Journal d’un gardien d’hôpital – Oleg Pavlov

Oleg Pavlov - Journal d'un gardien d'hôpital - Noir sur Blanc

Le titre explique à lui seul le sujet du livre : le journal d’un gardien d’hôpital est le témoignage d’Oleg Pavlov, qui a noté les événements d’un hôpital russe de septembre 1994 à 1997. Ce n’est pas édulcoré, c’est un journal tenu au fil des jours avec les événements tels qu’ils se passent. Edifiant.

Les années 1990 ne sont pas si loin, et la Russie n’est pas un pays que l’on range dans la catégorie des pays sous-développés. Et pourtant, on a l’impression d’entrer dans un autre monde.

On va découvrir le fonctionnement d’un hôpital, dans lequel le désespoir, la pauvreté et les désillusions sont tels que certains comportements paraissent parfois totalement inhumains, indignes d’un hôpital, vraiment inacceptables. Mais c’est la vérité.

C’est la vie des petites gens, souvent sans éducation, qui est vue à travers une loupe grossissante. C’est parfois drôle – on rit plus jaune qu’à gorge déployée – désespérant, tendre et touchant. Mais c’est surtout l’image d’un milieu dur et miséreux, qui côtoie la souffrance et la mort au quotidien, qui est habitué à vivre avec les plaies, la gangrène et la douleur.

C’est tellement bien rendu qu’on en arrive à comprendre que le personnel hospitalier, comme les patients d’ailleurs, noient leur quotidien dans l’alcool ou autre drogue, cherchent à fuir ce jour à jour délabré, où les sans-abris tentent de venir chercher à manger, un peu de chaleur, un peu de réconfort. Les chiens sont parfois mieux traités.

♡♡♡ Pour alléger cette froide réalité, Oleg Pavlov retranscrit fidèlement cette vie à travers des petites scènes, des clins d’oeil, des discussions, des engueulades, des petits riens qui en augmentent toute la saveur et la profondeur. La lecture est fluide, ce n’est jamais ennuyeux, ironique et cynique parfois, très dérangeant souvent.

Une terrible image de la Russie, passionnante, mais qui fait froid dans le dos.

Les premières lignes :

Les médecins réanimateurs ont sauvé la vie d’un type friqué. Reconnaissant, il leur a fait cadeau d’un lecteur vidéo. Un seul pour tous, pour toute l’équipe qui avait fait du si bon boulot. Alors, chaque nuit, des gémissements d’échappent du service de réanimation – mais ça vient des cassettes pornos.

La présentation de la 4e de couverture par les éditions Noir sur Blanc :
(lien direct site Noir sur Blanc)

« Si l’on passe toute sa vie à attendre la mort, on peut au moins être sûr d’une chose : on ne sera pas déçu. »
Oleg Pavlov a travaillé comme vigile dans un hôpital moscovite au cours des années 1990. Par une série de textes brefs, il décrit le quotidien des lieux, entre infirmières, concierges, médecins, liftiers, patients, cadavres et visiteurs. Ces petites scènes de la vie courante, cruelles ou tendres, parfois insoutenables, sont rapportées avec une précision clinique, un humour grinçant et une discrète empathie. Sans cesse sollicité, le vigile sépare les bagarreurs, jette dehors les importuns, soutient les familles éprouvées ; face à la souffrance, il lutte pour conserver son humanité.
Le Journal d’un gardien d’hôpital témoigne de la profonde crise économique, sociale et morale que la Russie a traversée après la chute de l’Union soviétique : l’alcoolisme et la drogue font des ravages, les sans-abri sont légion, le personnel hospitalier est terrifiant de cruauté. Chez Pavlov, qui a attendu quatorze ans avant de publier ses notes, la proximité avec la souffrance et la mort exprime le chaos de la société russe de cette période.
Chronique au jour le jour d’un service des urgences, cet ouvrage coup de poing s’inscrit dans la très dérangeante « prose confessionnelle » d’Oleg Pavlov.

Oleg PAVLOV
Journal d’un gardien d’hôpital
Traduit du russe par Anne-Marie Tatsis-Botton
Noir sur Blanc, janvier 2015, 128 pages

Participe au projet Non-Fiction de Maryline.

Challenge rentrée d'hiver 2015Le mélange des genresChallenge petit bac 2015

6 réflexions au sujet de « Journal d’un gardien d’hôpital – Oleg Pavlov »

    • Le sujet n’est pas des plus drôles, mais pourtant, c’est traité avec une ironie agréable, sans moquerie et sans mettre de côté la dure réalité de cet hôpital russe. Je me suis régalée à cette lecture, tant pis !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>