Il était une ville – Thomas B. Reverdy

Thomas B. Reverdy - Il était une ville - Flammarion

Début septembre 2008, Eugène est ravi, il arrive à Détroit travailler pour l’Entreprise. Il va vite déchanter. Son bureau en open space dans une tour désaffectée, est loin du siège social. En parallèle, fin octobre, c’est la nuit d’Hallowen, la nuit du Diable. Des gamins jouent dans la rue et s’amusent à incendier des maisons. Cette nuit là, plus de 400 maisons seront incendiées. Mais où sont passés les familles, les gens qui habitaient dans ces maisons, se demande le Lieutenant Brown deux semaines plus tard, en train de compulser les dossiers d’adolescents disparus.

Dès les premières pages, le mot, « la Catastrophe » a jeté le mystère sur ce qu’il se passe à Détroit, le doute est présent, accentué par des petits sauts dans le temps, sans que le lecteur sache clairement dans quelle direction l’histoire se dirige. Quinze jours après l’arrivée d’Eugène, c’est la faillite de Lehman Brothers. La crise du système bancaire, les subprimes, et les conséquences, la désaffection. C’est donc ça, la Catastrophe.

Soit, et donc ? Thomas B. Reverdy choisit de décrire la désintégration de la ville Détroit. Certes, Eugène va croiser Candice au Dive In, le Gros Bill a envie de s’enfuir et de quitter le quartier, la grand-mère de Charlie va lui raconter le départ de sa mère, des bribes d’histoires sont commencées, mais aucune n’est vraiment développée. Une pseudo enquête et piste policière s’esquisse, mais sans plus. Aucun suspens n’est vraiment présent. Il est assez difficile de s’attacher aux personnages, car ils n’existent que vaguement, aussi vaguement que la ville de Détroit. L’effet de flou miroir Ville/Personnages est bien réussi, mais l’intérêt du lecteur pour Eugène, Candice ou Charlie et autres n’en est pas pour autant accentué. On se met à espérer des recoupements, on se demande si un événement ou un personnage clé va s’affirmer et prendre plus de substance, si une piste va être approfondie.

La lecture n’est pas désagréable, mais elle n’emballe pas totalement, l’idée de base du roman est intéressante, mais une exploitation plus poussée, autre que des instantanées de vie « middle class » pauvre, aurait donné plus de profondeur à ces instants un rien désespérés. Certes, la vie se déroule, que l’on soit enfant, chef de service, serveuse ou lieutenant, jeune ou d’âge mûr, elle se déroule inlassablement.

Je recommande de lire d’abord Les évaporés, mieux incarné, pour découvrir Thomas B. Reverdy.

Les avis plus enthousiastes de Delphine et Kathel.

Les premières lignes :

Ca l’avait traversé comme une illumination, dès ses premiers jours à Detroit. On était en septembre 2008, à la veille de la crise.

La 4e de couverture des éditions Flammarion :

Il était une ville Ici, les maisons ne valent plus rien et les gens s’en vont, en les abandonnant purement et simplement ; la ville est en lambeaux. Nous sommes à Détroit en 2008 et une blague circule : que le dernier qui parte éteigne la lumière. On dirait que c’est arrivé. C’est dans cette ville menacée de faillite qu’Eugène, un jeune ingénieur français, débarque pour superviser un projet automobile. C’est dans un de ces quartiers désertés que grandit Charlie, Charlie qui vient, à l’instar de centaines d’enfants, de disparaître. Mais pour aller où, bon Dieu, se demande l’inspecteur Brown chargé de l’enquête. C’est là, aussi, qu’Eugène rencontrera Candice, la serveuse au sourire brillant et rouge. Et que Gloria, la grand-mère de Charlie, déploiera tout ce qui lui reste d’amour pour le retrouver. Thomas B. Reverdy nous emmène dans une ville mythique des États-Unis devenue fantôme et met en scène des vies d’aujourd’hui, dans un monde que la crise a voué à l’abandon. Avec une poésie et une sensibilité rares, il nous raconte ce qu’est l’amour au temps des catastrophes.

Challenge RL 2015Thomas B. Reverdy
Il était une ville
Flammarion, Août 2015, 270 pages

18 réflexions au sujet de « Il était une ville – Thomas B. Reverdy »

  1. J’avais beaucoup apprécié ma lecture des  » Evaporés « , le récit autant que le style, celui-ci, je ne parviens pas à me décider. Je crois que ça va être non ^-^
    ( sinon, oui, en rattrapage de lecture de billets ;))

    • Je n’insisterai pas trop en effet, même si beaucoup d’autres personnes qui ont aimé les Evaporés se sont bien retrouvés dans ce livre aussi, alors que j’ai raté le virage visiblement.

  2. ça ne m’a pas dérangée qu’il n’y ait pas de suspense, c’est l’écriture poétique et par petites touches, découverte avec Les évaporés, qui m’a plu et qui m’a donné envie de rester dans ce livre plus longtemps…

    • J’ai du mal à déterminer précisément pourquoi le courant poétique et l’atmosphère de ce livre ne m’a pas transversé, alors que le courant était tellement bien passé avec Les évaporés.

  3. C’est vrai que les personnages des Evaporés étaient plus incarnés… mais aussi, selon moi, un peu trop caricaturaux. J’ai préféré justement l’atmosphère que j’ai trouvée plus poétique, plus évanescente, de ce livre-ci.

    • En fait, je suis restée à l’extérieur de l’atmosphère, qui ne m’a pas atteinte, alors que je l’avais bien ressentie dans les Evaporés, c’est intéressant cette différence.

  4. Ça me tente bien cette histoire de Detroit, je pense lire ce roman et découvrir ainsi l’auteur même si je préfère quand il y a de vrais personnages et une intrigue…

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