Et si tu n’existais pas – Claire Gallois

Claire Gallois - Et si tu n'existais pas - Stock

Et si tu n’existais pas, un titre de romance girly et évocation de la chanson culte de Joe Dassin. Pourtant, difficile de faire le lien avec le magnifique dernier roman de Claire Gallois, qui n’a rien d’une histoire d’amour mièvre ou d’une musique entendue trop de fois.

Claire a six ans lorsqu’on l’arrache à Yaya, cette mère de substitution, cette femme qui l’aime et qu’elle adore simplement. Elle ne connait pas d’autre nom pour cette nourrice sans un sou, qui doit élever cette fillette, sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Elle se retrouve alors, subitement, parachutée rue de Courcelles, dans un immeuble bourgeois, au sein d’une famille riche et bigote, coincée dans les convenances et un milieu collabo qui ne dit pas son nom. C’est un gouffre qui sépare les différences sociales et émotionnelles de ces deux milieux. Claire, elle, essaye de s’adapter, de comprendre cette nouvelle vie qui s’offre à elle, cette mère distante, ce milieu familial sans chaleur.

Ce texte m’a énormément touchée. Je l’ai dévoré d’une traite. Dès les premières phrases, dès le paragraphe d’accroche, j’ai été absorbée par cette histoire racontée au travers des yeux d’une petite fille. Un style impeccable, une blessure tendue, des non-dits qui parcourent ce livre, des interrogations qui s’interfèrent, toujours dans des sous-entendus et des doutes subtilement distillés.

La grande sincérité qui se dégage de cette histoire est probablement ce qui est explique sa puissance littéraire. Ce texte est juste, entouré d’une retenue et douleur réservée et latente, qui ressemble bien plus à un témoignage qu’à une oeuvre de fiction.

Et c’est normal. Après avoir regardé si le livre était estampillée « roman » ou « récit », l’écoute d’une interview de l’auteure, réalisée par Myboox (disponible sur Youtube), a confirmé la 4e de couverture. Il s’agit d’une histoire vraie, celle de l’auteure et de son enfance. D’ailleurs, lorsqu’elle présente son livre, elle dit une phrase très dure :

ils n’ont pas eu de chance avec moi, je n’étais pas faite pour eux.

Cette difficulté de faire partie d’une famille dont elle se sent exclue brule les pages. Claire Gallois a du faire l’expérience de la vie pour réussir à extirper cette histoire de son intimité et nous la faire partager. Cela n’a pas du être facile. Un texte bouleversant, qui m’a fait couler de chaudes larmes.


Les premières lignes :
(Lire un extrait plus long)

J’aurais voulu naître sous X.
Jamais on ne m’aurait enlevée à Yaya. Jamais je n’aurais eu le sentiment d’être reniée. On dit que la plupart des enfants, éloignés par leur père à la naissance, sans état civil d’origine, privés du nom, de l’histoire de leurs parents, vivent chaque rencontre dans la peur de l’abandon.

La présentation des éditions Stock (et 4e de couverture) :

« Ce livre, c’est un peu comme un secret que je vais dire à tout le monde. L’histoire d’un engagement que j’ai pris enfant et que je n’ai jamais oublié.
Nous sommes dans les années quarante. J’ai six ans et je n’ai jamais vu ma mère. Un dimanche de juillet, elle arrive dans une belle Citroën noire et m’emporte en dix minutes. Ma nourrice court dans la poussière blanche soulevée par la voiture et jette son tablier noir sur sa tête. Je grimpe contre la lunette arrière et je lui dis en moi-même : Je te retrouverai, je te le jure. »


Claire GALLOIS
Et si tu n’existais pas
Stock, janvier 2017, 144 pages.

10e lecture de la Rentrée Littéraire de janvier 2017.

18 réflexions au sujet de « Et si tu n’existais pas – Claire Gallois »

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