J’envisage de te vendre – Frédérique Martin

Frédérique Martin - J'envisage de te vendre - Belfond

Avec un titre tel que J’envisage de te vendre, suivi d’une mise en parenthèse (j’y pense de plus en plus), Frédérique Martin annonce tout de suite que son livre ne sera pas un livre sérieux, mais un livre décalé et réjouissant. Et pour se réjouir, on se réjouit !

Ce recueil de 12 nouvelles aura peut-être des accents de déjà-lu pour certains lecteurs. C’est normal, trois de ces nouvelles ont déjà été publiées dans une revue ou un recueil. Cela n’enlève rien à leur qualité, bien au contraire.

Frédérique Martin ouvre son recueil par ma nouvelle chouchou, Le désespoir des roses. Une fille décide de mettre en vente sa mère. Elle l’aime bien sûr, mais tout de même, il faut savoir couper le cordon. Plusieurs questions se posent, notamment le prix, comment bien présenter « maman » pour la vendre au mieux, est-il préférable d’inclure dans le prix le fauteuil ? Sur un ton résolument cynique, tout en restant tendre et fortement humoristique, cette nouvelle se dévore le sourire jaune aux lèvres.

Et le miracle ne se produit pas seulement avec la première nouvelle, comme on pourrait le craindre. Les autres sont tout autant fraîches et légères, même si le soupçon de gravité qui transparait se fait parfois sentir de manière plus importante d’une nouvelle à l’autre. A titre d’exemple, dans Dites nous tout, un jeune homme, Luc, a décidé de se pendre, mais son portable sonne au « mauvais » moment.

Frédérique Martin flirte avec habilité avec les contextes absurdes qu’elle choisis, qui sont souvent à la limite de l’irréel et très proche de la science-fiction ou d’un futur aux faux accents dystopiques. Elle réussit pourtant, tout en maintenant une ligne générale identique, à se renouveler et à surprendre d’une nouvelle à l’autre.

Une très agréable découverte de cette auteure française. En savoir plus sur le site officiel de Frédérique Martin.

La liste des nouvelles du recueil :

- Le désespoir des roses
- Dites-nous tout !
- Remugles
- Rue des Bons-Voisins
- Les alliances
- Le pompon du Mickey
- Le fruit de nos entrailles
- La grève des morts
- Droit de visite
- Doloris
- La prophétie de la goutte d’eau
- Les manquantes

Les premières lignes :
(ou lire un extrait plus long)

L’autre jour, j’ai vendu ma mère. C’était au libre-marché des Saints-Sauveurs, celui qui est ouvert aux particuliers deux fois l’an dans les villes importantes. J’ai préféré m’en charger moi-même plutôt que d’en confier le soin à l’un des grands marchands.

La présentation des éditions Belfond :
(Légèrement différente que sur la 4e de couverture)

Vous allez reconnaître les papiers peints, les rues pavillonnaires et les temples d’achat, la campagne bucolique et votre quotidien. Votre femme, votre mari, votre mère ne sont pas loin ; tout vous semblera familier. Oui, ça se passe près de chez vous. Mais les choses ont mal tourné.
De quoi demain sera-t-il fait ? En déréglant les curseurs de notre société, Frédérique Martin convoque le règne des indignités ordinaires et flanque nos libertés au vestiaire. Voici venir le grand show des luttes de classes et de sexe, des dominations ou de la logique marchande. On peut désormais nous séquestrer, nous forcer à jouer, orienter nos choix ou décider à notre place. On peut aussi envisager de nous vendre. Mais pas que.
Vous aimez vous faire peur pourvu qu’à la fin tout se termine bien ? Vous verrez, on en a tenu compte.

Challenge Rentrée littéraire janvier 2016Frédérique MARTIN
J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus)
Belfond, janvier 2016, 224 p.

12 réflexions au sujet de « J’envisage de te vendre – Frédérique Martin »

  1. j’avais aimé « le vase où meurt cette verveine » de cette auteure, et le format des nouvelles conviendrait bien à des lectures rapides, ça me reposerait des gros pavés que je lis ence moment, pour tout ça et ton billet enthousiaste, je note, merci!

    • Oui, je suis d’accord, ça permet de se mettre dans une histoire et de la terminer rapidement, et parfois, c’est vraiment le format idéal. Les pavés, c’est bien, mais c’est bien de changer ;-)

  2. Bonjour. Merci à vous pour cette découverte.
    J’étais souvent passée devant ce livre dans ma librairie habituelle. En fait j’adore la couverture.Le contenu est surprenant…, décalé à souhait. Un véritable coup de coeur pour cette auteur. (Néanmoins la fin de certaines nouvelles m’ont laissées perplexe.)

    • Bonjour Titezef,
      Oui, ce côté décalé est vraiment bien réussi. Je suis d’accord sur la fin de certaines nouvelles, mais c’est ce qui rajoute au côté décalé, non ?

  3. Merci de votre chronique, c’est bien agréable de trouver ces mots au cœur de l’été. Cela donne envie de poursuivre le travail.

  4. Pourquoi pas ? J’avoue avoir été une des rares à ne pas aimer « La vase où meurt cette verveine » et donc j’avais zappé volontairement ces nouvelles, mais tu donnes envie !

    • Je n’ai pas lu « Le vase où meurt cette verveine », ce livre est une découverte de Frédérique Martin, mais j’ai bien l’intention d’en lire d’autres maintenant !

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