La jeune épouse – Alessandro Baricco

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La Jeune Epouse d’Alessandro Baricco, c’est celle qui quitte l’Argentine pour l’Italie, pour rejoindre son futur époux absent. Elle reste donc là, dans cette famille très silencieuse qui n’est pas la sienne, à l’attendre.

La famille de l’époux est originale et fantaisiste, presque proche de la légende et du conte. Elle vit en vase clos, repliée sur elle-même – sauf lors de moments spécifiques – semblant s’auto-suffire, et attend, comme l’épouse, le retour du fils parti en voyage. Très portée sur la sexualité, les membres de la famille sont vite enclins et volontaires pour initier la jeune épouse.

Après une entrée dans l’histoire assez plaisante, l’essoufflement s’est rapidement fait sentir. Le roman oscille vers le fantastique, s’ancre dans la sensualité et la sexualité, virevolte dans l’essai littéraire, sans vraiment se prononcer. Le fait de ne pas comprendre vraiment quel était le chemin choisi par Alessandro Baricco a fait office de barrière : je suis restée très extérieure à l’histoire et à ses personnages, aucun n’étant par ailleurs vraiment touchant ou intéressant.

De plus, Alessandro Baricco fait le choix de mêler à l’histoire de cette jeune épouse, ses propres pensées d’homme et d’écrivain, survenant notamment lors des phases d’écritures de son propre texte. Il le fait presque toujours sans aucune transition, ce qui déconcerte certes, mais pourrait ajouter à l’originalité de la famille italienne. Ceci étant, le processus visant à expliquer en partie le processus de création de son livre ne donne pas vraiment au roman un côté plus personnel et intime, ne le fait pas entrer dans une autre dimension. Même si certains passages sont intéressants, cela renforce surtout la difficulté d’entrer dans ce livre.

Alessandro Baricco est un écrivain que j’apprécie, mais à la lecture de La Jeune Epouse, j’ai été un peu agacée, surtout à partir de la seconde partie du roman, je me suis mise à regretter ma lecture de Soie, le livre est devenu ennuyeux, et je me suis retrouvée comme la Jeune Epouse et la famille, dans un processus d’attente, celui que le livre se termine.

Prix Littéraires
Grand Prix Héroïne Madame Figaro (Roman étranger) 2016




Lu dans le cadre du Challenge Italie, organisé par Eimelle.


Les premières lignes de La Jeune Epouse :
(ou lire un extrait plus long)

Il y a trente-six marches à gravir. Elles sont en pierre et le vieillard les gravit lentement, avec circonspection, comme s’il les collectait une par une, avant de les pousser au premier étage : lui, berger, et elles, doux animaux. Modesto, tel est son nom. Il officie dans cette maison depuis cinquante-neuf ans, il en est donc le prêtre.

La présentation des éditions Gallimard :

Italie, début du XXe siècle. Un beau jour, la Jeune Épouse fait son apparition devant la Famille. Elle a dix-huit ans et débarque d’Argentine car elle doit épouser le Fils. En attendant qu’il rentre d’Angleterre, elle est accueillie par la Famille. La Jeune Épouse vit alors une authentique initiation sexuelle : la Fille la séduit et fait son éducation, dûment complétée par la Mère, et le Père la conduit dans un bordel de luxe où elle écoutera un récit édifiant, qui lui dévoilera les mystères de cette famille aux rituels aussi sophistiqués qu’incompréhensibles. Mais le Fils ne revient toujours pas, il se contente d’expédier toutes sortes d’objets étranges, qui semblent d’abord annoncer son retour puis signifient au contraire sa disparition. Quand la Famille part en villégiature d’été, la Jeune Épouse décide de l’attendre seule, une attente qui sera pleine de surprises.

Avec délicatesse et virtuosité, l’auteur de Soie et de Novecento pianiste ne se contente pas de recréer un monde envoûtant, au bord de la chute, qui n’est pas sans rappeler celui que Tomasi di Lampedusa dépeint dans Le guépard. Il nous livre aussi, l’air de rien, une formidable réflexion sur le métier d’écrire.


Alessandro BARICCO
La Jeune Epouse
Traduit de l’italien par Vincent Raynaud
Gallimard, Avril 2016, 224 pages.
VO : 2015, La sposa giovane

17 réflexions au sujet de « La jeune épouse – Alessandro Baricco »

  1. J’ai eu le même problème que toi et le même ressenti pour Emmaus, il ne m’a pas autant marqué qu’Océan Mer. Soie il faut que je le lise, je l’ai dans ma PAL mais je ne l’ai toujours pas commencé pourtant Barrico est l’un de mes écrivains favoris, il sait manier prose et poésie pour des pages quelques fois qui marquent à jamais !

  2. C’est un auteur dont j’avais bien aimé soie mais j’ai abandonné Novencento de cet auteur et celui dont tu parles ne m’attire pas du tout…Dommage, j’aime bien quand les écrivains parlent de leur écriture, mais tout cela n’a pas l’air d’avoir beaucoup de sens dans la jeune épousée

    • Moi aussi, j’aime bien d’habitude quand les écrivains parlent de leur écriture, ça m’intéresse même sacrément. Mais j’ai trouvé que le mélange, qui se voulait original, ne fonctionnait pas. En tout cas, le sens que cela avait dans la jeune épouse, je ne l’ai pas compris.

  3. J’ai adoré « Soie », avait moins accroché à « Cette histoire là » et n’ai pas osé me plonger dans un troisième roman. De toute évidence, celui-ci ne me fera pas retrouvé l’engouement que j’ai eu pour « Soie », je passe donc mon tour.

    • C’est vrai que Soie dégage une ambiance très particulière, que l’on peut retrouver un peu dans « Novecento le pianiste », mais moins, en tout cas différemment dans les autres romans que j’ai lus.

  4. De la part de Baricco c’est certainement le livre le plus exigeant et le plus complexe. Personnellement j’ai adoré, il progresse à chaque livre, c’est épatant. Mais effectivement on est loin de Soie et sa douce poésie qui s’exerçait dans la simplicité.

    • Je n’ai pas trouvé le livre particulièrement complexe, mais exigeant, peut-être. Ca explique bien que je sois passée à côté. Je suis contente que tu aies adoré et que tu aies compris ce que j’ai raté. Il est vrai que Soie est très différent. « Novecento pianiste » aussi fait partie de mes préférés, avec Homère, Iliade. Tous sont beaucoup plus faciles et accessibles en effet.

  5. Je l’ai lu en italien l’année dernière et cela ne m’avait pas plu du tout. Je n’avais pas réussi à entrer dans le roman. Comme toi, j’ai attendu que le livre se termine ! Cela a conforté ma prof d’italien dans son idée : elle n’aime pas cet auteur, dénonce la qualité de ses romans et notamment la syntaxe. Elle ne comprend pas qu’il plaise autant en France…

    • Ca me rassure carrément Florence, je me suis demandée ce qui m’avait échappé. Malheureusement, je ne suis pas capable de lire en italien, et je ne peux pas juger sa syntaxe. Je trouve en revanche que les défauts de style ne se retrouvent pas dans la traduction française. Maintenant, je vais avoir en tête qu’il écrit mal ;-)

      • Désolée, je n’aurais peut-être pas dû en parler, mais je me demande souvent pourquoi elle est aussi catégorique sur Baricco. En français, je n’ai rien remarqué non plus… ou alors c’est grâce aux traducteurs. Et en italien, j’ai du mal à juger le style…

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