Je vous écris dans le noir – Jean-Luc Seigle

Jean-Luc Seigle - Je vous écris dans le noir - Flammarion

Inspiré de l’histoire vraie de Pauline Dubuisson, cette dernière devient la narratrice de Jean-Luc Seigle, revisite son histoire, son procès, sa vie et ses mots se lisent d’une traite.

Autour des cahiers romanesques de Pauline Dubuisson, quelques rappels historiques dans un « Avant-propos » et un « Epilogue », qui rappellent que Pauline a été déclarée coupable du meurtre, que son procès devant la Cour d’Assise se passait en 1953 et qu’elle est la seule femme contre laquelle l’Etat français a requis la peine de mort pour un crime passionnel. Elle se suicidera le 22 septembre 1963.

Cette histoire est romanesque et il s’agit ici de fiction. Pour décortiquer dans le détail la vie de Pauline Dubuisson et tenter de reconstituer le vrai du faux, il est préférable de lire le pavé de Philippe Jeanada sur le même sujet, La petite femme.

L’objectif de Jean-Luc Seigle est très différent. S’il invente le contenu des cahiers que Pauline Dubuisson rédigea, mais qui ont disparus, il ne cherche pas ici à reconstituer la vérité, mais à raconter une vie détruite, à travers les yeux et les mots de cette femme, avec beaucoup de compassion à son égard, beaucoup d’attention, sans jamais être dans le jugement ou l’auto-apitoyement. Pauline est la narratrice et raconte son histoire à la première personne du singulier, ces cahiers devenant une confession a posteriori, l’un d’entre eux étant destiné au nouvel homme qui partage sa vie, et à qui, pense-t-elle, elle doit la vérité.

J’ai trouvé intéressant et malin qu’il soit fait référence de manière claire au film « sans style », « sans profondeur » de Clouzot, intitulé justement La Vérité, sorti en 1960, avec une Brigitte Bardot affriolante et sexy. Il s’en démarque d’autant mieux et insiste clairement sur la différence qu’il existe entre les faits et le jugement des hommes. Au cinéma, à travers la littérature ou lors d’un procès, cette distinction existe toujours.

J’avoue avoir craint la répétition après avoir lu La petite femelle. Pas du tout. Aucun ennui, même en connaissant déjà l’histoire. Le style de Jean-Luc Seigle est très agréable, très fluide et très différent de celui de Philippe Jaenada, tout comme le parti pris. De plus, la grande pudeur mise dans les paroles de Pauline Dubuisson, qui semble une jeune fille fragile, emportée par un destin dramatique malgré elle, emporte l’adhésion. Un portrait réussi et touchant d’une jeune femme blessée.

Lecture commune avec Marjorie.

Prix Littéraires

Grand Prix Elle 2016 – catégorie Roman


Les premières lignes :

Quand Pauline Dubuisson, étudiante en médecine, tue son ex-fiancé Félix Bailly, elle n’imagine pas qu’elle va provoquer par une sorte de ricochet du destin une autre mort, celle de son père qui se suicide après avoir appris son arrestation le lendemain du meurtre.

La présentation des éditions Flammarion :

1961. Après avoir vu La Vérité de Clouzot, inspiré de sa vie et dans lequel Brigitte Bardot incarne son rôle de meurtrière, Pauline Dubuisson fuit la France et s’exile au Maroc sous un faux nom. Lorsque Jean la demande en mariage, il ne sait rien de son passé. Il ne sait pas non plus que le destin oblige Pauline à revivre la même situation qui, dix ans plus tôt, l’avait conduite au crime. Choisira-t-elle de se taire ou de dire la vérité ?

Jean-Luc Seigle signe un roman à la première personne où résonnent les silences, les rêves et les souffrances d’une femme condamnée à mort à trois reprises par les hommes de son temps.


Jean-Luc SEIGLE
Je vous écris dans le noir
Flammarion, janvier 2015, 240 p.
J’ai Lu, janvier 2016, 255 p.

30 réflexions au sujet de « Je vous écris dans le noir – Jean-Luc Seigle »

  1. Ah cool que tu aies aimé :) C’est vrai que c’est romancé, mais c’est plutôt cohérent et bien fait. Par contre, je trouve que la lecture de La Petite Femelle apporte un vrai plus pour quiconque veut en savoir plus sur cette affaire, car Jaenada a bien « enquêté » :)

    • Oui, carrément bien fait, et j’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture, merci encore, c’est grâce à toi ;-)
      Je ne sais pas d’ailleurs pendant combien de temps Jaenada a fait ses recherches, mais il a dû passer des heures sur son livre, c’est extrêmement fouillé et documenté en effet.

  2. J’avais beaucoup aimé ce livre.
    Je ne sais pas si je lirai « la petite femelle ». Le côté « pavé » me fait peur sur un sujet que je connais déjà.

    • A choisir entre les deux, même s’ils sont très différents, je conseillerai plutôt celui là, le côté « pavé » de l’autre est en effet moins attirant.

    • Il m’a toujours intéressé le livre dont tu parles, je trouve le titre très beau et plein de promesses. Après cette lecture – qui est une découverte de la plume de Jean-Luc Seigle – j’ai bien l’intention de lire « en vieillissant les hommes pleurent ».

  3. J’ai beaucoup aimé ce livre. J’avais entendu Jean-Luc Seigle en parler et c’était passionnant. Je m’étais dit ensuite que je lirai celui de Jaenada mais l’épaisseur du livre pour l’instant m’a refroidie….

    • Oui, il existe un réel intérêt car les points de vue sont très différents. Seigle invente les carnets intimes de Pauline, on est dans sa tête, dans ses pensées féminines côté intime et intériorité, dans le romanesque. Jaenada est dans le documentaire, le détail des faits, du procès, des détails des pièces qu’il a étudiées. Il est dans la recherche de la vérité, ce qui n’est pas le cas de Seigle.

  4. En effet, ça vaut le coup de lire les deux! Ce sont des points de vue et des écritures très différents. Il est d’ailleurs étonnant que deux livres sur le sujet de Pauline Dubuisson aient paru presque en même temps!

  5. j’ai lu ce roman, je n’ai pas lu l’autre, sorti après – oui il montre bien comment le destin d’une femme peut être brisé et surtout comment la « notoriété » (avec ce film) a sans doute participé à sa fin précipitée. Un bon souvenir de lecture.

  6. Suite à lecture du pavé en question, j’ai inscrit ce titre sur ma liste et suis curieuse de voir la différence de traitement entre les deux textes. Étonnant que le sort de cette femme suscite autant de créations par des hommes…

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