L’enfant perdue – Elena Ferrante

Elena FERRANTE - L'enfant perdue - Amie prodigieuse IV - Gallimard

Alors, L’enfant perdue, ce 4e et dernier tome de la saga L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante, l’auteure italienne anonyme qui tente autant que possible de le rester, tient-il ses promesses ?

Oui, en partie.

Un premier aveu. La lecture de L’enfant perdue, je l’ai commencé dès sa sortie en librairie, début 2018, et après 150 pages, je l’ai laissé de côté. Une lecture plaisante, mais je ne retrouvais pas l’engouement attendu.

J’avais en effet eu un énorme coup de coeur pour L’Amie prodigieuse et pour la suite, Le nouveau nom, tout en l’aimant énormément, j’avais un peu moins apprécié le volume III Celle qui fuit et celle qui reste.

Cette fois-ci, même si plusieurs pages d’adaptation ont été nécessaire avant de retrouver l’ambiance italienne Ferrante, les deux amies Elena/Lenù et Lina, et tous les personnages avec aisance, une fois dedans, c’est quasiment sans arrêt que j’ai dévoré le roman, avec une envie furieuse de comprendre le titre, et de connaître la fin.

Ce 4e volume se situe vraiment autour de Lina et Lenù (ce qui était moins le cas dans le volume précédent), de leur relation personnelle, de leur amitié de plus en plus ambiguë, dans une tension permanente de quasi amour/haine, de jalousie, de lien qui semble de manière paradoxale de plus en plus fort, et de plus en plus distant. En vieillissant, leur amitié aussi prend de l’âge et des rides, certains sillons risquant de se transformer en gouffre.

Car le temps passe, mais le passé et les souvenirs restent, comme s’il n’était pas possible de s’en détacher. Dans ce 4e volume, on revient à Naples, la camorra est là même quand on ne la voit pas, comme la misère, la drogue et la violence latente. On évolue dans une ambiance dérangeante entre le poids des conventions familiales, la volonté d’indépendance, le quotidien inexorable et le dérèglement local.

Pour mémoire, les deux femmes ont des enfants, ne vivent pas avec leur mari, ont un amant, un métier (l’informatique pour l’une, la littérature pour l’autre). Et pourtant, les contrastes sont importants malgré les ressemblances.

La force de ce livre, c’est bien cette distorsion et la puissance des personnages de Lina et Lenù qui restent intacts, qui tentent chacune, avec des armes différentes, de se faire (ou de conserver) une place, professionnellement, en tant qu’amante, de mère surtout, de femme, dans des directions qui s’opposent, et pourtant se recoupent autour d’un drame, d’une perte, d’un espoir.

Ceci étant, malgré les évènements dramatiques qui ponctuent le roman, l’émotion ressentie était moindre que dans mes lectures précédentes, moins spontanée. Mes petits bémols : certains passages sur les enfants de Lenù sont moins prenants, comme de nombreux petits détails (à la manière « gossip »), et probablement par manque de patience, il m’a semblé que la fin traînait un peu en longueur, et se termine, comment dire … (aucune inquiétude, la fin est réussie).

La boucle est bouclée, on se rappelle la saga finie du début du premier volume, les deux femmes ont vieilli, la vie a laissé ses marques et ses souvenirs, comme la série L’Amie prodigieuse laissera une marque très forte dans mes lectures.

Une lecture duo avec ma chère Béa, très très enthousiaste.

Elena FERRANTE, L’enfant perdue (L’amie prodigieuse IV)
Traduit de l’italien par Elsa Damien
Gallimard, janvier 2018, 552 pages
Folio, janvier 2019, 640 pages

VO 2014 : Storia della bambina perduta

10 réflexions sur « L’enfant perdue – Elena Ferrante »

  1. Oh, comme j’ai aimé cette saga! J’ai eu un peu plus de mal à entrer dans ce livre là que les autres mais au bout de quelques chapitres, j’ai retrouvé ce souffle qui me plaisait tant.
    Daphné

    • Nous avons donc eu exactement la même impression de lecture.
      Cette saga est excellente, j’espère tant retrouver une autre saga de la même qualité.

    • Oh que oui ! Et cette série étant terminée, j’ai une très forte envie d’en entamer une autre, déjà publiée (pour ne pas avoir à attendre trop longtemps entre les volumes), je risque cependant de ne pas retrouver une histoire aussi puissante …

    • Sur la durée, je remarque que de manière générale, les premiers volumes d’une série ont tendance à être plus accrocheurs – pour le lecteur – que les derniers (effet de nouveauté, découverte des personnages, etc). Pour moi également, j’ai préféré les deux premiers.

  2. Je dirais aussi que ce quatrième volume n’est pas mon préféré. Mais il clôture parfaitement la série. Et puis, le fait que chacun des quatre tomes soit différent des autres est en parfaite adéquation avec l’évolution des personnages.

    • Ce n’est pas évident de terminer une série, l’attente est importante, j’avais d’ailleurs craint à un moment un dénouement que je croyais voir venir, et heureusement, il n’a pas eu lieu. Cette série est réussie, notamment grâce à ce que tu dis de manière très juste, les volumes sont tous différents et de manière logique par rapport aux personnages.

    • Je suis la première à suivre mon intuition quand un livre ne m’inspire pas, je ne me précipite pas. Ceci étant, j’ai tellement aimé cette série (même si, de manière inégale selon les volumes) que parfois, je me dis que l’intuition se trompe ;)

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