F – Luis Seabra

Luis Seabra - F - Rivages

F est un petit livre étrange et à part, concentré autour du concept de l’enfermement et du rapport biaisé entre l’identité et le pouvoir.

Linz est dans une prison, une cellule, mais on ne sait pas pourquoi et lui non plus d’ailleurs. Mais s’il est là, il existe nécessairement une raison, c’est à lui de la trouver. On entre directement dans l’absurde à la Kafka. Linz doit « collaborer de façon loyale et sincère ».

Et pour aider les détenus dans la recherche de leur faute, la torture suprême de ce centre de détention est la « lecture contrainte », où chaque personne lit un texte décrivant la faute commise, mais écrit par un autre.

Le pouvoir et l’administration dominent, et vite on ne sait plus qui est dans la réalité, qui est dans le rêve, qui est le détenu, qui est le directeur, qui a le pouvoir, qui a écrit et qui lit.

Bref, tous les repères sont faussés, ceux de la fiction et la façon même dont le lecteur lit, de la façon dont lui même s’enferme dans des codes liés aux règles convenues du roman.

Dès le début du livre, on est (agréablement) perdu dans cet univers irréel et futuriste, on ne sait pas trop – et on ne saurait d’ailleurs jamais grand chose avec certitude.

Une chose est sûre, c’est hors des codes classiques de narration. C’est original, ça déboussole, on ne comprend rien, et cela dure jusqu’à la dernière page.

C’est le but de l’auteur, qui se réclame des références comme Borges ou Lynch, pour bousculer nos certitudes et interroger le lecteur sur son propre enfermement à la lecture, et ce but est parfaitement atteint.

Pour les lecteurs qui ne veulent pas être bousculés et qui veulent rester dans un schéma classique de fiction, ce livre est donc à éviter, pour les autres, vous allez être déboussolés !

Il s’agit du premier roman de Luis Seabra.

Explorateurs

Un grand merci au site Lecteurs.com grâce à qui j’ai pu lire ce livre dans le cadre de l’opération les Explorateurs de la rentrée Littéraire 2014.

Pour connaître tous les avis des Explorateurs sur F, c’est ICI.




Les premières lignes de F :

Il entendait son souffle derrière la cloison. Songeait-il qu’il lui serait plus commode d’appeler le gardien de sa cellule pour lui faire part de ses appréhensions concernant les va-et-vient incessants de F. ?

Présentation par l’éditeur : (ce n’est pas la 4e de couverture)

Linz, avocat mal vu du régime, est enfermé arbitrairement dans la prison de Schendorff, mastodonte pénitentiaire d’un État totalitaire d’un nouveau genre, fondé sur la « séparation préventive » des asociaux, repérés puis enfermés dès leur plus jeune âge. Il ignore qu’il n’est qu’un rouage au sein d’un plan insensé mis en œuvre par F., un faux détenu travaillant en réalité pour le tout-puissant Ministère des Libertés et des privations publiques… Sous la double influence de Borges et de Kafka, ce premier roman extrêmement maitrisé, au style d’une grande élégance littéraire, concis, serré, presque clinique, se présente comme une exploration vertigineuse centrée sur le thème du faux et du factice.

Challenge RL 2014Luis SEABRA, 7
Parution : 27 août 2014 – Rivages (112 p.)
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(Dernière mise à jour : 28/08/2014)

4 réflexions au sujet de « F – Luis Seabra »

  1. Les repères faussés, pourquoi pas, mais il ne faut pas non plus que ça tombe dans l’exercice de style. Je demande si c’est un titre qui me conviendrait.

    • Non, cela ne tombe pas dans l’exercice de style, mais illustre le concept « d’enfermement » des personnages, mais aussi du lecteur, qui s’attend à suivre, comprendre, mais qui est là totalement perdu

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