La route étroite vers le nord lointain – Richard Flanagan

Richard Flanagan - La route étroite vers le nord lointain - Actes Sud

Man Booker Price 2014, La route étroite vers le nord lointain est également l’un des 4 livres sélectionnés dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs Lecteurs 2016. Sera-t-il aussi distingué par un Prix Français ?

Dorrigo Evans est un vieil homme qui doit écrire la préface d’un livre sur la construction d’une ligne de chemin de fer japonaise des années 1940. C’est l’occasion pour lui de revenir sur son passé de médecin militaire, ses souvenirs de guerre, mais aussi ses histoires d’amour.

La route étroite est un grand roman à la fois historique, fictionnel, intime et psychologique, qui interroge de manière assez fine la violence des relations humaines. Si cette violence apparait de manière visible en temps de guerre, elle existe également dans les relations amoureuses, en prenant alors une autre forme, moins frontale, mais tout autant destructrice.

WARNING : Une fois dans le livre, Richard Flanagan réussit avec son 6e roman à emporter le lecteur dans le plaisir de sa magnifique plume. Il existe malgré tout un gros problème : il faut réussir à entrer dans le livre. Clairement, la première partie du roman, principalement axée sur la guerre (jusqu’à la page 68) est parfois une épreuve de force. C’est seulement avec l’arrivée de la deuxième partie et l’histoire d’amour avec Amy (la jeune femme de l’oncle de Dorrigo) que le soulagement arrive. Il faut donc faire preuve de patience.

Mais une fois dans le rythme agréablement balancé de Richard Flanagan, ce texte joliment introspectif et d’une réelle profondeur intime, est un vrai plaisir. A chaque pas dans la vie et les pensées de Dorrigo, la beauté du style s’exprime de manière de plus en plus évidente, les parties historiques vont alors s’imbriquer dans la mémoire amoureuse, s’entremêler pour enchanter le lecteur adepte de « grande » littérature et de fresque romanesque. Richard Flanagan a vraiment le don de la description, de la précision historique – ce livre est très détaillé et précis sur ce point -, et il sait, semble-t-il sans difficulté, tisser et emprisonner ces personnages dans une belle et dense toile narrative.

Certes, ce n’est pas un livre toujours gai et plein d’enthousiaste, mais le fait d’explorer avec autant de densité et de justesse les points forts de la vie d’un homme (inspirée d’une histoire vraie, celle du père de l’auteur), rend ce livre dramatique, et en même temps empli d’espoir, lumineux en dépit de sa noirceur parfois à la limite du supportable.

La petite info en plus pour vous inciter à passer le cap de la première partie (et arriver à la page 131) : La route étroite vers le nord lointain est le titre d’un « merveilleux haibun de Basho » (Haibun, mélange de prose et de haiku).

Lecture commune avec Marjorie, à l’avis mitigé.
Les avis de Leiloona, Sylire, Meelly et Caroline.


Les premières lignes de La route étroite vers le nord lointain :
(Lire un extrait plus long)

Pourquoi, au commencement des choses, y a t-il toujours de la lumière ? Dans les premiers souvenirs de Dorrigo Evans, le soleil inonde la salle paroissiale où il est assis avec sa mère et sa grand-mère.

La présentation des éditions Actes Sud :

En 1941, Dorrigo Evans, jeune officier médecin, vient à peine de tomber amoureux lorsque la guerre s’embrase et le précipite, avec son bataillon, en Orient puis dans l’enfer d’un camp de travail japonais, où les captifs sont affectés à la construction d’une ligne de chemin de fer en pleine jungle, entre le Siam et la Birmanie.
Maltraités par les gardes, affamés, exténués, malades, les prisonniers se raccrochent à ce qu’ils peuvent pour survivre – la camaraderie, l’humour, les souvenirs du pays.
Au coeur de ces ténèbres, c’est l’espoir de retrouver Amy, l’épouse de son oncle avec laquelle il vivait sa bouleversante passion avant de partir au front, qui permet à Dorrigo de subsister.
Cinquante ans plus tard, sollicité pour écrire la préface d’un ouvrage commémoratif, le vieil homme devenu après guerre un héros national convoque les spectres du passé.
Ceux de tous ces innocents morts pour rien, dont il entend honorer le courage.
Ceux des bourreaux, pénétrés de leur “devoir”, guidés par leur empereur et par la spiritualité des haïkus.
Celui d’Amy enfin, amour absolu et indépassable, qui le hante toujours.
Les voix des victimes et des survivants se mêlent au chant funèbre de Dorrigo, se répondent et font écho. À travers elles, la “Voie ferrée de la Mort”, tragédie méconnue de la Seconde Guerre mondiale, renaît sous nos yeux, par-delà le bien et le mal, dans sa grandeur dérisoire et sa violence implacable.
Porté par une écriture d’une rare intensité poétique, La Route étroite vers le Nord lointain est un roman puissant sur l’absurdité de la condition humaine, une méditation ombreuse sur l’amour et la mort, un cri contre la précarité de la mémoire et l’inacceptable victoire de l’oubli.


PRIX RELAY LOGORichard FLANAGAN
La route étroite vers le nord lointain
Traduit de l’anglais (Australie) par France Camus-Pichon
Actes Sud, Janvier 2016, 432 pages.

16 réflexions au sujet de « La route étroite vers le nord lointain – Richard Flanagan »

  1. ça me tente assez, c’est un auteur que je n’ai jamais lu du coup j’ai quand même un peur de ne pas accrocher au style d’après ce que tu en dis!

    • Première découverte pour moi également. En étant prévenue, ça vaut la peine de tenter, et je pense qu’en commençant à la page 69, ça ne gêne pas trop pour la suite du roman ;-)

  2. Je ne vais donc pas le lire tout de suite car là j’ai besoin de quelque chose de pas trop alambiqué qui me raconte une histoire avec du sens. Du coup, j’ai commencé un roman de Jeanne Bourin (peu de risque que je sois déçue).

  3. Bon, tu l’as vu, de mon côté, je suis passée à côté. Même si j’en distingue les qualités, je n’ai pas réussi à me plonger dedans. Et je me suis bien davantage attachée aux personnages secondaires, qu’aux 2 personnages principaux, et j’avoue que ça a quand même été un souci pour moi.

    • Oui, j’ai vu ça, mais je comprends tes difficultés car mon début a vraiment été laborieux, et je n’ai pas toujours été passionnée par les développements sur la guerre. C’est vraiment les relations humaines qui ont pris le dessus. Ca ne m’étonne donc pas du tout que tu te sois attachée aux personnages secondaires.

      • C’est difficile pour moi aussi de poursuivre un roman quand je n’accroche pas dès le début. Récemment j’ai interrompu The Mirror Thief pour cette raison… alors que plein de gens semblent dire qu’il est super, sur GoodReads ! :/

        • Comme je devais le lire dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs Lecteurs, je me suis forcée à passer les premières pages, je ne sais pas si je l’aurais fait sinon … En tout cas, merci pour cet avis sur The Mirror Thief, je le garde dans un coin de ma tête.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>