L’amour et les forêts – Eric Reinhardt

Eric Reinhardt - L'amour et les forêts - Gallimard

- Rentrée Littéraire 2014 –

L’amour et les forêts est un très bon livre, très bien écrit, qui va certainement avoir un prix et qui se trouve en lice pour le Renaudot, le Médicis, le Prix Jean Giono, le Prix interallié et même le Goncourt.

Mais voilà, je ne l’ai pas aimé du tout.

Cela n’enlève rien au fait que ce soit un livre très TRES bien écrit, dans un style que je découvre (et à s’arrêter au style, qui vaut vraiment la peine), qui se lit tout seul, sans peine, et sur lequel on peut extrapoler quant à son intérêt, ses images, le sens caché de tel ou tels propos, etc. Les lecteurs qui ont aimé – et qui sont très largement majoritaires – en diront du bien beaucoup mieux que moi.

Mais que ce livre m’a agacée !

Ce que je croyais lire : l’histoire d’une femme harcelée par son mari (mea culpa, je me suis trompée).

Ce que j’ai lu : l’histoire d’une femme narcissique et orgueilleuse, qui après quinze ans de mariage et deux enfants, en a ras le bol, s’inscrit sur Meetic, répond aux hommes (nécessairement) graveleux de manière vulgaire et crue, sauf au prince (nécessairement) charmant, qu’elle rencontrera la semaine suivante, pour se faire « sauter » tout un jeudi après-midi.

Son mensonge est tellement peu crédible, que même sa fille ne l’a croit pas, ni son mari bien sûr, qui insiste pour savoir la vérité. Après lui avoir menti pendant deux mois, à coup de « C’est ça que tu veux, que je m’invente un adultère et que je te raconte comment on baise« , « elle lui raconta son après-midi dans les moindres détails, hors d’elle, avec mépris, lui infligeant des phrases aussi brutales que des crachats, précises et humiliantes ».

Alors non, je n’ai ressenti aucune compassion pour le personnage principal, Bénédicte Ombredanne (issu d’une rencontre réelle de Reinhardt avec une lectrice, qui l’a touchée et qui lui a donné envie d’écrire ce livre), aucune empathie, aucun intérêt pour cette femme seule et visiblement sans ami, suicidaire et dépressive et qui ne semble pas un instant se remettre en question.

Je ne dis pas qu’il n’existe pas d’homme harceleur ou pervers narcissique, ça existe vraiment, et c’est un sujet grave. Mais ce n’est pas ce qui est traité ici.

Et puis, les adjectifs péjoratifs pour le mari, et les gentils adjectifs tirent larmes pour la pauvre Bénédicte, au bout d’un moment, ça suffit. A trop vouloir me faire entrer dans un schéma de pensées prédéterminées, mon agacement a atteint son apogée.

Alors oui, plus tard, vers la fin du livre (que je ne raconterai pas …) le comportement de Bénédicte va (tenter) de s’expliquer, mais je n’ai pu m’accrocher à aucun des personnages, ni elle, ni sa famille, ni le narrateur, ni à Eric Reinhardt …

Ce livre, je ne l’ai pas aimé, mais il est très bien réussi : cela faisait longtemps qu’une histoire et ses personnages ne m’avaient pas autant agacée. C’est donc un livre qui produit de l’émotion, ne laisse pas indifférent, et en soi, c’est déjà une prouesse littéraire.

=> L’avis de Coralie, qui m’a prêté ce livre et qui fait partie de ceux qui ont beaucoup aimé. Sans rancune ?

Prix Littéraire Prix du Roman France Televisions 2014

La première phrase de L’amour et les forêts :

J’ai eu envie de connaître Bénédicte Ombredanne en découvrant sa première lettre : c’était une lettre dont la ferveur se nuançait de traits d’humour, ces deux pages m’ont ému et fait sourire, elles étaient aussi très bien écrites, c’est un alliage suffisamment rare pour qu’il m’ait immédiatement accroché.

La présentation de Gallimard (ou lien direct site) :

À l’origine, Bénédicte Ombredanne avait voulu le rencontrer pour lui dire combien son dernier livre avait changé sa vie. Une vie sur laquelle elle fit bientôt des confidences à l’écrivain, l’entraînant dans sa détresse, lui racontant une folle journée de rébellion vécue deux ans plus tôt, en réaction au harcèlement continuel de son mari. La plus belle journée de toute son existence, mais aussi le début de sa perte.
Récit poignant d’une émancipation féminine, L’amour et les forêts est un texte fascinant, où la volonté d’être libre se dresse contre l’avilissement.

Challenge RL 2014Eric REINHARDT, L’amour et les forêts
Parution : Août 2014, Gallimard, 368 p.

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(Dernière mise à jour : 09/10/2014)

16 réflexions au sujet de « L’amour et les forêts – Eric Reinhardt »

  1. Je vois que la duplicité du pervers narcissique de mari opère jusque chez les lecteurs. C’est un mari malsain qui enferme sa femme dans un rôle qu’elle ne veut pas et parvient même à retourner ses enfants contre sa femme. Ses mots sont des coups de poings. Ce que je ne comprends pas moi, c’est qu’elle ne le quitte pas pour aller vivre sa vraie vie avec l’autre. Et c’est en ça qu’on voit à quel point il a réussi à avoir la main sur son esprit. J’ai beaucoup aimé ce livre qui dérange certes, parce qu’il dépeint une violence conjugale qui ne laisse pas de bleus.

    • Cela me surprend toujours cette soumission, mais je crois qu’une femme battue, physiquement mais aussi psychologiquement, a du mal à faire face, tout simplement, et se laisse totalement submerger. Mon problème avec ce livre, c’est que je n’ai pas vu la duplicité du pervers narcissique du mari, mais la duplicité féminine ; je suis passée clairement à côté.

  2. Je ne pourrais jamais deviner à l’avance qui aimera un livre de Reinhardt. D’ailleurs en général je ne conseille pas ce livre sans prévenir que quelque chose de totalement hors de contrôle opère dans son écriture sur moi. Par contre il faudra qu’on en parle, effectivement, parce que je ne comprends même pas ce que tu dis. J’ai l’impression d’avoir lu un autre livre et je te trouve super dure avec cette femme et avec ce qu’elle vit le jeudi, même si j’admets que la rencontre n’est pas romantique du tout. Elle ne se fait pas juste « sauter », et, quand bien même ce serait le cas.. Pas de quoi la discréditer pour ça. De même, je ne sais pas pourquoi elle est narcissique ? Et j’ai adoré le récit de leur rencontre, comme si tout était vicié depuis le début. Enfin, oui, elle m’a marquée par ce qu’elle projette sur cette journée, et la relation violente avec son mari… Moi ça m’a passionnée. Rah lala! Ça appelle de toute urgence une bonne tasse de thé et de la musique pour apaiser les esprits. :D On se voit quand tu veux.

    • Ben, ce n’est pas grave, c’est très bien écrit, donc ça n’a pas été un cauchemar de le lire :-)
      Et je pense que les lecteurs qui aiment ce livre, sont comme toi agréablement marqué par le personnage de Bénédicte, ses projections, etc. Sur moi, cela fait l’effet inverse, pourquoi ? Alors ça …
      D’accord, d’accord pour un moment débat/thé/musique ! A très vite :D

  3. « Marrant » j’en discutais cet aprem avec une amie et on se disait qu’on arrivait pas à l’attraper pour le lire…. Je crois que je crains un peu de penser comme toi, je sais pas… bon, aller je vais essayer de le lire tout bientôt :-)

    • Séverine, s’il existe une petite chance que tu penses comme moi, lis le, pour me rejoindre sur mon île isolée des déçue(s) de l’amour et les forêts !

    • Je suis très intéressée de connaître l’impression d’autres lectrices sur ce livre, parce que je m’étonne de ne pas l’aimer …

  4. Comme Eva, ce livre me rend plutôt curieuse… je croyais aussi qu’il s’agissait d’un mari pervers et harceleur… et que la pauvre Bénédicte était une victime… Je ne sais plus quoi en penser, donc il faudra que je le lise !

    • Kathel, oui, c’est bien comme cela que c’est présenté, et visiblement, comme cela que le lecteur est supposé comprendre le roman. Bien sûr, le livre parle un petit peu du mari pervers et harceleur, mais si je ne l’avais pas entendu dans la presse, j’aurais dit, le « prétendu » mari harceleur et pervers … car à la lecture du roman, le message ne passe pas pour moi.

  5. ton billet va à l’encontre d’à peu près tout ce que j’ai lu et entendu sur ce roman :-) ce qui est drôle, c’est que ton billet me donne maintenant envie de lire le livre pour me faire ma propre opinion ;-)

    • Eva, je crois qu’étant la seule, je n’ai rien compris, c’est tout, et suis passée totalement à côté. Il m’a tellement agacé ce livre, que rien que d’y penser, cela m’agace encore ;-) Oui, lis le, j’ai vraiment envie d’en parler de vive voix !

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