Il reste la poussière – Sandrine Collette

Sandrine Collette - Il reste la poussière - Denoel

Sandrine Collette revient en force avec son 4e roman, Il reste la poussière, qui nous transporte superbement en Patagonie argentine, au milieu des steppes, au sein d’une famille bancale, dirigée de main de fer par la mère, dans un lieu austère, froid et rude.

Cette force matriarcale d’une quarantaine d’année ne connait pas la vie facile, mais le travail à outrance, la violence et un seul objectif : survivre à peine au dessus du seuil de pauvreté en faisant travailler ses garçons de l’aube au soir, sortir les moutons, les tondre, vendre les bêtes. Le père, vous l’avez compris, n’existe pas. Ou plus. C’est pareil pour la mère, qui n’a pas d’autre nom, même pour ses enfants. N’existent que ceux qui sont là, dans cette estancia, ce mini-ranch décrépi, cet élevage pauvre, sale et en ruine.

Les jumeaux (Mauro et Joaquin) sont les plus grands, même s’ils n’ont au départ qu’une dizaine d’années. Il sont élevés à la dure, la douceur, ils ne connaissent pas, et leur manière à eux d’exister, dans leur vase clos taiseux et poussiérieux, c’est d’appliquer leur méchanceté sur les deux plus petits, Steban le mutique et Rafael, le petit dernier, que l’on découvre alors qu’il n’a que 4 ans. C’est d’ailleurs surtout sur son dos que les plus grands s’acharnent, et c’est lui principalement que l’on va suivre tout au long de ce désastre familial.

Ce magistral roman (une vérité – pour une fois – du bandeau d’annonce) est d’une très belle noirceur, du niveau de celle Des noeuds d’acier. Vous ne trouverez pas du suspens à outrance – c’est plus un livre d’ambiance que d’actions – mais cela ne vous empêchera pas d’être extrêmement et très agréablement surpris à un moment du roman (bravo Sandrine Collette, l’idée est brillante). L’histoire est construite sur un savoureux mélange entre l’aridité de la nature et des relations familiales. Elle se déroule de manière chronologique, mais à travers les différents points de vue de chacun des personnages. On peut ainsi suivre l’évolution de chacune de leurs pensées, de leurs douleurs, et percevoir la cruauté qui transpire à chaque parole, à chaque geste.

Non seulement l’ambiance terreuse est très bien rendue, et le titre du roman reflète parfaitement ce roman, mais le rapport à la nature, aux animaux, moutons, chiens et chevaux surtout, est également très fort et parfaitement retranscrit. On voit la terre se soulever au bruit d’un sabot, on entend siffler le vent, on tousse sous la chaleur et l’odeur poussiéreuse. Sans oublier bien sûr la tension permanente qui transpire des relations haineuses ou suspicieuses entre les frères. Et en plus, vous allez adorer le petit Rafael.

Ce livre français est publié chez Denoël, mais il aurait parfaitement sa place chez Gallmeister, avec les plus grands romans américains Nature Writing ou aux côtés d’un Ron Rash par exemple. C’est une sacrée réussite.

L’avis de Tiben.


Les premières lignes d’Il reste la poussière :

Parce qu’il était le plus jeune, ses frères avaient pris l’habitude de le poursuivre à cheval autour de la maison, quand la mère ne les voyait pas. Dès que les jumeaux avaient eu assez de force pour l’attraper par le col et le soulever au galop de leurs criollos, c’était devenu leur passe-temps favori.

La présentation de Il reste la poussière par les éditions Denoël :

Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux.
Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l’a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien.
Dans ce monde qui meurt, où les petits élevages sont remplacés par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille?


Challenge Rentrée littéraire janvier 2016Sandrine COLLETTE
Il reste la poussière
Denoël, janvier 2016, 304 pages.

25 réflexions au sujet de « Il reste la poussière – Sandrine Collette »

    • Je l’ai découverte récemment, et outre que je l’ai trouvé très accessible et sympathique (lors du Salon du Livre 2015), elle a vraiment un sacré style, une vraie plume d’écrivain, que je te recommande en effet de découvrir.

  1. Elle semble avoir un peu changé de registre… J’ai le deuxième dans ma PAL (je ne me rappelle plus du titre) mais celui ci semble différent d’un thriller. J’ai moi aussi pensé à Gallmeister ;0)

    • Tu retrouves à certains moments une ambiance un peu thriller, mais c’est beaucoup plus lent, la nature est plus présente, et il ne faut pas s’attendre à un livre « polar » au risque d’être déçu.

  2. je vais peut-être commencer avec Des nœuds d’acier qui est à ma bibliothèque. Mais ça fait longtemps que cette auteur m’intrigue. Il est temps de me lancer

  3. C’est drôle en lisant ton billet, je me disais que cela pourrait être un roman Gallmeister…bon en lisant ta conclusion, je vois qu’on a eu la même idée…
    J’avais lu plusieurs chroniques très positives sur ton blog sur les romans de Sandrine Collette , je ne manquerai pas de lire celui-là!

    • J’ai découvert en effet cette auteure avec Des noeuds d’acier, et comme j’avais adoré, j’ai poursuivi ma découverte. Il me reste Un vent de cendres, que je lirai prochainement. Je te l’apporte pour que tu puisses le lire si tu veux !

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