La danse de l’araignée – Laura Alcoba

Laura ALCOBA - La danse de l araignée - Gallimard

La danse de l’araignée est un roman autobiographique absolument charmant, la suite chronologique du précédent Le bleu des abeilles, mais qui peut se lire de manière totalement autonome. Un livre plein de douceur et de grâce.

Laura a maintenant une dizaine d’années. Elle a quitté l’Argentine voici un an et demi avec sa mère pour Paris. Son père est resté en Argentine, prisonnier politique.

De Paris, elle ne connaissait que la banlieue. On la retrouve en train de déménager à Bagnolet, « presque Paris », puisque c’est au début (ou à la fin ?) de la ligne 3 du métro. Elle habite avec sa mère et Amalia, la meilleure amie de sa mère, qu’elle n’aime pas trop, sans trop savoir pourquoi. Trois femmes, trois exilées. Mais c’est à travers les yeux naïfs, curieux et interrogateurs que Laura nous raconte ses souvenirs d’intégration, à l’école, dans le quartier, avec ses copines.

Mais surtout, et c’est vraiment ce que j’adore dans ce roman, c’est la correspondance qui se poursuit entre Laura et son père. Ce tendre lien épistolaire emplit de questionnements, d’inquiétude masquée, d’amour paternel. Ces échanges sur la langue française, les doutes de ce père sur les lectures de sa fille, l’envie de ne pas rompre cette connivence malgré les frontières et la distance.

Les chapitres sont des instantanés de petits moments qui sont vraiment lumineux et enchanteurs. Derrière la belle écriture de Laura Alcoba, les confidences de la jeune déracinée semblent directement sorties de sa tête de petite fille intelligente, avec un naturel et une fraîcheur enchanteresse qui donne le sourire au lèvre. Qu’il s’agisse de la découverte de sa poitrine naissante, de son envie de faire venir d’Argentine une araignée ou de celle de se faire des copines, ce n’est jamais enfantin, c’est au contraire joli et pétillant de bonheur et de gaîté, même lors des moments qui le sont moins.

L’avis enthousiaste également de Delphine.


Les premières lignes de La danse de l’araignée :
(Lire un extrait plus long)

A la Capsulerie, on sent tout de suite l’ascension.
Dès qu’on traverse la rue Robespierre, ça monte en pente raide vers le quartier de la Noue. Notre tour est au 45, presqu’en haut de la côte. Mais monter la rue ne suffit pas. C’est que notre immeuble la surplombe, un peu en retrait, perché sur une colline.

La présentation des éditions Gallimard :

«Bavarder entre la banlieue parisienne et la prison argentine où se trouve mon père, c’est un peu comme du tir à l’arc – avec de l’exercice et un peu d’application, on arrive à atteindre le point de mire, l’endroit précis du calendrier où nous nous sommes donné rendez-vous. Il faut juste me laisser le temps de glisser ma nouvelle petite clé dans la boîte aux lettres métallique, attendre que je déchire l’enveloppe. Voilà, j’y suis.»
On retrouve dans La danse de l’araignée la tonalité légère et acidulée qui faisait tout le charme de Manèges – la jeune narratrice racontait alors son enfance en Argentine au temps de la dictature – comme du Bleu des abeilles, qui retraçait son arrivée en banlieue parisienne et l’apprentissage émerveillé de la langue française.
Ici, c’est le temps de l’adolescence qui est évoqué. Ses bouleversements troublants et la correspondance régulière avec le père emprisonné tissent une toile subtile où présent, passé et imaginaire prennent tour à tour le dessus.


Laura ALCOBA
La danse de l’araignée
Gallimard, Janvier 2017, 160 pages.

4e lecture du Challenge Rentrée littéraire janvier 2017.

10 réflexions au sujet de « La danse de l’araignée – Laura Alcoba »

    • Tu retrouveras bien l’ambiance de « Le bleu es abeilles », et si tu as un peu oublié, ce n’est pas grave du tout, car c’est une histoire à part, qui se lit vraiment toute seule, même sans connaître le précédent.

  1. L’histoire a l’air sympathique mais jamais de la vie je ne lirai un livre avec le mot araignée dans le titre, rien que l’écrire ou le lire me fait frémir…

    • Même si ce n’est pas obligatoire, c’est vrai que c’est mieux de commencer avec Le bleu des abeilles, d’autant que toute la relation père-fille est plus développée, et ça permet de bien comprendre le contexte.

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