L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

ken-liu-l-homme-qui-mit-fin-a-l-histoire-un-documentaire-le-belial Coup de coeur !

Il faut impérativement lire la nouvelle L’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu ! Si vous ne le connaissez pas, il a obtenu le Grand Prix de l’Imaginaire 2016 pour son recueil de nouvelles La ménagerie de papier, c’est vraiment un auteur qui mérite grandement le détour.

Le sujet : dans un futur proche des années 20XX, des scientifiques ont mis au point un moyen de remonter dans le passé, en gérant les photons et la vitesse de la lumière. Le procédé est expliqué, mais ce n’est qu’un prétexte pour traiter un sujet bien plus sérieux et qui n’a rien à voir avec l’imaginaire : l’Unité 731.

Qu’est ce que l’Unité 731 ? Ne connaissant pas son existence, et après avoir dévoré cette nouvelle avec un immense intérêt teinté d’horreur, je n’ai pu m’empêcher de me jeter sur internet pour savoir si j’avais été abusée par l’auteur, ou si, vraiment ce qu’il racontait était réel.

L’homme qui mit fin à l’histoire (avec l’ajout : « un documentaire », pour le titre complet), relève non seulement de la réalité, mais de l’Histoire bien réelle du Japon et de la Chine.

L’Unité 731 s’était livrée à la vivisection et à des expérimentations sur des humains, dans des proportions inimaginables, dans le but notamment de la production d’armes chimiques et bactériologiques. Cette Unité, d’abord installée en 1931 en Mandchourie, près de Harbin, avait pris beaucoup plus d’ampleur.

Il est donc passionnant de lire cette nouvelle pour son côté historique et documentaire, totalement déconcertant et horrifiant de voir encore une fois ce que des hommes sont capables de faire subir à d’autres hommes, comment des intérêts prétendument supérieurs sont susceptibles de justifier la torture la plus abjecte, comment les intérêts politiques peuvent autoriser des hommes et des pays, encore aujourd’hui, à nier l’existence des faits du passé.

Mais ce n’est pas tout. La plume de Ken Liu est précise, claire, entraînante, juste. La construction de sa nouvelle est parfaite, mêlant interventions de scientifiques, journalistes et témoins. Le rythme est savamment mené, il mène son lecteur dans un mouvement de crescendo, il étonne, surprend, reste finalement assez loin de l’imaginaire, mais dose savamment avec la limite de la réalité.

Une grande réussite, une nouvelle qui m’a bluffée.

J’avais d’ailleurs principalement décidé de lire cette nouvelle car Ken Liu était invité du Festival America 2016 à Vincennes, et lors de son intervention, je l’avais trouvé intelligent, vif, fin, bref, totalement brillant.

Sa nouvelle reflète parfaitement cette première impression.

Et vraiment, même pour ceux et celles qui n’aiment pas les nouvelles, il ne faut pas s’arrêter à la forme courte. L’intensité et la puissance du propos compense largement le format littéraire.


Les premières lignes :

Akemi Kirino, directrice scientifique des Laboratoires Feynman :
(Le professeur Kirino, la petite quarantaine, possède le genre de beauté qui ne demande guère de maquillage. En y regardant de près, on voit quelques mèches blanches parmi ses cheveux noirs)

Chaque nuit, quand on sort admirer les étoiles, on baigne dans la lumière, mais aussi dans le temps.
Et donc, regarder l’étoile de la constellation de la Balance appelée Gliese 581, c’est la voir comme elle apparaissait il y a vingt ans, puisqu’elle se situe à vingt années-lumière d’ici.

La présentation des éditions Le Bélial :

Futur proche.
Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation. Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’État.
Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le général Shiro Ishii, l’Unité 731 se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi-million de personnes… L’Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d’occupation américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l’Histoire.


Ken LIU
L’homme qui mit fin à l’histoire
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre-Paul Durastanti
Le Bélial’, Août 2016, 112 pages.
VO : 2011, The Man Who Ended History: A Documentary

23e lecture du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2016

23 réflexions au sujet de « L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu »

  1. Je l’avais repéré mais j’avais hésité à l’acheter me voilà complètement conquise, même si le sujet a l’air vraiment très dur ! C’est noté, il fait partie de mes prochains achats. Etonnant qu’il ait reçu le prix de l’imaginaire pour un documentaire…

    • Zut, je n’ai pas été claire. Le Prix de l’imaginaire n’est pas pour cette nouvelle, mais pour le recueil de nouvelles, La Ménagerie de papier (qui est aussi une des nouvelles du recueil). Et je viens de vérifier (j’ai le recueil sous les yeux), L’homme qui mit fin à l’histoire n’est pas une nouvelle extraite de ce recueil.

    • Avant de le voir et de l’entendre au Festival, je n’en avais jamais entendu parler non plus. Il faut dire que je n’y connais rien en roman futuriste ou SF, mais je crois que c’est un genre qui me plait finalement.

  2. Je me suis permis de zapper (provisoirement) ton billet car le livre est dans ma (mini-)PAL numérique, attendant le moment ad hoc (je sais qu’il est sombre) pour être lu.
    De l’auteur, j’ai beaucoup aimé « La ménagerie de papier ».

    • Je me suis laissée totalement emportée par cette nouvelle, c’est rare en plus ces derniers temps ! Et avec une nouvelle, pas de risque de perdre trop de temps si on n’accroche pas ;-)

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