La plus précieuse des marchandises – Jean-Claude Grumbert

Jean-Claude GRUMBERT - La plus précieuse des marchandises - Seuil

« Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron
Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ? Allons…


Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s’abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.
La guerre mondiale, oui oui oui oui oui
».

Le début de ce conte pour non-enfant m’a happée par ces premières lignes, par cette annonce au lecteur qui lui fait comprendre immédiatement, sans chercher à le tromper, qu’il ne faut pas se fier aux apparences.

Jean-Claude Grumbert fait le pari de traiter d’un sujet plus que sérieux, la Shoah, avec simplicité et une fausse légèreté. Le conte raconte l’inimaginable, l’impossible, l’irréel, il permet d’exorciser l’horreur, de faire vivre les monstres sur le papier, de se faire peur « pour de faux », comme disent les enfants, parce qu’on le sait bien, nous les adultes, que les monstres n’existent pas.

Mais l’Histoire a démontré le contraire.

J’ai aimé ce récit court, efficace et percutant, qui n’a aucune vocation documentaire, bien au contraire, construit avec quelques personnages, la mère Dinah, des jumeaux, des « sans-cœur maudits » et deux pauvres hères avec leurs espoirs et leurs rêves.

J’ai aimé cette marchandise précieuse et inattendue au milieu de la folie des hommes.

Il ne suffit pas de grand-chose pour dire beaucoup avec peu de mots, quelques phrases, de l’audace et du talent.

Parce qu’il en fallait de l’audace malgré tout pour choisir le conte et raconter par un biais littéraire inhabituel, qui n’est pas celui utilisé classiquement pour parler de thèmes graves, qui n’est pas non plus celui utilisé pour s’adresser à des adultes informés, un sujet si sensible.

Il a bien fait d’oser Jean-Claude Grumbert, la lecture de ce petit livre a été pour moi, comme son titre, Une marchandise précieuse.

Une nouvelle lecture en duo avec ma chère Béa.

Jean-Claude GRUMBERT, La plus précieuse des marchandises
Seuil, janvier 2019, 128 pages

2 réflexions sur « La plus précieuse des marchandises – Jean-Claude Grumbert »

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