Là où vont nos pères, Shaun Tan

Shaun Tan - Là où vont nos pères - Dargaud Micmélo aime beaucoup : 🙂 🙂

Cette belle bande dessinée sans parole sur les exilés et les immigrés tire de son silence une douce force mélancolique, qui enveloppe le lecteur de la première à la dernière page.

Dès l’ouverture de la couverture, une ambiance particulière s’installe, avec les portraits de soixante personnages, de différents âges, différentes races, et dont le seul point commun semble être ce regard fixe porté vers nous, les lecteurs, regards neutres, figés, sans expression. Dans cette bande dessinée, pas un mot, pas une parole, pas une réelle bulle de texte, et pas de tonalité colorée. Tout est couleur sépia. Tout un symbole.

En quatre chapitres, à travers l’hommage poignant que Shaun Tan rend à tous les migrants, c’est un hommage plus intime et plus personnel à son propre père qu’il partage, père qui a migré dans les années 1960 de Malaisie en Australie.

Dans le premier chapitre, ce sera d’abord la difficulté du départ, laisser derrière soi sa famille, sa femme, sa fille. Tout de suite, les choses importantes prennent de l’espace : un dessin d’enfants, une photo de famille, les souvenirs. L’homme semble tout petit dans cette ville aux airs de Métropolis, dominée par la menace latente inconnue, présente et lourde, au dessus de tout.

Puis, c’est l’arrivée dans le nouveau monde, où les choses ne paraissent plus réelles, tout semble étrange. On voit parfaitement apparaitre le sentiment de doute et de crainte. Tout est inconnu : les textes sont écrits dans une langue incompréhensible, les hommes sont étiquetés, la nourriture parait immangeable, toutes les choses sont bizarres, des objets aux animaux qui paraissent sortir d’un livre de légendes : c’est l’inconnu avec un grand I. Comment s’orienter ? Comment communiquer ? Les choses fonctionnent différemment. On se raccroche au certain, au connu : la photo de famille.

L’homme (l’Homme ?), malgré tout, s’acclimatera, si le petit boulot trouvé est ingrat, si la ville reste hostile, si ce pays a également son lot de guerres et d’éclopés, les rencontres commencent à se faire, et l’espoir commence à poindre. Les images deviennent d’ailleurs plus lumineuses. La famille finira par rejoindre le mari et père, et d’autres hommes, d’autres migrants se retrouveront dans le même engrenage, dans un éternel recommencement.

Cette bande dessinée réussit à faire passer un message universel, sans utiliser un seul mot. Certaines images à très grand format, sur une page unique, renforcent très bien d’ailleurs – sans qu’il soit besoin de mots – le côté inhospitalier et menaçant de l’exil. Le message passe très bien, par la seule force des images, du silence, et prend aux tripes. C’est vraiment une très belle bande dessinée.

Une note de l’auteur nous apprend qu’il a passé quatre années à faire des recherches, développer et dessiner cette bande dessinée. L’essentiel a été inspirées par des histoires vraies et des anecdotes racontées par des migrants de différents pays, à différentes périodes, dont celle du propre père de Shaun Tan qui arriva en Australie Occidentale de Malaisie en 1960.

Prix du Festival AngoulêmeFauve d'or d'angoulême
Fauve d’Or (Prix du meilleur album) 2008 – Festival international de la bande dessinée d’Angoulême.

Présentation de l’éditeur (4e de couverture) de la BD Là où vont nos pères :

Pourquoi tant d’hommes et de femmes sont-ils conduits à tout laisser derrière eux pour partir, seuls, vers un pays mystérieux, un endroit sans famille ni amis, où tout est inconnu et l’avenir incertain ? Cette bande dessinée silencieuse est l’histoire de tous les immigrés, tous les réfugiés, tous les exilés, et un hommage à ceux qui ont fait le voyage …

Shaun TAN, Là où vont nos pères
Parution : Mars 2007 – Dargaud
Original : 2006, The arrival

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