Fils du feu – Guy Boley

Guy Boley - Fils du feu - Grasset Coup de coeur !

Le narrateur de Fils du feu, c’est d’abord un petit garçon qui, comme l’a fait également Guy Boley, grandit auprès d’un père forgeron, dans une famille pauvre pendant les années dites Glorieuses, au milieu des silences, des pertes, de la douce folie de sa mère, de l’alcoolisme de son père, avant de se construire adulte et devenir peintre.

La famille vit dans un milieu isolé, entouré d’un grand champ, du dépôt de locomotives, seul un chemin blanc mène au centre-ville. Ils vivent avec Jacky, qui débarque un jour sans prévenir et partage le silence du père dans la forge, Monsieur Lucien et sa femme Fernande, ainsi que la grand-mère. Ces voisins qui vont l’accompagner dans la lente et brulante descente de la famille avec la mort du petit frère.

Commencer l’histoire de ce peintre en devenir par son enfance permet de comprendre la fascination du petit pour le feu, la lumière, les flammes, la luminosité, les couleurs, les images, tout ce qui fait son quotidien et son monde idéalisé et merveilleux, avant la perte et la chute. Etre forgeron, c’est aussi créer, inventer, vivre au milieu de la matière et de la rage et porter la douleur à bout de bras. C’est aussi ça qu’il apprendra.

Papa dans l’atelier se venge sur l’enclume et dans des hurlements massacre la ferraille qui craque et crie et geint quand de toutes ses forces il jette contre les murs, contre la forge, contre les vitres, le sol, le ciel et les enfers, ces noeuds de fer tordus chauffés à blanc qui naissent sous ses mains et qui ne disent rien d’autre que sa colère immense et ne clament rien d’autre que sa pauvre impuissance.

Porté par une écriture d’une beauté à vous couper le souffle, ce premier roman de Guy Boley est étonnement visuel, d’une grande puissance évocatrice qu’elle en devient presque magique. Outre les voyages de l’enfance dans le monde des livres, de la mythologie, du merveilleux, il magnifie également le voyage intérieur de la construction de soi, avec une justesse, une grave douleur, une métaphore perpétuelle du feu et des flammes de la vie qui fait frissonner.

Il sait désormais qu’il mourra tel qu’il est, sans rien d’ombilical entre le monde et lui, qu’il n’enfantera pas de vagues chimères, qu’il devra se construire des mondes intérieurs, s’en inventer souvent et les détruire parfois.

Guy Boley est un artiste qui s’essaye aujourd’hui à l’écriture. Son premier essai est une merveille, un dépassement de soi, car il est plus que probable que de nombreux morceaux de lui-même permettent un livre aussi percutant. Une petite dernière, pour le plaisir :

La lumière d’un tableau participe certainement d’un même mouvement de soi. Qui sait si la lumière qui sourd de la matière que l’on pose sur une toile n’est pas née, elle aussi, d’un grand choc des planètes, d’un grand chaos d’étoiles, d’une conscience qui se meut par-delà le mouvement ? Quelque chose qui pourrait par exemple se nommer tout simplement l’enfance.

L’avis de Joëlle.

Prix Littéraires

Prix Georges Brassens 2016


Les premières lignes :
(ou Lire un extrait plus long)

Souvent il arrivait que papa et Jacky martèlent de concert. Pas un mot, pas un cri, juste des souffles mêlés comme font les amants. De lourds coups sur l’acier, de petits sur l’enclume, en rythme cadencé, sorte de concerto pour enclume et marteaux où la basse continue n’était autre que celle de leurs respirations. Et puis ces escarbilles, toujours ces escarbilles, petites étoiles filantes que chacun d’eux apprivoisait pour qu’elles n’aillent pas, comme des baisers voraces, mordre le corps de l’autre

La présentation des éditions Grasset :

Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.
Dans une langue splendide, Guy Boley signe ainsi un premier roman stupéfiant de talent et de justesse.


Guy BOLEY
Fils du feu
Grasset, Août 2016, 160 pages.

3ème lecture du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2016

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Dernière mise à jour : 16/09/2016

24 réflexions au sujet de « Fils du feu – Guy Boley »

    • Le côté poétique est très bien calibré avec le narratif, l’un sert l’autre, sans être trop présent, c’est juste, c’est juste, superbe !

  1. Écriture à couper le souffle, oui je confirme !!!
    Par contre , moi j’ai compris que l’action se situait à Besançon et non en Provence? mais c’est un détail…

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