La peau de l’ours – Joy Sorman

Joy Sorman - La peau de l'ours - Gallimard

La peau de l’ours est un vraiment un roman original, qui vous prend par surprise, vous perturbe, où le personnage principal est un « animalhomme », un ours qui raconte son histoire.

Dès le départ, Joy Sorman nous décontenance. On ne s’attend pas du tout à la façon dont elle entre dans son récit.

Elle prend l’axe du conte fabuleux, de l’ours animal sauvage qui fait peur, pour arriver en quelques pages à la naissance de l’ours personnage principal. Mais ce n’est pas un ours comme les autres, mi-homme, mi-ours, il est né d’un viol répété d’un ours adulte sur une jeune fille vierge pendant plusieurs années.

L’entrée en matière est totalement inattendue, étrange et violente. C’est la première surprise.

La deuxième surprise, c’est que l’histoire de cet ours est personnalisée à l’extrême, c’est lui qui s’exprime, qui raconte son histoire à travers ses yeux et ses mots.

C’est tellement bien fait, qu’on en arrive à trouver normal qu’il s’exprime. On a de la compassion pour cet ours, on le comprend, on s’agace contre la stupidité humaine, on l’aime bien cet ours qui souffre et qui doute aussi.

En réalité, que les paroles soient celles d’un ours ou d’un homme, au final, peu importe. Elles touchent juste. Le parallèle qui est fait entre le récit de l’ours et les pensées humaines est très intéressant, qu’il s’agisse de l’exclusion, de la peur, ou de la douceur de l’ours.

Avec un tel parti pris, la limite entre le monde humain et le monde animal s’estompe pour s’effacer presque totalement. Le lecteur oublie que ce personnage, qui ressemble tellement à un ours, qui est traité (et surtout maltraité) comme tel par les hommes, est en réalité – derrière les apparences qui prennent toute la place – à moitié un homme.

Joy Sorman mène très bien l’originalité de son sujet, on se laisse porter par cette histoire, par les successions de propositions entre virgule, qui constituent son style et génèrent un rythme régulier et une facilité de lecture.

Joy Sorman avait déjà traité le thème de l’apparence, derrière la question masculinité/féminité dans Boys, boys, boys, elle s’était fortement intéressée au monde animal à travers le personnage du boucher Pim dans Comme une bête.

Avec La peau de l’ours, elle va encore plus loin, elle ose, elle mèle bestialité et humanité, réalité et apparence, elle frôle les limites car l’homme n’est au final qu’un animal, et elle le fait avec recul, en restant dans un récit assez froid et factuel, avec des mots directs et francs, et le ressenti en est d’autant plus brutal et perturbant.

Ce livre questionne, titille et dérange. Je pense aussi qu’il peut déplaire car elle ose, sort des sentiers battus, et commencer un livre par le viol d’une jeune fille par un ours pendant plusieurs années dans une grotte peut choquer.

Mais la lecture de ce roman vaut vraiment la peine, pour la curiosité littéraire, pour l’originalité, pour le style et la plume de Joy Sorman, que je continue de découvrir avec un immense plaisir !

Les premières lignes de La peau de l’ours :

Un pacte avait été conclu entre l’ours et les villageois.
Un acte si ancien que son origine se perdait, qu’il semblait avoir été passé pour l’éternité, sédimenté à jamais dans la roche de la grotte : la paix régnerait entre l’ours et les habitants du hameau aussi longtemps que la bête n’approcherait pas les enfants.

La présentation par les éditions Gallimard :

Le narrateur, hybride monstrueux né de l’accouplement d’une femme avec un ours, raconte sa vie malheureuse. Ayant progressivement abandonné tout trait humain pour prendre l’apparence d’une bête, il est vendu à un montreur d’ours puis à un organisateur de combats d’animaux, traverse l’océan pour intégrer la ménagerie d’un cirque où il se lie avec d’autres créatures extraordinaires, avant de faire une rencontre décisive dans la fosse d’un zoo.

Ce roman en forme de conte, qui explore l’inquiétante frontière entre humanité et bestialité, nous convie à un singulier voyage dans la peau d’un ours. Une manière de dérégler nos sens et de porter un regard neuf et troublant sur le monde des hommes.

Challenge RL 2014
Joy SORMAN, La peau de l’ours
Parution : 21 août 2014 – Gallimard

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(Dernière mise à jour : 03/08/2014)

24 réflexions au sujet de « La peau de l’ours – Joy Sorman »

  1. C’est vraiment particulier, en effet. Ca ne me tente pas vraiment (et puis j’imagine cette première scène de viol, brrr) mais les retours sont tellement enthousiastes que je changerais peut-être d’avis…

    • Mélo, la première scène de viol n’est pas « violente » dans le sens où on a l’impression de lire un conte pour adulte, et non un épisode trash de la vie quotidienne, et puis, ça ne dure pas longtemps. Essaie un autre de Sorman sinon !

  2. C’est effectivement très intriguant mais cela ne m’étonne pas de Joy Sorman qui est toujours en dehors des normes et c’est pour cela que je l’apprécie.

  3. L’approche est en effet très particulière! un homme-ours… il faut de l’imagination! elle est ce soir sur le plateau de La grande librairie pour en parler..

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