Fuck America – Edgar Hilsenrath

Edgar Hilsenrath - Fuck America - Attila

Le sujet est grave, mais le ton est burlesque, loufoque, parfois grossier, un roman totalement décalé : il est rare d’être aussi surprise par un livre !
Le double de l’auteur, Jakob Bronsky, est un survivant, un témoin direct de l’holocauste, qui deviendra au début des années 1950, un jeune émigré juif allemand tentant toujours de se survivre, mais à new York. Et le livre est superbement drôle !

L’auteur utilise un ton caustique et décalé, qu’il caractérise lui même de grotesque et burlesque, pour dresser avec une originalité étonnante, les tristes déboires de Jakob Bronsky qui vit de petits boulots et de petites arnaques, pour pouvoir écrire la nuit. Entre clochards, alcooliques, prostituées, il vit tant bien que mal dans le but de dire, de témoigner de son passé. Mais l’horreur est difficile à raconter ; le lecteur ne saura presque rien de ce livre qu’il intitule « le branleur », mais partagera le quotidien désabusé et grotesque, et surtout, « les aveux de Jacob Bronsky » (titre complet du livre).

Edgar Hilsenrath écrit ce livre en grande partie autobiographique peu de temps après son retour en Allemagne, en 1975. Publié en 1980 (il a alors 54 ans), il ne sera traduit en français qu’en 2009. « Le branleur », son premier roman, a ensuite été traduit et édité en France en janvier 2012 sous le titre « Nuit ».

Si vous hésitez, les premières lignes de Fuck America :

Urgent
A l’attention du Consul Général des Etats-Unis d’Amérique
Clausewitzstrasse 3B Berlin

Le 10 novembre 1938
Très cher Monsieur le Consul Général,
Depuis hier, ils brûlent nos synagogues. Les nazis ont détruit mon magasin, pillé mon bureau, chassé mes enfants de l’école, mis le feu à mon appartement, violé ma femme, écrasé mes testicules, saisi ma fortune et clôturé mon compte bancaire. Nous devons émigrer. Il ne nous reste rien d’autre à faire.

Si vous hésitez encore, la présentation Editeur :

Bandini, le héros de John Fante, a trouvé son héritier. C’est un branleur. Mais un branleur de génie !
1952. Dans une cafétéria juive à l’angle de Broadway et de la 86e rue, Jakob Bronsky, tout juste débarqué aux États-Unis, écrit un roman sur son expérience du ghetto pendant la guerre : Le Branleur ! Au milieu des clodos, des putes, des maquereaux et d’autres paumés, il survit comme il peut, accumulant les jobs miteux, fantasmant sous sa couette sur le cul de la secrétaire de son futur éditeur M. Doublecrum…
L’Amérique, ce « paradis », est une jungle où la valeur d’un homme se juge à son portefeuille et où tout est marchandise : l’homme, la femme, le sexe, et aussi la littérature. Récit drôle et cruel, évoquant Roth ou Bukowski, Fuck America est en grande partie autobiographique : le livre s’inspire des conditions de vie de l’auteur à son arrivée aux États-Unis dans les années cinquante, alors qu’il travaillait comme serveur dans un delicatessen juif de New York.

Edgar HILSENRATH, Fuck America
Traduit de l’allemand par Jörg Stickan
Parution : Mars 2009 – Editions Attila/ Mars 2010 – Points

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