L’homme est un grand faisan sur terre – Herta Müller

Herta Muller - L'homme est un grand faisan sur terre - Folio

Prix Nobel 2009

Il est difficile de résumer L’homme est un grand faisan sur terre, car en réalité, on ne comprend vraiment ce qu’il se passe, où et quand cela se déroule, qu’au fur et à mesure, voire vers la fin du livre. Mais pour comprendre, en trois mots. Roumanie. Ceaucescu. Départ.

On sait que Windisch est un meunier taiseux, qui se déplace en vélo, et on devine vite que la pauvreté et la tristesse vont être plus présentes que l’allégresse et le bonheur.

Ce livre m’a déboussolée, et c’est justement ce que j’ai aimé. Je n’ai pas trouvé cette lecture facile. J’étais perdue dans le fil narratif, mais également avec le style. La construction ressemble à une succession d’anecdotes, de nouvelles ou de poèmes, souvent avec des phrases très courtes, qui vont constituer, mis bout à bout, l’histoire globale.

Les choses et les animaux semblent avoir plus d’existence que les humains, ils sont décrits de manière plus précises, semblent ressentir la douleur et le malheur. En fait, je me suis demandée à plusieurs reprises si je lisais un roman ou de la poésie. Un peu l’un et l’autre. Cela donne une impression très étrange et bizarre. En réalité, c’est une lecture totalement inhabituelle.

De plus, l’ambiance générale est lourde, malsaine et délabrée, mais comme elle est décrite de manière poétique, il est difficile de se situer dans un réel connu, d’autant plus que les repères temporelles ou de lieu sont quasiment absents.

Enfin, on ressent dans tous les pores de sa peau l’oppression que Herta Müller veut faire passer. Pas de doute, le malaise latent est bien présent, et se transmet à travers chaque mot et chaque phrase. Réussir ça est un bel exploit.

Les premières lignes :

Des roses poussent autour du monument aux morts. Un buisson de roses. Si folles qu’elles étouffent l’herbe. Les fleurs sont blanches, rabougries, serrées comme des fleurs en papier. Elle froufroutent. C’est l’aube. Il fera bientôt jour.

Présentation par les éditions Folio (ou lien site Gallimard) :

(Attention, ce résumé raconte l’histoire)

Roumanie.
Depuis que le meunier Windisch veut émigrer, il voit la fin partout dans le village. Peut-être n’a-t-il pas tort. Les chants sont tristes, on voit la mort au fond des tasses, et chacun doit faire la putain pour vivre, a fortiori pour émigrer. Windisch a beau livrer des sacs de farine, et payer, le passeport promis se fait toujours attendre. Sa fille Amélie se donne au milicien et au pasteur, dans le même but. Un jour, ils partiront par l’ornière grise et lézardée que Windisch empruntait pour rentrer du moulin. Plus tard, ils reviendront, un jour d’été, en visite, revêtus des vêtements qu’on porte à l’Ouest, de chaussures qui les mettent en déséquilibre dans l’ornière de leur village, avec des objets de l’Ouest, signe de leur réussite sociale, et, «sur la joue de Windisch, une larme de verre».

Herta MULLER
L’homme est un grand faisan sur terre
Traduit de l’allemand par Nicole Bary
Juin 1990, Folio n°2173, 124 pages
VO : 1986, Der Mensch ist ein großer Fasan auf der Welt

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8 réflexions au sujet de « L’homme est un grand faisan sur terre – Herta Müller »

  1. J’avais lu  » le renard est déjà le chasseur  » qui m’avait impressionnée pour le même ressenti violent de l’oppression et le malaise latent !

    • Déboussolée, je pense que tu le seras carrément, mais plus par le style. Attention, la période historique est très peu développée. Ne t’attends donc pas à lire un roman historique.

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