La chaleur – Victor Jestin

Victor JESTIN - La chaleur - Flammarion

« Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire, comme les enfants dans les faits divers ». Le début du premier roman de Victor Jestin percute le lecteur, qui va passer trois jours dans un camping en pleine chaleur avec Léonard, le narrateur de dix-sept ans.

Léonard vit ses trois derniers jours de vacances dans les Landes, avec sa famille. Il vit les tourments de l’adolescence, l’obsession autour du rapport sexuel, le rapport aux filles, au groupe, la difficulté d’exister parmi les autres et avec soi-même.

Il est là le sujet du livre. La mort d’Oscar est un évènement accrocheur, que l’on retrouvera par petites touches seulement. En toute franchise, je n’y ai pas cru et à la fin du livre, l’impression d’un début trompeur s’est confirmé. Comme si, son livre terminé, Victor Jestin avait rajouté la mort d’Oscar pour donner un accent plus dramatique à son histoire, un ajout qui donne du sel, certes, mais qui n’est pas suffisamment exploité.

Ceci étant, ce livre m’a beaucoup plus, même si les tourments de l’adolescence masculine sont très éloignés de mes intérêts personnels, et si j’avais envie que certains personnages de sa famille, comme son frère et sa soeur, soient plus approfondis.

C’est toute l’ambiguïté de ce livre. Malgré ces réserves, je l’ai dévoré, je l’ai lu d’une traite. J’ai été touchée par la sensibilité qui s’en dégage, par la photographie pertinente des rapports actuels entre jeunes gens du XXIe siècle, par le malaise de Léonard et sa difficulté d’être au monde, par sa pudeur et ses rougeurs dans cette chaleur étouffante en pleine période de canicule.

J’ai également été frappée par l’originalité de certaines phrases, très bien trouvées et tournées, d’une profondeur bien plus réelle que la simplicité du style et l’apparente superficialité que certains dialogues pourraient laisser paraître.

Une nouvelle fois, un jeune auteur (25 ans seulement) prometteur.

Prix littéraires :
Sélection du Prix Renaudot 2019
Sélection du Prix Médicis 2019
Sélection du Prix Fémina 2019
Dans la sélection des 68 premières fois en catégorie 1er roman.

Victor JESTIN
La chaleur
Flammarion, août 2019, 128 pages.

4 réflexions sur « La chaleur – Victor Jestin »

  1. Oui, il y a quelque chose qui retient particulièrement l’attention dans la plume de ce jeune homme, je suis parfaitement d’accord avec ce que tu en dis. J’ajouterais cette capacité à faire naître une atmosphère en quelques mots… A suivre, donc.

    • Tu as absolument raison, je ne l’ai pas assez précisé, il sait instaurer une atmosphère de manière très naturelle. Pas étonnant qu’il ait reçu le Prix de la Vocation 2019 :-)

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