L’Homme qui marche – Franck Maubert

Franck Maubert - L'homme qui marche - Fayard

L’Homme qui marche, une immense statue en bronze, l’attitude typique de son créateur Alberto Giacometti, et le titre d’un livre hommage sur cette oeuvre d’art magnifique et magistrale.

Il n’est pas nécessaire d’être passionné d’art ou de sculpture pour se délecter ce petit ouvrage sur Giacometti, ni d’être allé voir la sculpture de près à la Fondation Maeght (à Saint-Paul-de-Vence). Franck Maubert tente de comprendre « pourquoi cette représentation nous bouleverse autant » et explore diverses pistes plus passionnantes les unes que les autres.

L’Homme qui marche est une oeuvre d’après-guerre, qui permet à Giacometti « d’inventer une forme qui résume l’homme et sa condition ». Certes, mais saviez-vous que L’Homme qui marche était au départ, en 1932, une Femme qui marche, qui s’est aussi intitulée La Nuit ? Mais ce n’est pas tout. Avant de devenir aussi grand que la sculpture connue aujourd’hui, le premier homme en mouvement de Giacometti n’est autre que le résistant Gabriel Péri, un hommage discret à cet otage fusillé par les allemands en 1941.

Les découvertes ne cessent d’émerveiller dans ce petit livre. Outre l’historique de l’ensemble des Homme qui marche, qui commence donc par le tout premier, en 1947, le lecteur va croiser les amis et connaissances de Giacometti, dont le galériste Pierre Matisse, découvrir le coût de la fonte d’une sculpture, la réception lors des premières expositions jusqu’à la célébrité, le goût de Giacometti pour le dessin et des tas d’autres anecdotes sur la vie de l’homme et celle du sculpteur.

Des rapprochements seront faits avec d’autres artistes, comme Bacon ou Rodin. Quelle surprise d’apprendre par exemple que Giacometti, tout comme Francis Bacon, était fasciné par Le portrait d’Innocent X, de Vélasquez. Bien évidemment, des rapprochements sont également faits avec les ghettos, cet Homme qui marche rappelant fortement un homme revenant d’un camp de concentration.

Quelques dessins et photographies illustrent le livre, qui ne sont pas, avouons-le, d’une qualité exceptionnelle, mais ce n’est qu’un petit détail, car Franck Maupert n’est jamais rébarbatif, il sait passer de la légèreté à la profondeur, de la vie privée à la vie d’artiste, de la petite à la grande histoire, avec une immense fluidité dans le style et les explications.

Ce petit livre passé malheureusement bien trop inaperçu se lit aussi facilement qu’un excellent roman, avec une attente forte du lecteur de connaître la suite de cette histoire artistique absolument fascinante.

Les premières lignes :

Pourquoi cette sculpture; L’Homme qui marche; exerce-t-elle une telle fascination ? Curieusement, aucun livre n’a été consacré au chef-d’oeuvre d’Alberto Giacometti, dont la silhouette décharnée est devenue la statue la plus célèbre du XXe siècle, l’emblème de l’homme universel, alors que Giacometti et son travail ont été l’objet de très nombreuses études.

La présentation des éditions Fayard :

En septembre 1945, Alberto Giacometti retrouve son atelier parisien, dont la guerre l’a tenu éloigné. Dans ses bagages, il rapporte ce qu’il n’a pas détruit, soit peu de choses : des têtes et des personnages en pied qui tiennent dans des boîtes d’allumettes. Il reprend aussitôt son travail sur la figure humaine. Sa perception de l’espace se trans­forme soudain. Durant l’année 1946 il trouve enfin sa voie. Il parvient à inventer une forme qui résume tout l’homme et sa condition : l’homme dans son extrême dépouillement, solitaire, frêle et puissant, en mouvement, pensant. C’est un coup de maître.
L’Homme qui marche, cette haute figure aux longues jambes, la tête si loin des pieds rocheux, c’est vous, c’est moi. C’est l’artiste lui-même. Nous nous reconnaissons en lui. Mais sait-on bien d’où il vient ?
Dans ces pages, Franck Maubert, auteur du récit Le Dernier Modèle (prix Renaudot essai 2012), va à sa rencontre et l’interroge. Il nous raconte l’histoire fascinante de ce chef-d’oeuvre, les circonstances de sa création, les sources qui l’ont inspirée et sa trajectoire dans les deux dernières décennies de la vie de Giacometti.

Challenge Rentrée littéraire janvier 2016Franck MAUBERT
L’Homme qui marche
Fayard, Janvier 2016, 136 pages

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