L’enfer de Church Street – Jake Hinkson

Jake Hinkson - L'enfer de Church Street - GallmeisterCoup de coeur !

Geoffrey Webb ressemble à un type quelconque, obèse et seul, « un vrai loser » qui ne ferait pas de mal à une mouche. C’est bien pour cela qu’on décide de le braquer. Mais le voleur va vite se rendre compte de son erreur.

Geoffrey Webb n’attendait presque que cela. De façon débonnaire, il ne s’inquiète pas du tout de l’arme qui est pointée sur lui, et propose même de donner au braqueur 3.000 dollars, à la seule condition d’une ballade en voiture. Sur le trajet, Geoffrey va raconter son histoire et dévoiler son vrai visage.

Car Geoffrey Webb n’a pas toujours été un « bonhomme gras ». Il a d’abord été un jeune homme malin et manipulateur, qui a vite compris l’intérêt qu’il pouvait tirer de la crédulité des braves citoyens américains pour la religion. Dieu est présent pour pourvoir à tellement de choses, comme l’amour notamment, ce serait dommage de ne pas en profiter. Il ne va pas se gêner.

Le génie de Jake Hinkson est d’abord de tromper le lecteur dès le début du livre, en lui faisant croire que le braqueur, qui raconte sa vie à la première personne, est le personnage principal et Geoffroy Webb simplement un pigeon, alors que c’est le contraire. Il continuera de fourvoyer le lecteur en dévoilant crescendo la vrai personnalité de Geoffroy, une personnalité totalement déviante et psychologiquement malade, qui se cache derrière un faux baptiste : l’habit ne fait pas l’aumônier.

Quand on apprend que Jake Hinkson a vécu dans une famille Baptiste du Sud des Etats-Unis, puis dans un camp religieux, et a baigné dans la religion depuis tout petit, on comprend pourquoi il réussit à incarner Geoffrey en homme de dieu de manière tellement crédible, en permettant à ses pensées tordues et manipulatrices d’être entièrement transparentes et accessibles.

Cette dualité entre la réalité et l’apparence instaure une tension discrète mais extrêmement palpable, et permet à l’histoire d’évoluer pour exploser comme un feu d’artifice, sans que l’on sache exactement dans quel sens. Le style direct et tranchant, le discours investi et teinté d’humour est d’une efficacité infernale. Ce roman noir pervers se lit avec des frissons de plaisir.

Merci à Jérôme, grâce à qui j’ai décidé de me plonger dans cette « littérature américaine sauvagement décomplexée ».

L’un des 10 meilleurs livres policiers du Magazine Livre 2015, avec aussi Six fourmis blanches de Sandrine Colette et La vérité et autres mensonges de Sascha Arango, mais là, je partage moins leur avis.

Les premières lignes de L’enfer de Church Street :

Je travaillais depuis trois semaines dans une usine de plastiques dans le Mississippi lorsque le contremaître – un bouseux à la dentition en décapsuleur du nom de Cyrus Broadway – commit l’erreur de me traiter de connard feignant. Alors bon, je suis peut-être feignant, mais je suis aussi méchant comme une teigne.

La 4e de couverture des éditions Gallmeister :
(ou lien direct site Gallmeister avec le chapitre 1)

Geoffrey Webb est en train de se faire braquer sur un parking. Et cette situation lui convient bien, il en redemanderait même. À son agresseur, il propose un marché : empocher les trois mille dollars qui se trouvent dans son portefeuille, le dépouiller de tout s’il le faut, en échange de cinq heures de voiture jusqu’à Little Rock, en Arkansas. Webb a besoin de se confesser. Ce braquage et ce pistolet pointé sur lui, il les mérite. Et il est prêt à expliquer pourquoi.

Challenge rentrée d'hiver 2015Jake HINKSON
L’enfer de Church Street
Traduit de l’anglais (Américain) par Sophie Aslanides
Gallmeister, Mars 2015, 240 pages

8 réflexions au sujet de « L’enfer de Church Street – Jake Hinkson »

  1. et voilà, encore un que je vais me procurer très vite, je vous suis les yeux fermés !! J’aime beaucoup écouter les bibliomaniacs, et je partage très souvent vos avis :-) merci de partager vos lectures !

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