La nature exposée – Erri de Luca

Erri DE LUCA - La nature exposee - Gallimard

La nature exposée est un livre splendide sur l’individualité, la création et la liberté, liberté de soi et celle des autres. Erri de Luca nous parle avec une grande beauté du sacré de la vie, dans un roman qui prend des accents de légende.

Le narrateur est le prototype du solitaire, montagnard d’une soixantaine d’années, plus à l’aise dans le silence que dans les longs discours. Il va quitter la région italienne où il est né et a toujours vécu, contraint, en raison d’un remerciement dont il n’a pas voulu, d’une publicité médiatique qu’il doit subir (On ne peut que penser aux derniers événements de la vie d’Erri de Luca et à son procès autour de la liberté d’expression. A lire sur ce thème le magnifique, La parole contraire).

Ce narrateur qui semble avoir de nombreux points communs avec l’auteur, ne se sent plus à sa place dans ce monde du XXIe siècle où l’argent est le moteur. Ce n’est pas le sien. Il ne sera pas compris. Le sien, c’est l’humanité et la liberté. Notre héros, qui aide des clandestins à passer de l’autre côté (on retrouve le thème qu’il a récemment traité dans une pièce de théâtre, Le dernier voyage de Sinbad), est réparateur de sculptures. Sa nouvelle mission consiste à redonner à un Christ en crucifix, toute sa dignité nue, sa « nature » ayant été pudiquement cachée par un artiste méconnu.

Monde de réflexions, de rencontres profondes et silencieuses, la création est centrale dans ce livre, dans lequel les références à la religion, l’origine de l’homme, son évolution, sont permanentes. Tout comme celles, également, sur l’art, la simplicité et la beauté, le rapport à la nature, le tout étant magnifiquement englobé du principe de liberté, la liberté d’être, d’être soi comme humain, artiste, homme, comme homme libre de se déplacer, de penser et de s’exprimer, comme écrivain.

Il existe des livres qui font ressentir un amour plus intense que celui qu’on a connu, un courage plus grand que celui dont on a fait preuve.

Le dernier roman d’Erri de Luca fait partie de ces livres. Il est sacrément bien réussi et fait partie, au côté de Le jour avant le bonheur, d’un des meilleurs romans que j’ai lus d’Erri de Luca.


Les premières lignes :
(Lire un extrait plus long)

« A partir de maintenant, tout ce que vous direz pourra être retenu en ma faveur. » Ce préambule, parfois sous-entendu, préside à mon écoute. Une phrase au double sens involontaire, un proverbe inconnu, une mésaventure peuvent se transférer dans mes pages.

La présentation des éditions Gallimard :

« »Comme tu peux le voir, il s’agit d’une œuvre digne d’un maître de la Renaissance. Aujourd’hui, l’Église veut récupérer l’original. Il s’agit de retirer le drapé. »
J’examine la couverture en pierre différente, elle semble bien ancrée sur les hanches et sur la nudité. Je lui dis qu’en la retirant on abîmera forcément la nature.
« Quelle nature? »
La nature, le sexe, c’est ainsi qu’on nomme la nudité des hommes et des femmes chez moi.»

Dans un petit village au pied de la montagne, un homme, grand connaisseur des routes qui permettent de franchir la frontière, ajoute une activité de passeur pour les clandestins à son métier de sculpteur. C’est ainsi qu’il attire l’attention des médias. Il décide alors de quitter le village. Désormais installé au bord de la mer, il se voit proposer une tâche bien particulière : restaurer une croix de marbre, un Christ vêtu d’un pagne.
Réflexion sur le sacré et le profane, sur la place de la religion dans nos sociétés, La nature exposée est un roman dense et puissant, dans lequel Erri De Luca souligne plus que jamais le besoin universel de solidarité et de compassion.


Erri DE LUCCA
La nature exposée
Traduit de l’italien par Danièle Valin
Gallimard, mai 2017, 168 p.
VO : 2016, La natura esposta

Lecture italienne dans le cadre du challenge du mois italien organisé par Martine et 11e lecture de la Rentrée littéraire de janvier 2017

13 réflexions au sujet de « La nature exposée – Erri de Luca »

  1. Ton beau billet me donne très envie de le lire. Il est prévu au programme, mais plutôt vers la fin du mois. Je te conseille, si tu ne l’a pas encore lu, « Le poids du papillon », qui me semble être de la même veine, bien que consacré à un sujet très différent.

  2. « Ce narrateur qui semble avoir de nombreux points communs avec l’auteur, ne se sent plus à sa place dans ce monde du XXIe siècle où l’argent est le moteur. Ce n’est pas le sien. Il ne sera pas compris. Le sien, c’est l’humanité et la liberté. »

    WOW !

    Je vais lire ce livre, c’est certain. Merci d’en avoir ainsi parlé.

  3. Toutes les personnes qui m’en parlent après l’avoir lu me le recommandent! Tu confirmes ce ressenti et l’émotion qui se dégage de tes mots achève de me convaincre! Je viens de le réserver à la médiathèque. Merci Laure

    • Je suis d’accord avec les autres personnes qui te le recommandent, c’est vraiment un livre magnifique. J’espère que tu te régaleras autant que moi. Merci à toi, je ne l’aurais pas lu sans ta journée Erri de Luca ;-)

    • C’est marrant, il ne m’attirait pas particulièrement non plus, mais je me suis dit que j’allais le lire pour la journée Erri de Luca d’aujourd’hui, et j’ai sacrément bien fait !

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