La petite barbare – Astrid Manfredi

Astrid Manfredi - La petite barbare - Belfond

La petite barbare est un premier roman percutant et tranchant, par le style, les paroles, le sujet choisi, très spécifique, tout comme l’est d’ailleurs son auteure, Astrid Manfredi.

Il suffit d’ailleurs d’entendre Astrid Manfredi pour mieux comprendre la façon tranchante et naturelle de parler de son héroïne. Son passage à la Grande Librairie n’était pas passé inaperçu.

Elle utilise par ailleurs des bribes de son expérience personnelle pour construire son personnage de la narratrice, la fille de banlieue clinquante, aux talons hauts, à la séduction et sexualité facile, la clope au bec et grande gueule, la voix tellement grave qu’on se demande combien de paquets de cigarettes elle fume par jour.

Elle, la petite gamine pute de temps en temps pour se faire de l’argent facile, ne pensait pas qu’elle se retrouverait en prison. Ce n’était pas prévu. Inspirée de l’histoire réelle du gang des barbares, voilà d’où elle tire son surnom. Le meurtre d’un homme, qu’est ce que c’est finalement. Elle raconte cette tranche de vie avec un détachement et une distance qui font froid dans le dos. C’est brutal et violent, emprunt du je-m’en-foutisme de la fille qui croit qu’elle assure, mais qui porte en elle une grande blessure qu’elle ne sait plus comment soigner.

Enfin si, elle le sait un peu, par les livres. Astrid Manfredi nous attendrit avec cette passion et réussit à rendre son héroïne malgré tout touchante, même si parfois, elle est surtout agaçante. Mais l’attachement joue son rôle, et on assiste à cette confession de fille seule et exclue, mal aimée, née et élevée dans un milieu social incapable de l’aider, qui tente de se démerder coûte que coûte avec un réel intérêt.

C’est assez rude, concis et vif. Certains pourraient être gêner par la langue choisie, qui pourtant, sert très bien le propos. Un premier roman efficace.

Prix Littéraires
Prix Régine Desforges Premier Roman 2016

Les premières lignes :
(Lire un extrait plus long)

A l’isolement. Ça a été leur dernière injonction et ils l’ont respectée. J’y suis. Pas de télé, pas de Secret story avec mes copines de poisse surexcitées par la gloire. Pas de beaux mecs à pectoraux et cervelle passée au hachoir.

La présentation des éditions Belfond :
(Présentation légèrement différente sur le site Belfond, avec une vidéo de l’auteure).

« Moi, monsieur, je suis pleine du bruit assourdissant de vivre. »

En détention on l’appelle la Petite Barbare ; elle a vingt ans et a grandi dans l’abattoir bétonné de la banlieue. L’irréparable, elle l’a commis en détournant les yeux. Elle est belle, elle aime les talons aiguilles et les robes qui brillent, les shots de vodka et les livres pour échapper à l’ennui. Avant, les hommes tombaient comme des mouches et elle avait de l’argent facile.

En prison, elle écrit le parcours d’exclusion et sa rage de survivre. En jetant à la face du monde le récit d’un chaos intérieur et social, elle tente un pas de côté. Comment s’émanciper de la violence sans horizon qui a fait d’elle un monstre ? Comment rêver d’autres rencontres et s’inventer un avenir ?
La Barbare est un bâton de dynamite rentré dans la peau d’une société du néant. Un roman brut et stupéfiant.

La Petite Barbare est un bâton de dynamite rentré dans la peau d’une société du néant. Un roman brut et stupéfiant.

Challenge RL 2015Astrid MANFREDI
La petite barbare
Belfond, Août 2015, 160 p.

8 réflexions au sujet de « La petite barbare – Astrid Manfredi »

  1. C’est un très beau livre, fort et dérangeant. Un roman écrit sans jugement, et sans complaisance, sur le monde des banlieues et sur la délinquance qui s’en échappe. C’est aussi un texte bouleversant sur l’enfermement.
    Malgré l’horreur des faits, le lecteur s’attache à cette jeune femme, qui crie sa révolte et sa rage de vivre. Parlant de ce personnage, Astrid Manfredi (1) nous dit « C’est une cabossée de la vie qui cherche un peu de lumière. J’ai voulu lui donner cette lumière »
    Le roman s’inspire d’un fait divers, qui avait fait grand bruit en 2006 : l’affaire du gang des barbares. Un groupe de jeunes gens de la banlieue de Bagneux (Hauts de Seine) avait séquestré un homme, Ilan Halimi, juif, puis l’avait torturé, réclamant une rançon que la famille ne pouvait payer ; ils avaient fini par abandonner le corps. L’homme avait été retrouvé sans connaissance près des rails du RER. Ce crime avait choqué par sa violence, et par son caractère antisémite.
    Plusieurs films et plusieurs livres ont été réalisés à partir de ce fait divers, en particulier :
    - Le film de Richard BERRY. Tout, tout de suite – 2015
    - Le film d’Alexandre Arcady : 24 jours – 2014
    - Le livre de Morgan Sportès : « tout, tout de suite », Fayard, 2011
    - Les entretiens de Ruth Halimi et Emilie Freche : « 24 jours, la vérité sur la mort d’Ilan Halimi » (Seuil, 2009)
    - Un film doit sortir prochainement : Down by love, de Pierre Godeau.

    (1) La Grande librairie- 3 septembre 2015

  2. J’avais beaucoup aimé je dois dire, ça percute quand même… Quant à son passage à la Grande Librairie, je n’avais pas eu la curiosité de le regarder, le roman m’a suffit ;-)

    • Je t’avoue que j’y suis allée un peu avec réticence, j’avais vraiment des a priori. Et finalement, même si ce n’est pas un coup de coeur, ça reste pour moi un agréable moment de lecture.

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