La renverse – Olivier Adam

Olivier Adam - La renverse - Flammarion

La renverse, c’est ce changement de cap que prend la famille d’Antoine quand un scandale sexuel vient éclabousser sa mère, et indirectement son père, son jeune frère Camille et lui-même.

Jean-François Laborde est un homme politique connu pour ses nombreuses aventures sentimentales et sexuelles. Quand sa mère devient son assistante, alors qu’elle n’a aucun lien avec la politique, les rumeurs de liaison existent, mais restent discrètes. Quand un scandale sexuel fait la première page de tous les quotidiens, quand ce scandale implique Jean-François Laborde, mais également sa mère, c’est tout l’univers d’Antoine qui s’effondre.

Le livre commence cependant avec l’information de la mort de Jean-François Laborde. Antoine est devenu un adulte trentenaire, libraire en Bretagne, un peu désabusé, un peu mélancolique, un peu semblant vivre à côté de sa vie, faisant du surplace. Ce décès ravive tous les souvenirs désagréables de cette période de scandale, qui sont racontés avec le recul du temps qui a passé, et permet peut-être de lui faire comprendre ce qu’il (n’) est (pas) devenu.

Olivier Adam réussit brillamment la narration des blessures intimes en décrivant en profondeur les pensées, les doutes et les douleurs d’Antoine. L’introspection est assez importante – bien plus que la narration factuelle du scandale en lui-même – et l’analyse de tout ce qui entoure un tel événement est très bien menée. Elle s’accompagne d’une description convaincante des lieux et des personnages. On s’étonne du père absent, qui s’enferme dans son monde pour s’aveugler (ou faire mine de), on constate sans surprise qu’une rumeur se transforme vite en une vérité, on assiste en spectateur stupéfait (et en même temps, ce qui est terrible, non totalement surpris – on pense à certains hommes politiques …) à une idée faussée de la justice, à la destruction d’une vie sociale, familiale, à une destruction qui semble sans retour.

Ce livre est écrit avec une plume admirable, malgré quelques longueurs, dans une ambiance assez lente et mélancolique, au coeur même de l’intime, avec beaucoup de justesse et sans excès, avec du suspens et beaucoup de sensibilité, sans jugement mais avec un regard de fin observateur, avec beaucoup de bienveillance.

Pour en savoir plus, Olivier Adam est l’invité de La Grande Librairie jeudi 21 janvier 2016.

L’avis coup de coeur de Virginie.


Les premières lignes de La renverse :

J’ai pris le sentier longeant les falaises. Quelques fleurs de bruyère résistaient encore, parmi les premiers ajoncs et les restes de fougères brûlées par le froid. Je suis resté un moment là-haut, le temps de griller les cigarettes qui me faisaient office de petit déjeuner.

La présentation de La renverse par les éditions Flammarion :

« Ce n’est qu’au moment d’entrer dans le bar-tabac que la nouvelle m’a vraiment heurté, qu’elle a commencé à filer le tissus du drap que je tendais depuis des années sur cette partie de ma vie. J’ai demandé deux paquets de cigarettes, salué les habitués du plat du jour. Au-dessus des tables, un téléviseur s’allumait sur une chaîne d’information en continu. A l’instant où j’y posé les yeux, le visage éminemment télégénique de Jean-François Laborde s’est figé sur l’écran. J’ai demandé qu’on augmente le volume. On annonçait son décès dans un accident de voiture. Suivait un rappel succinct de sa biographie. Fugacement, la pensée, absurde étant donné le temps accordé à l’information, qu’il n’avait pas été fait mention de ma mère m’a traversé l’esprit. »

Dans La renverse, Olivier Adam retrace l’itinéraire d’Antoine, dont la vie s’est jusqu’à présent écrite à l’ombre du scandale public qui a éclaboussé sa famille quand il était encore adolescent. Et ce faisant, il nous livre un grand roman sur l’impunité et l’humiliation, explorées au sein de la famille comme dans l’univers politique.


Challenge Rentrée littéraire janvier 2016Olivier ADAM
La renverse
Flammarion, Janvier 2016, 268 pages

37 réflexions au sujet de « La renverse – Olivier Adam »

  1. J’ai adoré… Le style, les ambiances, les émotions…
    J’avais beaucoup aimé aussi peine perdue mais avais été déçue des vents contraires : trop de descriptions répétitives au détriment de l’approfondissement des sentiments et pourtant j’adore ma Bretagne natale!!!
    Il faut absolument que je lise les lisieres qui semble faire l’unanimité

  2. Je ne l’ai jamais lu, mais j’ai vu l’adaptation des « Vents contraires » (avec Audrey Tautou) et l’histoire m’avait beaucoup touché, donc … et la Bretagne, j’adore ;-)

    Pour la LGL, comme Eva, pas regardé depuis au moins 6 semaines mais je vois que Ron Rash sera présent. Je la regarde en replay le dimanche aussi …

    • Je vois Electra que nous avons la même habitude du dimanche , que tu aimes aussi Ron Rash, la Bretagne et qu’il t’a déjà touchée … bref, je pense qu’une découverte d’Olivier Adam devrait te plaire.

  3. J’ai longtemps lu cet auteur et je me suis lassé de son écriture, des thèmes qui reviennent souvent en second plan ( la gémellité, l’anorexie, la dépression , la classe moyenne…)

  4. Je n’ai encore jamais lu cet auteur mais je ne suis pas sûre qu’il me convienne. Je tenterai quand même l’expérience un jour, mais ce titre ne m’attire pas vraiment.

    • Il semblerait que Les lisières soit son livre le plus réussi selon la majorité des avis que j’ai croisés. Je trouve que le titre Les lisières est plus engageant :-)

  5. c’est un des romans de cette rentrée littéraire 2016 qui m’intriguait. Après cela comporte un risque car Olivier Adam c’est quitte ou double chez moi. Si je le vois à la bib, je prends :)

  6. Je crois que ce qui plait chez Olivier Adam c’est en effet son style. Après, on est touchés ou pas par l’histoire qu’il propose, il me semble qu’il est toujours un peu sur le même registre de l’introspection. J’avais beaucoup aimé Des vents contraires, et celui-ci pourrait bien me plaire.

    • Il écrit quand même très bien, et l’introspection est, je trouve, vraiment son point fort. Et puis ce côté « dépressif », que certains trouvent « déprimant », est au contraire un aspect que j’apprécie, qui va bien je trouve avec l’ambiance falaises et vent de la Bretagne (si, si, j’aime beaucoup la Bretagne !).

  7. Je n’arrive pas à me souvenir si j’ai déjà lu du Olivier Adam et je me demande si c’est bon signe. En même temps le sujet m’intéresse beaucoup donc à voir… :-)

  8. Je lis chaque fois les nouveaux titres d’Olivier Adam mais j’avais été moins enthousiasmée par peine perdue du coup celui-là je ne l’attendais pas avec autant d’impatience que pour les précédents, il va falloir que je revois mon jugement, et poiur une fois je regarderai peut-être la grande librairie, il y aura aussi Ron Rash jeudi soir.

    • Ron Rash, je l’adore ! Je vais essayer de lire son livre avant de regarder l’émission (comme je le disais à Eva, j’ai un peu de temps, je ne regarde LGL qu’en décalé, en général le dimanche).

  9. ça fait longtemps que je n’avais pas lu de roman d’Olivier Adam (depuis Les Lisières en fait) et je suis ravie de le retrouver avec celui-ci.
    Il serait temps que je regarde de nouveau LGL, ça doit faire 6 semaines que je n’ai pas regardé cette émission, les « spéciales » de Décembre ne m’avaient pas convaincue…

  10. Les premières lignes sont typiques d’Olivier Adam (dit la spécialiste de ses premières pages, puisque je n’ai jamais réussi à lire un de ses romans en entier)

  11. En ce qui me concerne, comme toi j’ai apprécié la plume d’Olivier Adam, toujours aussi évocatrice, précise et belle. Mais je n’ai pas été très touchée par cette histoire. Mon avis est mitigé ; je l’ai moins aimé que ses derniers romans. Mon billet paraît très bientôt, où j’essaye de m’en expliquer.

    • J’avais oublié qu’il avait une si jolie plume, et ça faisait longtemps que je ne l’avais pas lu. Mais je te comprends ; je n’ai pas été touchée au sens des émotions, je l’ai plus été de manière littéraire.

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