L’ablation – Tahar Ben Jelloun

Tahar Ben Jelloun - L'ablation - Gallimard

L’ablation de la prostate, c’est synonyme de cancer. Encore un livre sur le cancer et ce n’est pas très gai, c’est vrai, mais c’est un témoignage utile, à défaut d’être pimpant et joyeux, sur les tabous liés à la maladie et la sexualité.

Ce livre est un récit ; c’est donc un témoignage direct. Pas celui de Tahar Ben Jelloun lui-même, non. Lui a eu de la chance si l’on peut dire, son cancer a été décelé à temps et il n’a pas eu à subir l’ablation de la prostate, la curiethérapie a suffit.

En revanche, pour son ami proche, qu’il a accompagné de près, le cancer était déjà bien trop présent lorsque la nouvelle lui a été annoncée, et l’ablation a été obligatoire, pour rester en vie.

Mais rester en vie comment ? Sans sexualité ou avec une sexualité diminuée ? La question, il se la pose. Fait-il vraiment le bon choix ? Sans parler de toutes les conséquences liées à la maladie, à l’incontinence, à la honte. Et puis, est-ce que l’on en parle à ses proches ou est-ce que l’on se tait ?

Ce sont toutes ces questions qu’explore Tahar Ben Jelloun, de manière directe et assez trash. Il n’enrobe pas les faits dans de jolis mots pour faire plaisir. Il raconte la vérité, l’obsession du désir, de l’érection, de l’acte d’amour. On a l’impression parfois qu’il existe en réalité une maladie plus difficile à vivre que le cancer, c’est l’impuissance, cette perte de dignité, cette perte de masculinité.

A partir d’un moment, il semble d’ailleurs changer de sujet, et passe du cancer de la prostate à une obsession sur la sexualité. Mais il est peut-être là, justement, le vrai sujet.

Ce petit récit est bien écrit ; il se lit vite et facilement. Cependant, il faut avouer qu’en tant que livre, il m’a manqué quelque chose.

Challenge rentrée d'hiver 2014

C’est parfois un peu trop documentaire et factuel. Le regard objectif de l’écrivain rend le témoignage criant de vérité certes, mais paradoxalement, le côté assez froid m’a un peu dérangé, et ne m’a pas permis d’entrer pleinement dans ce récit.

Ce livre reste bien sûr un témoignage utile, mais on préfèrera d’autres écrits de Tahar Ben Jelloun, comme Sur ma mère ou ses écrits sur l’art, Lettre à Delacroix ou Lettre à Matisse.

Et on ajoute ce livre au Challenge de la rentrée de l’hiver 2014.

Les premières lignes de L’ablation :

Témoins vigilants, observateurs attentifs, il arrive parfois que les romanciers se voient confier des vies pour qu’ils les racontent dans leurs livres. Ils font alors fonction d’écrivains publics. C’est ce qui m’est arrivé il y a deux ans lorsqu’un ami m’a demandé d’écrire son histoire.

La présentation par l’éditeur Gallimard :
Il s’agit des mêmes premières lignes de L’ablation , avec surtout une interview de Tahar Ben Jelloun, réalisé en janvier 2014, à lire sur le site Gallimard, ici.

Tahar Ben Jelloun, L’ablation
Parution : Janvier 2014 – Gallimard

6 réflexions sur « L’ablation – Tahar Ben Jelloun »

  1. rho la la, bon j’ai déjà dit que je faisais une pause concernant les récits directs ou indirects, les histoires personnelles, de maladie etc…et vu que ton enthousiasme est plus que modéré, tu comprendras que je passe mon tour…

    • Oui, je comprends, d’ailleurs, mon prochain, ce sera de la pure fiction, voire même un livre pour enfant, histoire d’alléger !

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