Un jour, le crime – J.-B. Pontalis

Pontalis - Un jour, le crime - Folio

Les livres de Pontalis ne déçoivent jamais.

Un jour, le crime n’est pas un roman, mais un essai, ou plutôt, comme le dit Jean-Bertrand Pontalis, une enquête : « Ce ne fut pas une enquête policière censée faire la lumière : une excursion plutôt, une brève exploration, une traversée effectuée sans itinéraire prévu ».

Et c’est avec régal que le lecteur va se perdre dans le dédale des réflexions d’Un jour, le crime. On passera du simple bruit strident d’un événement quotidien, à l’irruption d’un volcan. Puis, en se promenant devant les oeuvres de l’exposition « Crime et Châtiment », du musée d’Orsay, les guerres seront évoquées. Le lecteur rencontrera aussi des assassins célèbres, de Charlotte Corday à Violette Nozière, sans oublier les soeurs Papin, mais aussi des assassins inconnus, ceux des rubriques de faits divers. A l’exception de ces faits divers qui sont à l’origine de grands romans, et hop, c’est un voyage littéraire avec Balzac, Gide, Flaubert, Dostoïevski, et d’autres. Le cinéma, comme le théâtre, fera aussi partie intégrante de cette exploration.

Au milieu de ce voyage, les pensées de J.-B. Pontalis surgissent. Il peut aussi bien s’agir d’une rencontre, d’une idée, de son étonnement sur le fonctionnement de la justice à son admiration pour un auteur, ou une pièce de théâtre. Il nous donne beaucoup de lui, comme il le fait d’ailleurs souvent dans ses livres, ou l’intime se mêle à des considérations plus générales.

Ce petit livre est très intéressant, il peut se lire d’une traite, mais il est également possible de choisir un chapitre au hasard de ces envies. Et s’il ne s’agit pas d’un roman policier, il se lit pourtant avec la même facilité, les pages se tournant d’elles-même, le lecteur étant tenu par ce désir de connaître la suite de ces réflexions passionnantes.

Si vous hésitez, les premières lignes de Un jour, le crime :

« Je déteste la violence et voici que je m’apprête à écrire un livre sur le crime. Si je la déteste tant, cette irruption de la violence, c’est que je la redoute et tente de m’en protéger, tel un enfant qui, après que sa mère a bordé soigneusement son lit, se croit assuré d’être à l’abri du cauchemar. »

Pontalis - Un jour un crime - GallimardSi vous hésitez encore, la présentation Gallimard de Un jour, le crime :

Au commencement était l’acte. Cet acte était la mise à mort du père selon Freud, du frère selon la Bible.
Ce commencement est sans fin.
Nous aurons beau nous écrier : « Plus jamais ça ! », les faits ne cesseront de nous démentir, de montrer la vanité de nos cris. Les faits sont têtus, disait cet entêté de Lénine.
La violence est souveraine. Partout, dehors, visible, étalée au grand jour. Partout, dedans, cachée, tapie dans l’ombre d’où elle est prête à surgir.
La passion meurtrière, qu’elle soit collective ou individuelle, la rage de détruire, l’amour de la haine ne connaissent pas de limites. Face à la démesure, nos instruments de mesure sont défaillants.

J.-B. PONTALIS, Un jour, le crime
Parution : Mars 2011 – Gallimard / Septembre 2012 – Folio (n° 5448)

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