L’arbre du pays Toraja – Philippe Claudel

Philippe Claudel - L'arbre du pays Toraja - Stock

L’arbre du pays Toraja est un lieu de recueillement des morts de l’île de Sulawesi en Indonésie, un tronc cercueil naturel dans lequel les corps des enfants sont déposés et qui, avec le temps, va se refermer et envelopper le défunt pour lui redonner ainsi une existence éternelle.

C’est la coutume marquante que le narrateur ramène de son voyage en 2012. Un souvenir qui lui reviendra lorsque son meilleur ami Eugène, victime d’un cancer, décèdera plus tard. Comme avec l’arbre du pays Toraja, en revivant ses souvenirs, en avançant chaque jour, il exacerbe, au côté de la mort, la beauté de la vie.

C’est avec une plume enchanteresse, d’une grande pudeur et très touchante que Philippe Claudel raconte le simple déroulement d’une période de vie, quand la mort surgit, chamboule les certitudes, mais n’empêche ni les rencontres, ni l’amour, nourrit la création, les doutes et les incertitudes, ravive les souvenirs et rappelle l’expérience qu’est la vie.

Le remords, le temps, la mort, le souvenir ne sont que les différents masques d’une expérience qui n’a pas de nom dans la langue, et qu’on pourrait au plus simple désigner par l’expression usage de la vie.

Aux côtés des nombreux clins d’oeil culturels qui parcourent le livre, des références cinéphiles, artistiques ou littéraires, ce sont de simples questions qui se posent, la valeur d’un coup de fil ou d’une question anodine telle que « comment vas-tu? », qui prennent tout leur sens. Dans un style magnifique, excluant tout pathos et toute sensiblerie, Philippe Claudel touche au coeur de l’émotion, avec une grande simplicité et en même temps une réelle profondeur.

Notre vie n’est en rien un figure linéaire. Elle ressemble plutôt à l’unique exemplaire d’un livre, pour certains d’entre nous composé de quelques pages seulement, propres et lisses, recouvertes d’une écriture sage et appliquée, pour d’autres d’un nombre beaucoup plus important de feuillets, certains déchirés, d’autres plus ou moins raturés, pleins de reprises et de repentirs.

Philippe Claudel évite tous les écueils, sa sincérité est réelle, elle se sent, elle se transmet au lecteur. Il creuse de manière tellement juste au profond de l’être qu’il est difficile de croire que ce roman n’a aucun aspect autobiographique. Quoiqu’il en soit, il fait venir aussi bien les larmes aux yeux que le sourire aux lèvres.

Il me semble désormais que je n’aurai plus d’autre âge que le sien, et qu’oubliant mon corps, oubliant qui je suis, oubliant mes maux et mes hésitations, mes erreurs, mes blessures, je serai tout à elle, afin qu’elle puisse vivre, aimer, rire, s’éblouir et grandir jusqu’au ciel.

Ce dernier livre de Philippe Claude est puissant et poignant, c’est un grand livre.

Les avis de Tiben et Clara.


Les premières lignes de L’arbre du pays Toraja :
(lire un extrait plus long)

Sur l’île de Sulawei vivent les Toraja. L’existence de ce peuple est obsessionnellement rythmée par la mort. Lorsque l’un d’eux vient à mourir, l’organisation de ses funérailles occupe des semaines, des mois, parfois des années. Il convient de faire venir à la cérémonie tous les membres de la famille du défunt.

La présentation des éditions du Stock :

« Qu’est-ce que c’est les vivants ? À première vue, tout n’est qu’évidence. Être avec les vivants. Être dans la vie. Mais qu’est-ce que cela signifie, profondément, être vivant ? Quand je respire et marche, quand je mange, quand je rêve, suis- je pleinement vivant ? Quand je sens la chaleur douce d’Elena, suis-je davantage vivant ? Quel est le plus haut degré du vivant ? »

Un cinéaste au mitan de sa vie perd son meilleur ami et réfléchit sur la part que la mort occupe dans notre existence. Entre deux femmes magnifiques, entre le présent et le passé, dans la mémoire des visages aimés et la lumière des rencontres inattendues, L’Arbre du pays Toraja célèbre les promesses de la vie.


Challenge Rentrée littéraire janvier 2016Philippe CLAUDEL
L’arbre du pays Toraja
Stock, janvier 2016, 216 pages.

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