Fannie et Freddie – Marcus Malte

Marcus Malte - Fannie et Freddie - Zulma

Fannie et Freddie contient deux nouvelles glaçantes, la première Fannie et Freddie justement, est un pur monument de réussite noir et cynique.

La seconde, Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas, est une très bonne nouvelle également, bien qu’un petit peu moins forte en sensations. Quoique …

Dans la première nouvelle, le lecteur prend un vrai choc frontal. Une femme Cyclope, une Toyota, New York, Wall Street, un parking, une mercedes, un blackberry, et vlan, on tombe dans cette nouvelle noire et sociale comme dans un grand trou sans fond.

L’histoire, il faut la découvrir, et ce serait déflorer la magie que de la dévoiler. Mais il est question de société, de combat individuel, d’injustice, de richesse, de subprimes, de perdre son travail, d’incompréhension, de désespoir, et surtout d’une plume acérée et coup de poing, qui vous laisse totalement atterré, quasi en transe, sur place.

Dans la deuxième nouvelle, c’est d’une autre manière, toujours l’histoire d’un monde qui bascule, par un geste, un choix, l’histoire d’une société qui déraille, dans un style toujours aussi acerbe et grinçant.

Vraiment, Marcus Malte réussit à merveille dans le cynisme noir, dans le hic qui grince ; on retrouve dans Fannie et Freddie tout le sel piquant de Garden of Love (Grand Prix Elle Policier 2008).

Les avis de Jérome et Noukette.

Les premières lignes de Fannie et Freddie :

Au début il n’y avait rien
A la fin non plus

Elle se donne un dernier coup de peigne, rapide, précis, pour faire tomber la mèche juste devant son œil droit fabriqué à Sanford, Caroline du Nord, puis elle recule d’un pas et observe le résultat dans la glace.

La présentation par les éditions Zulma (ou lien direct site) :

New York. L’énorme escroquerie des subprimes a conduit à la ruine des millions de ménages modestes endettés à mort, comme les parents de Fannie, vieux couple d’ouvriers rêvant d’accéder à la propriété. Fannie, surnommée Minerve par ses collègues parce que son buste tout entier pivote quand on l’interpelle. Fannie, dont personne ne se doute que sa raideur masque une effrayante coquetterie pour dissimuler un œil de verre. Cachant l’âme d’un cyclope solitaire, cette Minerve borgne n’en est pas moins femme. Au volant de sa vieille Toyota, elle traverse l’Hudson et se dirige vers la pointe fortunée de Manhattan, l’esprit vide, des sortes de rêves plein le cœur… « Le trajet dure une quarantaine de minutes, au terme duquel elle pénètre dans un parking couvert au 45, Wall Street. Elle monte jusqu’au sixième niveau, le dernier, et parcourt les allées au ralenti jusqu’à ce qu’elle ait repéré ce qu’elle cherche : un coupé Mercedes gris métallisé. »

L’auteur de l’inoubliable Garden of Love use d’un style percutant, d’une justesse implacable, pour parler de la vraie vie dans un monde d’une tranquille inhumanité, qu’on dirait inventé pour terrasser l’individu au profit d’une coalition perverse de spéculateurs et d’exploiteurs de tout acabit. C’est ce qui ressort de Fannie et Freddie, récit d’une vengeance à couper le souffle, comme seuls la folie et le désespoir savent en fomenter.

Challenge RL 2014Marcus MALTE
Fannie et Freddie

Octobre 2014, Zulma, 160 pages

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(Dernière mise à jour : 07/12/2014)

12 réflexions au sujet de « Fannie et Freddie – Marcus Malte »

  1. De Marcus Malte, je n’ai vraiment été convaincue que par « Garden of Love », mais là je l’ai été vraiment. Et ce que tu écris à propos de ces deux nouvelles me plait vraiment, même si je ne suis d’habitude pas adepte de ce genre.

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