La petite communiste qui ne souriait jamais – Lola Lafon

Lola Lafon - La petite communiste qui ne souriait jamais - Actes Sud

La petite communiste qui ne souriait jamais, c’est Nadia Comaneci. Cette gymnaste, tout le monde connait son nom – elle a enchanté tous les spectateurs des jeux olympiques des années 1970 et fasciné toutes les petites filles se rêvant en Nadia – mais rare sont ceux qui connaissent sa vie.

Attention, ce livre n’est pas une autobiographie, c’est bien un roman.

Lola Lafon prévient ses lecteurs dès la première page dans un court prologue. Sur fond de réalité historique, c’est bien elle qui crée et invente, et leur fait croire qu’elle s’est basée sur des discussions (en réalité fictives) avec Nadia Comaneci pour construire son livre.

Le procédé est malin, et il est facile de se laisser prendre dans ces faux échanges entre les deux femmes, échanges qui contrebalancent la version narrative de l’écrivain, comme si elle remettait en cause elle même sa propre vision de l’histoire, en faisant mine de remettre à Nadia Comaneci des copies de ses épreuves tout au long de l’écriture du livre.

C’est d’autant plus malin, que cela fonctionne à merveille. On en arrive même à se dire que Lola Lafon abuse parfois, qu’elle prend parti de manière trop évidente, qu’elle refuse de prendre en compte la version de Nadia Comaneci, on se prend au jeu, et franchement, on en oublie le subterfuge.

Derrière la vie de Nadia Comaneci, on lit aussi la passion de l’écrivain pour la danse, cet intérêt réel pour cette jeune prodige qui s’envolait dans les airs, réussissait l’impossible, obtenait pour la première fois de l’histoire des Jeux olympiques un 10, que la technique n’avait pas prévu, et qui devenait alors un 1.0.

C’est aussi l’histoire en filigrane de la Roumanie, de la présence Russe, de la dictature de Ceaucescu, de la fuite aux Etats-Unis, et du mystère de cette fuite vers ce pays occidental synonyme de liberté.

Ce livre a été une plongée fascinante dans ce monde quasi inconnu, fait uniquement de vagues souvenirs et de vieilles images.

Au début, on plonge les yeux fermés, il est même difficile de lâcher le livre. Cependant, la deuxième partie du roman fait baisser le niveau d’enthousiasme. En fait, au bout d’un moment, la double voix narrative devient un peu agaçante… Mais on l’oublie, et cela reste un livre avec lequel passer un bon moment.

Prix Littéraires Prix de la Closerie des Lilas 2014
Prix Ouest France / Etonnants Voyageurs 2014
Grand Prix de l’héroïne Madame Figaro 2014
Prix Littéraire d’Arcachon 2014
Prix des lecteurs de Levallois 2014
Prix Version Fémina 2015

Les premières lignes de La petite communiste qui ne souriait jamais :

Quel âge a-t-elle, demande la juge principale, incrédule, à l’entraîneur. Ce chiffre, quatorze, lui donne un frisson. Ce que la petite a effectué à l’instant dézingue le déroulement des chiffres, des mots et des images. Il ne s’agit plus de ce que l’on comprend.

La présentation par l’éditeur Actes Sud :

Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux jo de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ?
Mimétique de l’audace féerique des figures jadis tracées au ciel de la compétition par une simple enfant, le romanacrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des “dieux du stade”, rend l’hommage d’une fiction inspirée à celle-là, qui, d’un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu’on réserve aux petites filles, ces petites filles de l’été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s’élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue.

Lola Lafon, La petite communiste qui ne souriait jamais
Parution : Janvier 2014 – Actes Sud (320 pages)

Challenge rentrée d'hiver 2014 Ce livre participe au challenge de la rentrée hiver 2014.

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(Dernière mise à jour : 12/06/2014)

12 réflexions au sujet de « La petite communiste qui ne souriait jamais – Lola Lafon »

  1. Je l’ai adoré, mais j’ai été, comme toi, déçue par la 2e partie. Il faut dire que j’ai été bercée pendant mon enfance par les prouesses de Nadia Comaneci, alors forcément, je l’admire beaucoup cette gymnaste (et j’ai même regardé de nouveau le film, plus de 20 ans après, j’ai eu l’impression d’avoir 6 ans de nouveau, malgré tous les défauts qu’il a, j’aurai toujours beaucoup d’affection pour lui) et je n’ai pas lâché le livre avant la fin :)

    • Il faudrait que je le regarde le film, je ne le connais pas du tout. Rien qu’à voir la vidéo avec ses prouesses, il me fait envie ce film ! Et puis en plus, il ne doit pas y avoir de 2e partie …. ;-)

  2. Je l’ai presque fini et j’aime beaucoup, surtout le suspense renouvelé comme par magie à chaque compétition. Je ne savais pas que les échanges étaient faux, tu vois :) merci pour l’info

    • En fait, c’est écrit dans le prologue, je n’ai plus la formule, mais elle parle d’échanges rêvés ou crées, je ne sais plus ;-)

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