La septième fonction du langage – Laurent Binet

Laurent Binet - La septième fonction du langage - Grasset

Février 1980. Roland Barthes meurt en sortant d’un déjeuner avec François Mitterand. Il apparait bien vite qu’il ne s’agit pas d’un accident, mais d’un meurtre. Un document essentiel sur la septième fonction du langage se trouvait dans la poche intérieur de sa veste.

Derrière un titre assez pompeux, c’est en réalité un roman totalement fffoutraque – on ne se rend pas compte du haut niveau de délire au début, mais c’est du très très grand délire. Une enquête va donc être menée pour découvrir ce qui est arrivé à Roland Barthes. Le lecteur adepte des années 1980 va être servi. Il va pouvoir côtoyer Mitterrand, Giscard, Rocard mais pas seulement les grands de la politique, ceux du Tennis également et surtout, les intellectuels et philosophes comme Philippe Sollers (le pauvre, il va lui arriver des choses terribles…), Umberto Eco, Foucault, BHL et des tas d’autres.

Bien évidemment, les références à la linguistique et la sémiologie sont nombreuses, Roland Barthes oblige. C’est un livre truffé de définitions, d’explications, d’apartés, de digressions pas toujours très claires, mais il ne faut pas s’attendre à tout suivre en commençant ce livre. C’est un roman totalement barré sur une base totalement sérieuse. C’est dense et intello, un joyeux mélange d’intelligence, d’humour et d’originalité.

Mais voilà, sur près de cinq cent pages, ce fut parfois un peu trop. Le début est un vrai régal, j’ai même cru que ce livre serait un méga coup de coeur. C’est bien écrit, l’attrait de la nouveauté est présent, c’est surprenant et drôle, et à chaque page, je trépignais de suivre le chemin de Laurent Binet, de voyager dans le centre du langage, de ses signifiés et signifiants, de ses dédales sémiologiques.

Mais à partir de la deuxième partie, j’ai commencé à trouver que ça dérapait parfois un peu dans tous les sens. Il m’a semblé que derrière l’intelligence du propos et la volonté d’analyser à l’extrême la langue, un rien de concision n’aurait pas été nuisible. Plus le livre se poursuivait, entre Bologne, Paris, Venise, plus j’étais dubitative. Une sensation de « ce-n’est-pas-un-peu-n’importe-quoi-là ? » s’est fait ressentir de plus en plus souvent et j’ai à plusieurs reprises lâché un peu le fil. J’ai finalement terminé ce livre avec quelques difficultés.

La sensation finale ? Brillant certes, mais trop long et beaucoup trop excessif pour moi. La raison est peut-être que je n’ai jamais adoré la linguistique, et même si Laurent Binet me réconcilie avec Jakobson, je n’ai pas réussi à adhérer sur la durée à cet ovni littéraire. Cela ne m’empêchera pas de regarder dans les salons littéraires les petits doigts des intervenants.

Les avis de Delphine, Sandrine, Caroline, Léa, Papillon,

Prix LittérairesPrix FNAC 2015
Prix Interallié 2015
2e sélection du Prix de Flore 2015 / 2ème sélection du Prix Renaudot 2015
1ère sélection Prix Femina 2015
Sélection Télérama 2015

Les premières lignes :
(lire un extrait plus long)

La vie n’est pas un roman. C’est du moins ce que vous voudriez croire. Roland Barthes remonte la rue de Bièvre. Le plus grand critique littéraire du XXe siècle a toutes les raisons d’être angoissé au dernier degré. Sa mère est morte, avec qui il entretenait des rapports très proustiens.

La 4e couverture des éditions Grasset :

« A Bologne, il couche avec Bianca dans un amphithéâtre du XVIIe et il échappe à un attentat à la bombe. Ici, il manque de se faire poignarder dans une bibliothèque de nuit par un philosophe du langage et il assiste à une scène de levrette plus ou moins mythologique sur une photocopieuse. Il a rencontré Giscard à l’Elysée, a croisé Foucault dans un sauna gay, a participé à une poursuite en voiture à l’issue de laquelle il a échappé à une tentative d’assassinat, a vu un homme en tuer un autre avec un parapluie empoisonné, a découvert une société secrète où on coupe les doigts des perdants, a traversé l’Atlantique pour récupérer un mystérieux document. Il a vécu en quelques mois plus d’événements extraordinaires qu’il aurait pensé en vivre durant toute sa vie. Simon sait reconnaître du romanesque quand il en rencontre. Il repense aux surnuméraires d’Umberto Eco. Il tire sur le joint. »
Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L’hypothèse est qu’il s’agit d’un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l’époque, tout le monde est suspect.

Challenge RL 2015challenge-un-pave-par-moisLaurent BINET
La septième fonction du langage
Grasset, Août 2015, 496 pages

32 réflexions au sujet de « La septième fonction du langage – Laurent Binet »

      • J’attendais de savoir si oui ou non j’allais remporter le livre via le challenge de la rentrée littéraire de priceminister. Comme je n’avais reçu ni mail ni livre, j’ai cru que c’était cuit et puis contre toute attente le facteur est passé hier ou avant-hier et m’a apporté « Les Assassins » de R.J. Ellory. J’achèterai donc le Laurent Binet et je t’en donnerai des nouvelles :-)

  1. C’est vrai que 500 pages, c’est quand même beaucoup. Je verrai si un jour je suis en forme, mais j’ai toujours un peu peur de me retrouver au boulot dans le bouquin que je lis et ça, c’est désagréable quand même ;)

  2. Mon billet sera en ligne en fin de semaine, mais grosso modo il est dans le même esprit que le tien : c’est brillamment foutraque, et au début complètement jubilatoire…ensuite ça frôle le grand-guignolesque et je me suis un perdue dans le dédale de rebondissements, ça manquait de concision et de concentration…c’est dommage, car c’est un roman original, extrêmement bien écrit et plutôt érudit tout en restant très accessible, mais il y a une bonne 50aine de pages en trop, et l’intrigue aurait mérité d’être plus resserrée.

      • Je viens de lire le billet d’Eva et je lis le tien qui confirme donc que la deuxième partie déçoit pas mal … un avis commun qui me confirme que j’ai d’autres lectures plus urgentes à faire !

        bon week-end

          • Je pense justement que ce livre est fait pour les personnes qui ont fait des études linguistiques. Les repères seront plus faciles, les références plus évidentes, la compréhension de certains passages plus aisée, et les explications sur la septième fonction du langage plus claires à mon avis que des personnes néophytes qui découvrent tout.

    • Il n’est pas parfait, mais il est tellement original qu’il mérite d’être découvert. Et comme tu es cultivée Keisha, je pense que tu te retrouveras bien dans l’érudition du livre, qui lui donne un côté très intéressant.

  3. Pour ma part, j’ai eu un léger coup de mou sur le passage qui se déroule aux Etats-Unis, mais sinon, comme tu le sais, j’ai été complètement conquise.
    J’ai, au contraire de toi, particulièrement apprécié l’épisode du logos club à Venise, que j’ai trouvé à la fois ludique et malin.
    En tout cas, comme tu le soulignes, un véritable OVNI littéraire, et l’inventivité et l’audace, je trouve que ça fait beaucoup de bien !

    • J’aime aussi beaucoup l’audace dans un livre, découvrir un thème différent, être surprise par angle inattendu, et pour le coup, on peut dire que j’ai été servie ! J’ai bien aimé également l’idée des joutes oratoires (tu sais qu’il en existe réellement qui ont eu lieu régulièrement au Palais de Justice à Paris ?) et comme toi, j’ai préféré les passages en Italie que celui aux Etats-unis. Mais j’aurai préféré qu’il reste plus sur la durée, sur la même ligne que le début du roman.

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