Judas – Amos Oz

Amos OZ - Judas - Gallimard

Amos Oz résume à merveille Judas dès les premières lignes du roman: « L’histoire se déroule en hiver, entre fin 1959 et début 1960. On y parle d’une erreur, de désir, d’un amour malheureux et d’une question théologique inexpliquée ».

On y parle aussi de Shmuel Asch, jeune homme qui interrompt ses études et trouve un petit boulot inhabituel. Logé, nourri et payé, il va habiter avec Gershom Wald et lui faire la conversation et la lecture tous les soirs. C’est là qu’il rencontre la belle et mystérieuse Atalia Abravanel.

Très bien écrit, ce roman m’a beaucoup plu, surtout lorsque Amos Oz exploite les relations entre les personnages, entre Shmuel et Gershom Wald, mais surtout entre Shmuel et Atalia. C’est ce côté romanesque dans lequel je suis le plus facilement tombée, l’histoire d’amour, et avec grand plaisir.

En revanche, ce roman contient de nombreuses parties que je qualifierai d’ »intello », que ce soit les grandes discussions ou monologues de Gershom Wald, les remarques sur la politique de Ben Gourion, les pensées sur le peuple juif, ou les réflexions de Shmuel sur son sujet de recherches de thèse « Jésus dans la tradition juive », la question de la trahison de Judas, ou sur le mouvement sioniste par exemple.

Je l’avoue piteusement, je me suis sentie dépassée par de nombreux passages, en particulier ceux relatifs à la politique et la religion. Je rappellerai rapidement que les faits se passent une bonne douzaine d’année après l’indépendance de l’état d’Israël de mai 1948. Les développements sur l’histoire d’Israël restent certes intéressants, mais je me suis dit que je manquais de connaissance et de bases culturelles pour comprendre complètement tous les enjeux et points de vue exposés.

Il n’en demeure pas moins que je recommande Judas, pour le voyage dans le passé, pour la mystérieuse Atalia, l’audacieux Shmuel, le prolixe Gershom, parce qu’on apprend des choses intéressantes, et aussi pour l’impression dépaysante du saut dans le passé à Jérusalem, dans ses rues, ses immeubles, ses cinémas et ses habitants avec beaucoup de réalisme.


AMOS OZAmos Klausner est né à Jérusalem en 1939 de parents immigrants juifs d’Europe de l’Est. Sa famille s’inscrit dans le mouvement sioniste et garde une certaine distance par rapport à la religion qu’elle trouve trop irrationnelle. À 15 ans, il adopte le patronyme Oz qui signifie, en hébreu, «force». Oz étudie la philosophie et la littérature hébraïque à l’Université de Jérusalem. Depuis que son premier roman fut publié en Israël en 1966, Amos Oz n’a cessé d’écrire, offrant en moyenne un livre par an. C’est en 1971 qu’on le découvre en France avec son roman «Ailleurs peut-être». Amos Oz a reçu les prix les plus prestigieux de tous pays et ses livres sont traduits dans plus de trente langues à travers le monde. (Source : Gallimard)


Les premières lignes de Judas :
(Lire un extrait plus long)

L’histoire se déroule en hiver, entre fin 1959 et début 1960. On y parle d’une erreur, de désir, d’un amour malheureux et d’une question théologique inexpliquée.

La présentation des éditions Gallimard :

Le jeune Shmuel Asch désespère de trouver l’argent nécessaire pour financer ses études, lorsqu’il tombe sur une annonce inhabituelle. On cherche un garçon de compagnie pour un homme de soixante-dix ans ; en échange de cinq heures de conversation et de lecture, un petit salaire et le logement sont offerts.
C’est ainsi que Shmuel s’installe dans la maison de Gershom Wald où il s’adapte rapidement à la vie réglée de cet individu fantasque, avec qui il aura bientôt des discussions enflammées au sujet de la question arabe et surtout des idéaux du sionisme. Mais c’est la rencontre avec Atalia Abravanel qui va tout changer pour Shmuel, tant il est bouleversé par la beauté et le mystère de cette femme un peu plus âgée que lui, qui habite sous le même toit et dont le père était justement l’une des grandes figures du mouvement sioniste. Le jeune homme comprendra bientôt qu’un secret douloureux la lie à Wald…

Judas est un magnifique roman d’amour dans la Jérusalem divisée de 1959, un grand livre sur les lignes de fracture entre judaïsme et christianisme, une réflexion admirable sur les figures du traître, et assurément un ouvrage essentiel pour comprendre l’histoire d’Israël. Un chef-d’œuvre justement acclamé dans le monde entier.


Amos OZ
Judas
Traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen
Gallimard, août 2016, 352 pages.
VO : 2014, Ha Basora Al-Pi Yehuda Iskariot

Lu dans le cadre du rendez-vous Amos Oz de Lire le Monde de Sandrine
25e lecture de la Rentrée littéraire d’août 2016.

20 réflexions au sujet de « Judas – Amos Oz »

  1. J’ai beaucoup aimé ce roman. Mais je connaissais l’auteur et son univers depuis ma lecture de son autobiographie « une histoire d’amour et de ténèbres ». J’ai lu plusieurs ouvrages sur l’histoire du conflit israelo-palestinien, cela m’a également aidée à mieux comprendre où l’auteur voulait en venir avec cette histoire.

    • Je regrette d’être passée à côté d’une partie du livre. Plusieurs personnes ont un souvenir marquant de « une histoire d’amour et de ténèbres ». Un jour peut-être, je poursuivrai ma découverte de Amos Oz avec ce titre.

  2. Je vais passer mon tour, surtout si certains côtés intellos t’ont dépassée, je n’imagine même pas moi!! Mais la toute première raison c’est que les noms des personnages sont difficilement lisibles, et ça ça peut vraiment m’arrêter dans la lecture! (oui je sais c’est futile comme raison!!)

    • Il n’y a pas de futile raison (je choisis bien les livres en fonction de leur couverture ….). On s’habitue assez vite aux noms, il faut prendre le pli, un peu comme les romans russes. L’avantage ici, c’est qu’un personnage a toujours le même nom, et pas 5 ou 6 !

  3. Qualité de la plume, densité du récit, multiplicité des références… Je retrouve dans ton avis ce que j’ai ressenti à la lecture de « Une histoire d’amour et de ténèbres » !

  4. C’est un roman que j’ai beaucoup aimé – j’ai vraiment apprécié le travail sur la notion de traître, et les hypothèses sur les motivations de Judas. Dommage que le rythme soit parfois un peu lent, et qu’il y ait des redondances, mais pour une première rencontre avec Judas Oz, l’essai était réussi!

    • Tu as raison, il développe une vraie réflexion, que j’ai malgré tout trouvé accessible, même si certains passages m’ont échappé. Les redondances ne m’ont pas dérangée, mais le rythme ne joue pas toujours en la faveur du livre, surtout dans les passages que j’appelle « intello » ;-)

  5. Pour moi, c’est un peu une lecture inversée, je me suis peu attachée aux relations entre Schmuel et Atalia, en revanche le personnage d’Abravanel et les passages relatifs à la politique et au sionisme m’ont passionnée.

    • Je suis d’accord, c’est très intéressant, en revanche, j’ai du m’accrocher à certains moments, et la fluidité de ma lecture s’en est ressentie…

  6. J’ai ressenti exactement la même chose avec ma lecture de « Une histoire d’amour et de ténèbres ». Grand plaisir de lecture car la plume d’Amos Oz est formidable, mais grosse frustration due à mes ignorances historiques. J’ai interrompu ma lecture et chercherai un titre plus abordable… peut-être pas « Judas »…

    • Merci Sandrine ! Je me sentais un peu seule (et nulle) dans mon coin avec mes ignorances et cette impression de passer à côté d’une grande partie du roman ;-)

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