L’écrivain national – Serge Joncour

Serge Joncour - L'écrivain national - Flammarion

La vie d’écrivain est-elle vraiment la panacée ? Avec L’écrivain national, les illusions vont tomber, mais le lecteur va tout de même découvrir la vie « trépidante » de Serge, en résidence d’écriture pendant un mois dans un village du centre de la France.

Lorsque Serge (entre Serge Joncour lui-même et personnage de fiction) arrive à Donzières, l’une des premières choses qui attire son attention, c’est la photographie de Dora dans le journal local, aux cheveux courts et regard qui « fixait l’objectif avec une insistance détachée ». Compagne d’Aurélik, qui est emprisonné à la suite de la disparition de Commodore, un ancien connu de tous, Serge, attiré comme un aimant, voudra en savoir plus sur ce fait divers.

Ce livre mêle avec réussite plusieurs genres et à croise plusieurs fils de manière assez habile. J’ai beaucoup aimé la toile de fond dépeinte avec une agréable ironie, la vie de l’écrivain dit « national » qui consiste à devoir animer des ateliers d’écritures avec des personnes presque illettrées, rencontrer des lectrices avides de critiques ou aux questions à la pertinence douteuse, boire un verre avec le maire, bref, participer à une petite vie de province d’un village reculé, qui porte aux nues un écrivain inconnu, dont l’arrivée est attendue depuis presque un an. Attention, il ne s’agit pas d’un livre humoristique, mais bien d’une sorte de témoignage réaliste et d’une grande finesse, qui en devient drôle et léger.

Mais cette légèreté est balancée par l’intérêt que suscite pour Serge ce fait divers et la disparition de Commodore, qui entraîne ce livre vers une pente policière où le suspens est présent dès les premières pages, jusqu’au terme du livre. La tension est accentuée par la suspicion que les habitants locaux vont vite ressentir envers cet écrivain qui agit bien bizarrement, et qui pose des questions qu’il ferait mieux de taire.

Alors que je retardais cette lecture l’imaginant un peu ardue, elle est au contraire très facile et fluide et le style agréable de Serge Joncour permet d’entrer rapidement dans ce suspens campagnard un rien franchouillard, et de tourner les pages sans peiner. C’est un livre que j’ai pris un immense plaisir à lire : clairement, ma première découverte de Serge Joncour est une réussite.

Un immense merci à Philisine de m’avoir proposé cette lecture commune, à la suite de la critique convaincante – que nous avons lu quasiment en même temps – de Lorenztradfin.

Et aussi les avis de Caroline, Clara, Eva, Gambadou, Laurie, Séverine, Sandrine.

Prix Littéraires Prix des deux Magots 2015
Sélection prix des libraires 2015
Sélection Prix Interallié 2015
Sélection Prix Renaudot 2015


Les premières lignes de L’écrivain national :

Ce séjour promettait d’être calme. C’était même l’idée de départ, prendre du recul, faire un pas de côté hors du quotidien. En acceptant l’invitation je ne courais aucun risque, la sinécure s’annonçait même idéale, un mois dans une région forestière et reculée, un mois dans une ville perdue avec juste ce qu’il faut de monde pour ne pas craindre d’être seul, tout en étant royalement retiré, ça semblait rêver.

La 4e de couverture des éditions Flammarion :
(ou lien direct site Flammarion)

Le jour où il arrive en résidence d’écriture dans une petite ville du centre de la France, Serge découvre dans la gazette locale qu’un certain Commodore, vieux maraîcher à la retraite que tous disent richissime, a disparu sans laisser de traces. On soupçonne deux jeunes « néoruraux », Aurélik et Dora, de l’avoir tué. Mais dans ce fait divers, ce qui fascine le plus l’écrivain, c’est une photo : celle de Dora dans le journal. Dès lors, sous le regard de plus en plus suspicieux des habitants de la ville, cet « écrivain national », comme l’appelle malicieusement monsieur le Maire, va enquêter à sa manière, celle d’un auteur qui recueille les confidences et échafaude des romans, dans l’espoir de se rapprocher de la magnétique Dora. Dans une atmosphère très chabrolienne, Serge Joncour déroule une histoire à haute tension : les quelques semaines de tranquillité que promettait ce séjour d’écriture se muent, lentement mais sûrement, en une inquiétante plongée dans nos peurs contemporaines.


Serge JONCOUR
L’écrivain national
Flammarion, août 2014, 390 pages

20 réflexions au sujet de « L’écrivain national – Serge Joncour »

  1. Il me tente énormément depuis le début ce Joncour, il avait d’abord eu de bonnes critiques avant d’être un peu maltraité par les jurées ELLE 2015 qui l’ont éliminé. Arh, tu me redonnes envie de m’y coller, je suis contente.
    Des bises Laure

    • Cette lecture a vraiment été une très agréable surprise, je me suis sentie très bien dans cette histoire et ce livre. J’espère qu’il te plaira aussi Galéa. Bises.

  2. J’ai beaucoup aimé ce roman moi aussi ! Lu à sa sortie, je ne savais pas à quoi m’attendre mais j’avais lu l’Amour sans le faire avec un grand bonheur. Ce fut une nouvelle réussite pour moi et j’ai beaucoup ri à la fin, quand il part dans des phrases très droles et un peu too much :)

    • Tu as entièrement raison, je n’ai pas précisé ce point, mais je me suis bien retrouvée dans cette description de la nature. Je m’y sentais bien, et cela rajoute en effet un côté très agréable à l’ambiance générale.

  3. Hah, c’est bien la première fois dans ma courte vie de blogueur qu’une fiche de ressenti a incité d’autres blogueurs de lire un livre dont j’ai parlé…. Ravi aussi que la lecture procure des réactions si divergentes….(voir Philisine C.) … à l’image de ce qui se passe dans notre cercle de lecteurs de la Table Ronde (nous lisons à plusieurs tous les livres de la sélection du Livre Inter et voterons le 7 juin « nôtre » prix Inter à nous (Shadow-Cabinet) …. Nous nous départageons en effet en deux groupes +/-….. De gustibus ….

    • Je ne suis pas certaine que ce soit la première fois, mais on ne le dit pas toujours ;-) Je lis avec intérêt tous les billets sur le Prix Inter, et je suis très très curieuse de connaître le grand gagnant. A l’exception de Gil (que je n’ai pas lu), pour les autres, j’ai bien ma (grosse) préférence …. A bientôt Bernhard !

  4. Oh là là, Laure, on dénote : je n’ai pas aimé ce roman. J’ai trouvé les personnages désabusés, aucun ne m’a attirée. Bien sûr il a des qualités : placement de l’ambiance, intrigue logique jusqu’au bout mais j me suis ennuyée et surtout j’ai procédé en mode rapide dans les cinquante dernières pages. bisous et merci : un de moins à lire pour mon prochain comité de lecture.

    • Tu es dure ;-) Le côté désabusé des personnages (de façon un peu excessive d’ailleurs) m’a plu au contraire de toi, cela rajoute à l’ironie globale que j’ai ressenti. Je me suis un tout petit peu ennuyée à la fin, comme toi, mais sans que cela n’entame mon impression positive générale de cette lecture. A bientôt pour notre prochaine lecture, dont la date reste à fixer d’ailleurs ! Bisous et merci à toi.

    • Ce n’est pas le livre qui mérite le plus de remporter le Prix Inter, mais j’ai été agréablement surprise. Je craignais de m’ennuyer ferme, et ça n’a pas du tout été le cas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>