Enon – Paul Harding

Paul Harding - Enon - Cherche Midi

– Rentrée littéraire 2014 –

Enon est le nom d’une petite ville des Etats-unis, où habitait la famille de Charlie Crosby. Lorsque sa fille unique Kate meurt dans un accident de vélo, cette famille se désagrège, et Charlie Crosby avec elle.

L’histoire est en effet très simple et résumée en quelques lignes dès le début du roman. Au décès de sa fille unique Kate, Charlie Crosby se retrouve seul – sa femme le quitte – et va tenter tant bien que mal de survivre au deuil insurmontable de sa fille, dans une descente aux enfers de l’esprit et du corps.

Dès le début du livre, on entre à pieds joints dans cette histoire très prenante, sans pathos inutile, Paul Harding montrant bien la difficulté du couple à vivre ensemble cette douleur incommensurable de la perte de l’enfant unique. Ce décès ne rapprochera pas, mais les éloignera.

Mais ce côté intéressant n’est pas le sujet du livre, qui est centré uniquement autour du personnage du père, Charlie Crosby, qui ne va tout simplement pas réussir à faire face à cette perte, à cette douleur, qui va entrer dans une grande dépression, se laisser totalement aller et sombrer.

Cette chute dans les tréfonds de la mémoire et du temps présent est très bien rendue, c’est dur, c’est triste, ne pas attendre de la joie ou de l’espoir de ce roman. Les souvenirs empiètent sur la crasse du quotidien, le whisky et les médicaments essayent en vain d’effacer cette douleur physique et mentale.

C’est tout à fait le genre de livre qui me plait, et ce fut énormément le cas de toute la première moitié du roman.

Mais alors que j’étais totalement ancrée et prise dans la douleur de cette perte, qui me semblait vraiment réelle, à un moment, je dois dire que j’ai ressenti de la longueur, de l’exagération, tant dans les propos que dans le style, et je me suis un peu détachée malgré moi de cette histoire et de cette douleur paternelle.

Mon intérêt a retrouvé sa place vers la fin, et il me reste un souvenir douloureux mais agréable de ce livre. Le souvenir de la lassitude ressentie est d’ailleurs déjà en train de s’estomper au fur et à mesure que les jours passent depuis la lecture de la dernière page.

A noter que Paul Harding a réussi à maintenir l’intérêt d’autres lecteurs jusqu’au bout, comme Jérome et Noukette.

La première ligne de Enon :

La plupart des hommes de ma famille font de leurs épouses des veuves, et de leurs enfants des orphelins. Je suis l’exception. Ma fille unique, Kate, est morte renversée par une voiture alors qu’elle rentrait de la plage à bicyclette, un après-midi de septembre, il y a un an.

La présentation par l’éditeur Cherche midi (ou lien site) :

« La plupart des hommes de ma famille font de leurs épouses des veuves, et de leurs enfants des orphelins. Je suis l’exception. Ma fille unique, Kate, est morte renversée par une voiture alors qu’elle rentrait de la plage à bicyclette, un après-midi de septembre, il y a un an. Elle avait treize ans. Ma femme Susan et moi nous sommes séparés peu de temps après. »
Ainsi commence Enon, du nom de la bourgade de Nouvelle-Angleterre où Charlie Crosby, détruit par cette tragédie, va entamer une longue descente aux enfers qui le mènera aux confins de la folie. Dans un paysage de fin du monde, Charlie se débat avec les démons de la drogue et le peuple des fantômes qui ne cessent de l’assaillir : celui de sa fille, dont l’existence trop brève se reconstitue à travers le prisme de ses souvenirs chaotiques, mais aussi celui des autres morts d’Enon, endormis sous la terre du petit cimetière paroissial que hante Charlie, errant nuit et jour à la recherche de la délivrance.
Paul Harding, par la grâce d’une écriture somptueuse, nous offre un texte palpitant, vibrant d’émotion mais aussi d’humour et d’espoir. Loin de tout requiem, Enon est tour à tour une ode aux beautés inaltérables de la nature, un chant d’amour et un trip halluciné d’une drôlerie souvent féroce. Après Les Foudroyés, ce roman nous donne une confirmation magistrale : Paul Harding fait partie des nouveaux grands auteurs de la littérature américaine.

Challenge RL 2014Le Mois americain
Paul HARDING, Enon
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Demarty
Parution : Août 2014 – Cherche Midi, 288 p.
Original : 2013, Enon

___________________________________
(Dernière mise à jour : 18/09/2014)

14 réflexions sur « Enon – Paul Harding »

    • Les quelques longueurs ressenties ne m’empêcheront nullement de poursuivre la découverte de cet auteur, son écriture me convient également.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *