J’entends des regards que vous croyez muets – Arnaud Cathrine

Arnaud Cathrine - J'entends des regards que vous croyez muets - Verticales

Derrière le magnifique titre « J’entends des regards que vous croyez muets », le lecteur ne découvrira pas un roman, mais un ensemble de fragments de vie, de récits volés au hasard des journées qui passent, des petites nouvelles d’Arnaud Cathrine qui semblent largement autobiographiques.

Ces « nouvelles-récits » sont principalement des moments du quotidien, souvent des instants de vie d’autres que soi, glanés au gré des promenades, d’un café en terrasse, d’un passage chez le psy ou le pharmacien, qui n’ont souvent rien d’extra-ordinaires, mais qui sont retranscrits avec un charme certain.

Arnaud Cathrine a le chic pour noter les petits détails de la vie, les raconter avec fluidité et beaucoup de signification, il a le sens des jolies phrases finales, il semble écrire avec la facilité de ceux qui parlent et racontent, sans y penser, avec franchise et partage.

Il instaure la complicité entre lui et le lecteur. En racontant l’autre, c’est de lui qu’il parle – il écrit d’ailleurs à la première personne du singulier – qu’il soit à Arcachon, à Paris, ou n’importe où d’ailleurs, de ce qu’il observe, de ce qu’il devine, invente, de ce qui le touche.

Il est parfois agacé par la grand-mère qui installe sa serviette à deux mètres de la sienne, interloqué par des conversations téléphoniques, ou tout simplement, absorbé par ce qu’il voit, la caissière, la vieille dame aux bouteilles d’eau, la séparation, le guitariste, de multiples flashs de vie, de ces mini-instants qui passent parfois sans qu’on les remarque, et qui font pourtant toute la saveur d’une journée.

Le risque avec les livres qui sont constitués de nombreux textes brefs, c’est d’en trouver certains magnifiques, et d’autres qui le sont moins. Ce livre n’échappe pas à la règle. Oui, certains textes ont été oubliés dès leur lecture et sont moins intéressants que d’autres, rien d’anormal sur 65 textes, dont la grande majorité étonne cependant par la douceur, le sens de l’observation, par cette attention et cette acuité qui permettent de faire émerger la beauté ou la surprise là où on l’attend le moins.

Une re-découverte d’Arnaud Cathrine, la première avait eu lieu en 2010, grâce à son roman « le journal intime de benjamin lorca« , dont je garde encore, plus que le contenu, le souvenir d’un joli moment de lecture.

Petit détail : les « nouvelles-récits » ne semblent pas avoir de titres lors de la lecture, elles en ont pourtant un, que vous retrouvez à la fin de l’ouvrage. Ces titres, tout comme « j’entends des regards que vous croyez muets« , sont choisis avec soin. N’hésitez pas à jeter un coup d’œil à la fin d’un récit pour apprécier le titre associé.

Une lecture duo encore et toujours avec ma chère Béa, qui m’a fait découvrir – et je la remercie – ce petit livre plein de talent.


Présentation des éditions Verticales :

«Je passe mon temps à voler des gens. Dans le métro, dans la rue, au café, sur la plage. Ce peut être une femme, un homme, un adolescent, une enfant, un couple… J’ai toujours un carnet et un stylo sur moi. Je tente de les deviner, aucun ne doit me rester étranger, je veux les garder, je finis par les inventer, ce que je nomme voler.»

Avec ces soixante-cinq récits brefs, Arnaud Cathrine capte les vies potentielles de celles et ceux qu’il croise, tout en renvoyant aux fantasmes de celui qui les regarde. J’entends des regards que vous croyez muets propose donc un jeu de miroirs entre ces inconnus propices à la fiction et l’autoportrait de l’auteur devenu à son tour un personnage à part entière.


Arnaud CATHRINE, J’entends des regards que vous croyez muets
Verticales, mars 2019, 192 pages

3 réflexions sur « J’entends des regards que vous croyez muets – Arnaud Cathrine »

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