Joy Sorman – Sciences de la vie

Joy Sorman - Sciences de la vie - Seuil

Dans Sciences de la vie, Joy Sorman flirte une nouvelle fois avec la légende, comme elle l’avait déjà fait avec La peau de l’ours. Cette fois-ci, son roman concerne la peau d’une jeune femme, Ninon Moise.

Depuis sa plus jeune enfance, Ninon entend sa mère lui raconter le conte familial, celui de la lignée des femmes, maudites depuis les années 1500. Elles ont toutes été atteintes d’une maladie improbable, sans aucune exception.

Ninon pense l’être, l’exception : aucun fait, aucun signe, aucune maladie ne l’a encore touchée. C’est une lycéenne comme les autres, jusqu’au matin où elle se réveille et constate que ses bras ne supportent plus le contact, ni celui des draps, ni celui des vêtements, ni celui d’une autre peau. Chaque effleurement lui déclenche une douleur insupportable.

L’idée du roman est vraiment très originale, accrocheuse, et on se laisse prendre tout de suite dans cette histoire et ses accents fantastiques. Joy Sorman décrit très bien le doute de Ninon, sa volonté de guérir, de trouver une solution, n’acceptant pas l’idée d’être maudite. Ce sont des histoires familiales, des contes qui se racontent de mère en fille. Il existe bien une explication rationnelle et médicale à sa situation.

Le livre est construit autour du parcours médical de Ninon, qui va aller d’un médecin à l’autre, d’un généraliste à un spécialiste, enchaîner les examens médicaux, les rendez-vous avec psychiatres, gourous et autres pour trouver l’origine du mal et se soigner. Les développements techniques autour de la peau, de la biologie, de ressentis sont très intéressants, voire passionnants. Mais certains développements sont peut-être un peu trop documentaires (on ressent la volonté de Joy Sorman de vouloir être juste et précise dans les détails) et la répétition d’un chapitre à l’autre des rendez-vous qui s’enchaînent, crée un petit sentiment de lassitude. On attend un pic, le petit truc qui relance la machine narrative pour sortir du train train qui s’installe.

Ce léger bémol ne m’a absolument pas empêché d’apprécier ce roman. J’adore le style de Joy Sorman, sa plume fluide et agréable. Sciences de la vie trouve parfaitement sa place au côté de La peau de l’ours et Comme une bête, et complète l’oeuvre de Joy Sorman, qui se compose également de textes plus réalistes et personnels, comme Boys, Boys, Boys, et Paris, Gare du Nord.


Les premières lignes :
(ou lire un extrait plus long)

La famille de Ninon Moise es maudite, marquée depuis toujours du sceau de l’infamie et de l’injection, une malédiction aussi risible que tragique, un sens de la transmission autant que de la contamination, des catastrophes génétiques en chaîne : génération après génération, des récits de maladie, de mauvais sort, de démence et d’envoûtement, une multitude de maux qui frappent systématiquement les filles aînées depuis le XVIe siècle.

La présentation des éditions Seuil :

Nombre de médecins qui se sont penchés sur les cas saugrenus de la famille de Ninon Moise ont échoué à les guérir, parfois même à simplement les nommer. Depuis le Moyen Âge, les filles aînées de chaque génération sont frappées, les catastrophes s’enchaînent. Ninon, dix-sept ans, dernière-née de cette lignée maudite, a droit à un beau diagnostic : allodynie tactile dynamique, trois mots brandis pour désigner ce mal mystérieux qui brûle la peau de ses bras sans laisser de traces, et sans explications.

Mais Ninon, contrairement à ses aïeules, ne se contente pas d’une formule magique, veut être soignée par la science, et entend échapper au déterminisme génétique, aux récits de sorcières qui ont bercé son enfance, pour rejoindre le temps, adulte, des expériences raisonnées. C’est une décision, celle de contrarier sa propre histoire, de s’inventer une nouvelle identité, de remonter le courant de son intuition initiale, qui lui a fait dire un 19 janvier au réveil je suis maudite comme toutes les autres.

Formidable odyssée de la peau, ce roman de Joy Sorman tend le fil suspendu du destin dans le labyrinthe des énigmes médicales, où l’emporte toujours « la vie, la vie, la vie décidément ».


Joy SORMAN
Sciences de la vie
Seuil, Août 2017, 272 pages

6 réflexions au sujet de « Joy Sorman – Sciences de la vie »

  1. J’ai vécu ce que tu appelles un bémol comme un vrai frein à ma lecture. Tous ces détails et ces répétitions ont fini par me faire abandonner cette lecture malheureusement.

  2. Je n’ai toujours rien lu de Joyce Sorman, pourtant, à chaque parution, je me dis que ses thèmes sont intrigants… Il va falloir que je passe à l’action ! ;-)

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