professionnels, les parents de Ruth. Ron Rash semble avoir fait très attention à bien prendre en compte de façon équitable chaque opinion, chaque point de vue, en donnant autant d’importance à l’un qu’à l’autre. Cela donne parfois à ce roman un petit côté documentaire intéressant, tout en mettant en avant le fort côté humain des croyances et des certitudes.

En parallèle, à l’occasion de ce drame, une photographe originaire de la région, va venir prendre des photos avec son collègue journaliste, raviver des souvenirs, ses amours passées avec Luke, l’un des principaux défenseurs de la rivière, ses relations tendues avec son père mourant, son enfance. Les histoires parallèles sont bienvenues et permettent de donner un accent plus romanesque que politique à la trame principale de ce roman, très centrée autour de la rivière la Tamassee (A noter que Ron Rash s’est inspiré d’une rivière réelle, la Chattooga, pour écrire ce roman).

Le style est fluide et le sujet est intéressant, d’autant plus qu’il est traité avec neutralité, permettant à chaque position de se développer et d’avoir sa place à part entière. Ceci étant, cette neutralité enlève aussi un peu du piment qui ponctue de manière plus marquée et plus épicée ses précédents livres, beaucoup plus sombres, plus acides et plus âpres. Avec Le Chant de la Tamassee, plus policé peut-être, et en tout cas, beaucoup moins noir, Ron Rash sort un peu du registre auquel il nous avait habitué.

Même si je préfère toujours Un pied au paradis ou ses nouvelles Incandescences par exemple, je recommande malgré tout la lecture de ce dernier roman.

L’avis de Jostein, Léa, Clara, d’Ariane et du Bouquineur.


Les premières lignes de Le chant de la Tamassee :
(ou un extrait plus long)

Elle descend le chemin qui longe la rivière, laissant derrière elle ses parents et son petit frère toujours autour du pique-nique. Elle a douze ans et ce sont les vacances de Pâques. Son père a pris un congé, ils ont suivi vers le sud la chaîne des Appalaches, premier arrêt à Gatlinburg, puis les Great Smoky Mountains et enfin cette rivière.

La présentation de Le chant de la Tamassee par les éditions du Seuil :

La Tamassee, protégée par le Wild and Scenic Rivers Act, dessine une frontière entre la Caroline du Sud et la Géorgie. Ruth Kowalsky, 12 ans, venue pique-niquer en famille sur sa rive, fait le pari de poser un pied dans chaque État et se noie. Les plongeurs du cru ne parviennent pas à dégager son corps, coincé sous un rocher à proximité d’une chute. Inconscient des dangers encourus, son père décide de faire installer un barrage amovible qui permettra de détourner le cours de l’eau. Les environnementalistes locaux s’y opposent : l’opération perturbera l’état naturel de leur rivière, qui bénéficie du label « sauvage ». Les deux camps s’affrontent violemment tandis que le cirque médiatique se déchaîne de répugnante manière et que des enjeux plus importants que la digne sépulture d’une enfant apparaissent…

Le Chant de la Tamassee, deuxième roman de Ron Rash, publié aux États-Unis avant Le Monde à l’endroit, est le plus représentatif de l’engagement de l’auteur pour la protection de l’environnement. Tout en décrivant un drame humain déchirant, il y rend hommage à ses références avouées, Peter Matthiessen et Edward Abbey.


Challenge Rentrée littéraire janvier 2016Ron RASH
Le chant de la Tamassee
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez
Seuil, janvier 2016, 234 pages
VO : 2004, Saints at the River

24 réflexions au sujet de « Le chant de la Tamassee – Ron Rash »

  1. Cher confrère,
    Je suis impressionnée par votre maitrise de la critique littéraire! En la lisant, elle m’a fait sourire car je me suis arrêtée par plus tard que ce matin devant ce roman, dans une librairie ;) Mais je venais vous parler d’autre chose… Je me lance moi aussi dans la critique littéraire! Si vous le permettez, je vous partage le lien ici: bazarcritique.wordpress.com Peut-être viendriez-vous y faire un tour? Je me lance, toute critique est donc bonne à prendre pour moi! :)
    A bientôt

  2. Je l’ai et ma chronique ressemble beaucoup à la tienne. J’ai beaucoup aimé Un pied au paradis (et j’ai Incandescence qui m’attend (ce mois-ci)) et comme toi je pense que c’est un auteur à suivre. Serena, j’ai vu film et l’histoire ne m’a pas du tout tenté.

    Pour information, il a écrit ce roman il y a une dizaine d’années donc au final, je pense qu’il s’est amélioré avec le temps !

    • Oui, c’est ce que je me suis dit aussi, comme si, avec le temps, il avait pris plus d’assurance et avait développé et affirmé son style.

  3. ma seule expérience avec Ron Rash fut pour Serena et je n’avais vraiment pas aimé (pour tout dire j’ai abandonné au bout de 50 pages). Je surveille celui-ci en tout cas ;)

  4. Mon avis est plus mitigé que le tien (mon billet sera en ligne dans quelques jours), j’ai trouvé le thème très intéressant, mais Ron Rash m’a habituée à mieux au niveau du traitement des personnages…

    • Oui Keisha, je trouve en effet que Ron Rash est un très auteur à suivre, et à découvrir si ce n’est déjà fait. En plus, il a l’air très sympa !

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