L’insouciance – Karine Tuil

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L’insouciance est un roman ultracontemporain, vif, rapide et violent, dans lequel Karine Tuil croise le destin de plusieurs personnages aux caractères et raisons de vivre très différents.

Romain Roller reviendra abîmé à jamais de l’Afghanistan. Il croisera le chemin de Marion. Marion Decker est une journaliste réputée qui fera tourner la tête d’un homme richissime ne vivant que dans les mondanités, l’apparence et le paraître, un businessman taillé dans le luxe et l’art contemporain. De nombreux autres personnages vont apparaître, passer ou rester, beaucoup autour du Président de la République, du pouvoir, de l’argent, mais aussi des personnages aux destinés plus simples.

Tranches de vies et de rencontres, ces hommes et ses femmes vont chercher à exister, à se parler, à s’aimer ou s’ignorer, mais surtout, à s’interroger sur leur vie, sur ce qui les fait avancer, sur ce qu’ils sont. Ils vont tous tenter de vivre leurs particularités et leur identité au sein de cette société dominante qui d’un côté les fait briller, et de l’autre côté, les écrase.

Ce livre est extrêmement fourni et détaillé. Karine Tuil réussit la prouesse de camper de nombreux personnages, complexes, ayant tous un caractère et une place précise, sans en rater un seul.

Sa deuxième prouesse est la construction habile de son roman qui mêle plusieurs pistes et destins, plusieurs sujets d’actualités, la guerre, le pouvoir, l’amour, l’argent, la violence, la mort, les médias, qui se recoupent sans que cela semble alambiqué ou forcé, mais au contraire, totalement naturel. Rendre simple et fluide le complexe n’est pas aisé. C’est ici parfaitement réussi et ce pavé se déroule dans une mécanique extrêmement bien huilée.

En plus, le rythme est également présent sans faillir, d’une ville à une autre, les actions se succèdent et se suivent de manière scandée, comme un métronome. Disons le, ce livre est un véritable page turner, un chapitre appelle systématiquement le suivant, comme un envoûtement, la puissance qui s’en dégage vous empêche de le lâcher.

Bref, ce roman possède une large palette de ce qui fait un excellent livre, bien écrit, actuel et politique, moral sans être moralisateur, interrogeant des sujets humains, d’identités et d’actualité, dans un style travaillé, fluide et accessible.

MAIS, et oui, malgré toutes ces qualités, il y a un « mais ». Tout en le dévorant, j’ai constaté, bien malgré moi, que je ne m’attachais pas aux personnages, qu’ils ne m’intéressaient pas vraiment, que je restais à distance. Je me suis sentie attirée et paradoxalement très extérieure et éloignée de ces destins croisés.

J’ai eu l’impression que le style – que j’ai aimé, comme cela avait déjà été le cas pour 6 mois, 6 jours – dégageait parfois un souffle froid, très documentaire, très technique mais un peu sans âme.

L’émotion n’a pas été présente – ou très rarement – alors que de nombreuses scènes sont faites pour que le lecteur réagisse vivement. Il m’a manqué l’intérêt réel et ce sentiment d’appartenance, de connivence et d’adhésion qui fait qu’un livre emporte et bouleverse.

Les avis de Caroline, Nicole et Delphine.

Prix littéraires :
Prix Landerneau 2016
Prix Goncourt 2016 : 1ère sélection
Prix Interallié 2016 : 1ère sélection
Prix de l’académie française 2016 : 1ère sélection


Les premières lignes de L’insouciance :
(ou lire un extrait plus long)

La sélection, cette épreuve. Ils étaient trois, quatre mille, peut-être plus, à briguer un poste de courtier au sein de l’entreprise Cantor Fitzgerald, l’une des plus grandes banques d’investissement américaines.

La présentation des éditions Gallimard :

De retour d’Afghanistan où il a perdu plusieurs de ses hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours du séjour de décompression organisé par l’armée à Chypre, il a une liaison avec la jeune journaliste et écrivain Marion Decker. Dès le lendemain, il apprend qu’elle est mariée à François Vély, un charismatique entrepreneur franco-américain, fils d’un ancien ministre et résistant juif. En France, Marion et Romain se revoient et vivent en secret une grande passion amoureuse. Mais François est accusé de racisme après avoir posé pour un magazine, assis sur une œuvre d’art représentant une femme noire. À la veille d’une importante fusion avec une société américaine, son empire est menacé. Un ami d’enfance de Romain, Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens devenu au lendemain des émeutes de 2005 une personnalité politique montante, prend alors publiquement la défense de l’homme d’affaires, entraînant malgré lui tous les protagonistes dans une épopée puissante qui révèle la violence du monde.


Karine TUIL
L’insouciance
Gallimard, Août 2016, 528 pages.

Dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire Price Minister.
16ème lecture du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2016

22 réflexions au sujet de « L’insouciance – Karine Tuil »

  1. J’aime décidément tes critiques qui sont toujours différentes de celles qu’on lit d’habitude sur ces romans qui plaisent beaucoup. Je n’ai toujours pas l’intention de lire ce roman-là, en tout cas.

  2. J’étais persuadée de savoir de quoi parlait ce roman et je m’aperçois en te lisant qu’en fait pas du tout… Je dois le confondre avec un autre. Heureusement que tu m’as remis les idées en place :D

  3. Je comprends ce que tu veux dire, Laure. C’est vrai qu’on ne s’attache pas aux personnages, peut-être parce qu’ils sont nombreux et que l’on passe sans cesse de l’un à l’autre ; mais surtout, je pense, en raison du rythme effréné qui ne nous en laisse pas le temps et parce que l’auteur instaure une distance par son regard acéré qui cherche à montrer l’envers du décor, la manière dont le contexte social modèle les personnages. C’est aussi tout ce qui fait la qualité de ce roman !

    • C’est vrai que c’est un roman de qualité, très rythmé, qui fait tourner les pages à grande vitesse. Mais ce sentiment d’avoir envie de le lire (comme si c’était de la bonne « technique » d’écrivain), tout en étant tenue à distance, sans m’intéresser aux personnages m’a déboussolée.

  4. ça ne me tente pas du tout, c’est drôle d’ailleurs ce weekend je suis allée voir le film « voir du pays » dont le sujet est justement ce sas de décompression à Chypre!

    • C’est vrai que le cas de décompression est un des sujets du roman, mais je trouve que la quatrième de couverture est un peu trompeuse, dans le sens où le roman ne tourne pas seulement autour de ce thème, mais en traite beaucoup d’autres.

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