En mer – Toine Heijmans

Toine Heijmans - En mer - 1018

En Mer, Prix Médicis Etranger 2013, est un roman envoûtant, qui fait tanguer le lecteur au même rythme inquiétant que le narrateur, perdu dans les vagues, perdu dans la nuit, perdu dans le temps, avec une seule idée en tête : sa fille.

En mer est un roman qui porte bien son titre. Dès la première page, alors qu’on ne connaît pas encore l’identité du navigateur (Donald, apprendra-t-on plus tard), on sait qu’il se trouve sur un bateau dans une situation délicate. La nuit vient de se terminer, c’est l’arrivée de l’aube, mais surtout des nuages et de la pluie. La lumière est absente, la lune n’éclaire plus, il fait de plus en plus sombre.

« Je ne suis plus maître à bord ». Il faut regarder la carte, se situer, malgré l’absence de lumière, malgré la fatigue, malgré l’inquiétude et l’orage. La boussole est inutilisable, il faut se concentrer, boire, gérer le vent, éviter que la voile se déchire, faire face aux éclairs, éviter la foudre, mettre son téléphone portable dans le four. « Je ne suis pas seul à bord. J’ai ma fille près de moi, et elle dort ». Il n’aura plus qu’une idée en tête, rentrer à bon port, avec sa fille saine et sauve, et continuer à penser de façon claire, car « si tu cesses de penser de façon claire, la mer t’emporte ».

On reviendra en arrière, pour comprendre comment il en est arrivé à prendre un congé sabbatique pour partir naviguer dans la mer du Nord, comment il a négocié avec sa femme Hagar le fait de pouvoir naviguer avec sa fille Maria pendant quelques jours, entre passé et présent, entre souvenirs et moment présent, le lecteur est au coeur de la tourmente avec son héros totalement dépassé par la fatigue, par les événements, qui pense à sa femme, obnubilé par sa fille, les seules choses qui comptent pour lui, dans sa bataille éperdue contre les éléments naturels.

Avec ce premier roman hommage à Moby Dick, Toine Heijmans réussit avec brio son entrée en littérature dans le domaine de la fiction (il a en effet déjà écrit des essais) : il n’enchantera pas seulement les lecteurs adeptes de voile ou passionnés de navigation en grande mer, mais tous les lecteurs adeptes d’excellentes histoires, qui aiment se laisser emporter par la vague glaçante des phrases et la surprise des mots.

Attention, une fois commencé, il est quasiment impossible de reposer ce roman avant d’être sorti de la tempête fascinante dans laquelle Toine Heijmans nous embarque !

Prix Médicis Etranger
Prix Médicis Etranger 2013

Les premières lignes du roman En mer :

Je n’avais pas vu les nuages. Ils ont dû se rassembler dans mon dos. Ils ont dû s’avancer sur ordre de Dieu sait quoi. Les voilà qui voguent en rangs serrés devant l’étrave. Des galets plats, gris ardoise dans le ciel. Un gigantesque mobile fait de nuages, comme il y en avait un autrefois, suspendu au dessus de son berceau.

Toine Heijmans - En mer - Christian BourgeoisLa présentation du roman En mer, par l’éditeur Christian Bourgeois :

Las du quotidien de sa vie de bureau, Donald décide de partir naviguer seul pendant trois mois en mer du Nord. Maria, sa fille de sept ans, le rejoint pour la dernière étape qui doit les ramener du Danemark aux Pays-Bas, où ils retrouveront sa femme. Mer étale, complicité entre le père et la fille : la traversée s’annonce idyllique. Mais rapidement, les nuages noirs se profilent à l’horizon, et Donald semble de plus en plus tourmenté. Jusqu’à cette nuit cauchemardesque où Maria disparaît du bateau alors que la tempête éclate …

Toine HEIJMANS, En mer
Traduit du néerlandais par Danielle Losman
Parution : Août 2013, Christian Bourgeois / Septembre 2014, 10/18
Original : 2011 – Op zee

3 réflexions au sujet de « En mer – Toine Heijmans »

  1. Est ce dans la veine de l’atroce « Sukkwan Island » ?
    « En Mer » me tente beaucoup , mais j’aimerais avoir ton avis !
    Sympa les mentions +/++ ou bof .
    As tu une mention Beurk ?!
    Amicalement
    Mior

    • Non, je n’ai pas beurk, mais Coups de griffe, et ceux là, j’ai détesté !

      Sinon, « en Mer » n’a rien à voir avec Sukkwan Island : ce n’est pas glauque, ni malsain, ce n’est pas du tout un livre noir en fait. Tu pourrais trouver un lien avec la solitude, et évidemment la rapport père/enfant, mais ça s’arrête là. En Mer a un côté poétique que n’a pas Sukkwan Island, qui est beaucoup plus rude et âpre (je dis ça, mais j’ai adoré Sukkwan Island !)

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