La femme qui tremble – Siri Hustvedt

Siri Hustvedt - La Femme qui tremble - une histoire de mes nerfs - Babel

A la suite de la mort de son père, Siri Hustvedt se met à trembler de manière inattendue lors d’un discours en l’honneur de ce dernier. Profondément étonnée et déboussolée, ne comprenant pas cette réaction surprenante de son corps, elle s’interroge, voit des médecins et fait des recherches. La femme qui tremble, sous titré, « une histoire de mes nerfs », en est le témoignage et surtout l’essai en résultant, absolument passionnant.

Siri Hustvedt va, comme le lecteur, immédiatement penser à l’épilepsie, maladie « classique » du tremblement, mais les symptômes ne sont pas les mêmes. Elle va alors s’interroger sur les effets de l’émotif et du psychologique sur le corps, lire des témoignages, dont certains retranscrits sont étonnants.

Elle va expliquer et décortiquer la notion d’hystérie, les cas de personnalités multiples, ceux où des patients refusent ou oublient de reconnaître une partie de leur corps comme étant le leur, analyser le sens du « moi », du « je », convoquer Freud, mais également de nombreux autres spécialistes, plus ou moins contemporains, s’intéresser de manière approfondie au psychologique, au neurologique et au corps. A titre d’exemple, il est notamment surprenant de constater que certains patients, à la suite d’un choc plus ou moins déterminé, perdent la capacité de lire, mais conservent celle d’écrire.

L’étude concerne également l’effet du choc sur la parole. Romancière, elle ne peut éluder le temps de la lecture, ni le rôle du narrateur :

La lecture est l’arène mentale où des styles de pensée différents, tels le dur et le tendre, et les idées qu’ils engendrent deviennent les plus apparents. Nous avons accès au narrateur interne d’un inconnu. Lire, après tout, est une façon de vivre à l’intérieur des mots d’autrui.

Cette étude sur l’opposition corps/esprit se lit de manière très fluide, même s’il s’agit d’une lecture assez exigeante et parfois même complexe, en raison de la volonté de Siri Hustvedt d’expliquer de la manière la plus juste et la plus détaillée possible, et du nombre importants de recherches, bien que synthétisées, qu’elle a effectuées.

Mais c’est justement ce qui fait tout l’intérêt de ce livre dont il est difficile de se détacher une fois commencé et qui permet, par ailleurs, de découvrir une facette d’une très grande auteure américaine.

Le Mois americainBlogoclubLecture de Siri Hustvedt dans le cadre du blogoclub de Sylire et du mois américain organisé par Martine.


Les premières lignes :
(ou lire un extrait plus long)

Quand mon père est mort, je me trouvais chez moi à Brooklyn mais, à peine quelques jours auparavant, j’étais assise à son chevet dans un établissement de soins, à Northfield, Minnesota. Tout faible qu’il fût physiquement, il avait conservé son acuité mentale et, à défaut de me souvenir du contenu de notre dernière conversation, je me rappelle que nous avons bavardé, et même ri.

Siri Hustvedt - La Femme qui tremble - une histoire de mes nerfs - Actes SudLa présentation de l’édition Actes Sud :

En 2005, alors qu’elle vient à peine de commencer à prononcer le discours préparé en l’honneur de son père disparu deux ans auparavant, Siri Hustvedt voit soudain tout son corps secoué par d’irrépressibles tremblements. Aussi effrayée que stupéfaite, elle constate que cette crise n’affecte cependant ni son raisonnement ni sa faculté de s’exprimer.
Afin de cerner la nature de ce spectaculaire – et, bientôt, récurrent – phénomène de dissociation, Siri Hustvedt va entreprendre d’aller à la rencontre de cette “femme qui tremble”, ce Doppelgänger dont elle vient de découvrir l’existence.
Pour y parvenir, la romancière, de longue date fascinée par les phénomènes liés aux désordres psychiques, va s’engager dans une recherche approfondie. Assistant, puis participant activement, à des séminaires de neuropsychologie tout en s’impliquant dans des ateliers d’écriture en lien avec des institutions psychiatriques officielles, l’écrivain ne manque pas d’accueillir également, pour étayer son enquête, les inépuisables témoignages que délivrent, sur le sujet, non seulement les oeuvres littéraires qui l’ont nourrie mais aussi les découvertes dont sa pratique personnelle de l’écriture est le constant laboratoire.
Synthèse d’un parcours placé sous le signe de la rigueur intellectuelle et d’une réquisition, parfois douloureuse, de l’opaque mémoire affective individuelle, La Femme qui tremble s’affirme comme une approche aussi ambitieuse qu’inédite de l’histoire des pathologies mentales, aborde sans détour les rapports de la maladie avec le geste créateur, et délivre une parole d’humilité solidaire de la souffrance de “l’autre”.


Siri HUSTVEDT
La femme qui tremble. Une histoire de mes nerfs
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Le Boeuf
Actes Sud, Octobre 2010, 256 p.
Babel, Janvier 2013, 288 p.
VO : 2009, The Shaking Woman. A History of My Nerves

14 réflexions au sujet de « La femme qui tremble – Siri Hustvedt »

  1. Tu as été plus courageuse que moi; j’ai commencé cet essai mais je ne l’ai pas continué! Il est pourtant très intéressant mais je m’attendais à quelque chose de plus personnel. Or si elle part de son expérience c’est pour bien vite s’intéresser à des généralités sur ces maladies avec beaucoup de compétence d’ailleurs. Mais j’ai été déçue! J’avais tellement aimé le début quand elle téléphone à son père mourant et qu’elle ne sait plus quoi lui dire…

    • Je ne m’attendais à rien de particulier lorsque j’ai commencé cette lecture, je n’ai donc pas été déçue. Mais je comprends parfaitement ce que tu dis. Je me suis demandée si elle n’avait pas eu besoin de ce « détachement » personnel, pour faire face de manière plus facile à cette question qui la concerne directement, comme une manière de mettre de la distance et de réussir à gérer l’hypersensibilité qui est la sienne.

    • Je confirme, pour moi, il était assez complexe parfois en effet, mais j’avais l’état d’esprit pour m’accrocher quand je l’ai lu, et je n’ai pas regretté.

  2. Siri Hustvedt évoque rapidement ce sujet dans « Tout ce que j’aimais ». Je note donc ce titre qui a l’air particulièrement intéressant, même si je pense lire d’abord d’autres romans de cette auteure.

  3. Pour une fois, je n’ai pas participé (oui je sais c’est un comble !) mais je n’étais pas inspiré par Siri Hustvedt. La forte cérébralité de ses ouvrages ne me donnait pas envie en cette période estivale ! Mais je vois à ton billet que j’ai sans doute eu tort !

    • Je ne pensais pas que ce livre allait être cérébral, je ne le savais pas. Je l’ai choisi car le sujet m’intéressait, mais je te confirme qu’en livre « détente estivale », ce n’est pas celui qu’il faut choisir en priorité, mais l’automne arrivant … ;-)

  4. Ton billet me donne envie de découvrir ce titre même si, comme dans « tout ce que j’aimais », je risque à certains moments de trouver un peu rébarbatif l’aspect très documenté du roman.

    • C’est vrai que c’est très documenté, et ça ne me dérange pas ici, car je trouve que c’est bien fait, et comme c’est un essai, les explications sont clairement données. C’est vrai que la démarche n’est pas supposée être la même dans un roman.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>