L’opticien de Lampedusa – Emma-Jane Kirby

Emma-Jane Kirby - L'opticien de Lampedusa - J'ai Lu

L’opticien de Lampedusa est un premier roman, qui retrace une vérité, un récit réel raconté à travers les yeux d’un homme qui voulait simplement aller pêcher avec des amis. Il ne s’attendait pas à devoir pêcher des hommes et des femmes.

Rappelez-vous, c’était le 3 octobre 2013. Au large de Lampedusa, un bateau faisait naufrage, avec à son bord plus de 500 personnes, dont la majorité venaient d’Erythrée. Une cinquantaine de migrants seulement furent sauvés.

L’opticien de Lampedusa est l’une des personnes qui les a sauvés. Il existe, il s’appelle Carmine Menna et il est réellement l’opticien (le seul) de Lampedusa. A travers ses yeux, Emma-Jane Kirby (journaliste à la BBC qui a remporté le prix Bayeux-Calvados 2015 des correspondants de guerre pour son reportage sur le sauvetage de migrants en méditerranée) raconte cette journée du 3 octobre 2013 qui bouleversa son existence, celle de sa femme et de ses amis.

Ce fut d’abord de cris de mouettes qu’ils ont cru entendre, avant de comprendre que les horribles sons stridents étaient ceux d’hommes et de femmes, appelant à l’aide. Les migrants pourtant, il connaissait. Il habite Lampedusa, il les voit tous les jours, à la télévision, dans le journal, devant lui. Ils étaient là sans exister. Quelques jours plus tôt, il avait à peine jeté un regard à la personne qui venait demander de l’aide, quelques vêtements pour ceux des camps d’accueil. Accepter est quasiment impossible. Sa femme s’enfonce dans la dépression. Ils auraient pu en sauver plus.

Ce livre est poignant parce qu’il raconte franchement et simplement l’indicible, parce qu’il met en lumière la prise de conscience, la culpabilité qui explose, la vision nouvelle d’un quotidien et d’évènements qu’on laissait avant simplement glisser, regarder sans voir. Le témoignage n’est pas dévoyé dans un pathos trop appuyé (même si l’émotion est bien présente, avec les tripes qui se serrent, difficile d’y échapper). L’opticien de Lampedusa est un simple être humain, qui n’est ni un surhomme, ni un militant, ni un héros. Ce récit éclaire ce drame d’une lueur profondément humaine.

C’est aussi en raison du 3 octobre 2013 que Maylis de Kérangal, à la suite d’une nuit d’insomnie, écrira à ce stade de la nuit. Erri de Luca traitera du sujet dans sa pièce de théâtre Le dernier voyage de Sinead.. D’autres auteurs ont écrit autour de ce drame. Emma-Jane Kirby a écrit au plus près de l’un de ceux qui étaient là.


Les premières lignes :

Je ne sais comment vous décrire cette scène. Lorsque notre bateau s’est approché de ce vacarme. Je ne suis pas sure d’un arriver. Vous ne pouvez comprendre : vous n’y étiez pas. Vous ne pouvez pas comprendre.

La présentation des éditions J’ai Lu :
(4e de couverture)

L’opticien de Lampedusa nous ressemble.
Il est consciencieux, s’inquiète pour l’avenir de ses deux fils, la survie de son petit commerce. Ce n’est pas un héros. Et son histoire n’est pas un conte de fées mais une tragédie : la découverte d’hommes, de femmes, d’enfants se débattant dans l’eau, les visages happés par les vagues, parce qu’ils fuient leur pays, les persécutions et la tyrannie.


Emma-Jane KIRBY
L’opticien de Lampedusa
Traduit de l’anglais par Mathias Mézard
Editions des Equateurs, Septembre 2016, 160 pages
J’ai Lu, Août 2017, 156 pages
VO : The Optician de Lampedusa

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