En ce lieu enchanté – Rene Denfeld

René Denfeld - En ce lieu enchanté - Fleuve

- Rentrée littéraire 2014 –

En ce lieu enchanté est un premier roman américain inattendu qui se passe dans le couloir de la mort, où l’on attend son intraveineuse, sauf lorsque l’enquêtrice spécialisée dans les peines de mort réussit grâce à ses recherches et son enquête, à faire réviser la décision judiciaire en perpétuité.

Ce roman est original et surprend à plus d’un titre.

D’abord, le personnage de l’enquêtrice spécialisée. La première surprise, c’est que ce travail existe bel et bien. Non seulement il ne s’agit pas d’une invention romanesque, mais c’est le travail de l’auteure Rene Denfeld elle-même, qui sait donc parfaitement bien de quoi elle parle.

Et ça, déjà, c’est en soi très intéressant, tout comme les questions que ce métier engendrent sur le droit à la vie ou le droit à sa mort. Pourquoi décide-t-elle d’empêcher des monstres humains de mourir ? Parce que c’est son travail dit-elle. En réalité, des raisons personnelles plus profondes répondront mieux à cette question.

Pour le narrateur, l’enquêtrice spécialisée, c’est « La Dame », c’est une femme, c’est le changement de cette routine masculine, très violente et méchante, de cette vie sans espoir ou la mort est la seule certitude : car ce n’est pas la France, la peine de mort est appliquée, et sinon, c’est la perpétuité dans cet endroit de cauchemar : la vraie perpétuité.

La deuxième surprise, c’est la position de l’auteure et du narrateur incarcéré, son point de vue poétique et onirique, un point de vue très personnel et hors temps de ce lieu (sé)enchanté, un point de vue d’autant plus intérieur qu’il ne parle pas. Cela ne dérangera pas, mais l’on ne saura quasiment rien de lui. Il semble être l’un des plus violents et détraqués, mais c’est presque de l’amitié et de la compassion que l’on ressent pour lui.

Il va partager ses pensées, dans des tonalités étonnamment décalées et poétiques par rapport à la violence du lieu, des pensées – ou rêves parfois, on ne sait plus trop – qui viennent contrebalancer l’horreur de cette prison, des éclats de lumières qui viennent allumer cette noirceur. Il a réussi, lui, à se créer son propre lieu enchanté, sous sa couverture, avec des mots, avec des phrases, avec des livres. Il s’est créé un ailleurs, en lui au milieu des autres.

Si les différentes positions du narrateur peuvent surprendre, cette prise de position narrative participe finalement très bien de l’ambiance étrange et agréable dégagée par ce livre atypique et plein de grâce.

Rene Denfeld sera au festival America à Vincennes du 11 au 14 septembre 2014 pour en parler.

=> A lire aussi l’avis de Sandrine.

Les premières lignes :

Ce lieu est un endroit enchanté. Les autres ne le voient pas ainsi, moi si.

La présentation par l’éditeur Fleuve Noir (ou lien site) :

La dame n’a pas encore perdu le son de la liberté. Quand elle rit, on entend le vent dans les arbres et l’eau qui éclabousse le trottoir. On se souvient de la douce caresse de la pluie sur le visage et du rire qui éclate en plein air, de toutes ces choses que dans ce donjon, nous ne pouvons jamais ressentir.

Dans le couloir de la mort, enfoui dans les entrailles de la prison, le temps s’écoule lentement. Coupés du monde, privés de lumière, de chaleur, de contact humain, les condamnés attendent leur heure.
Le narrateur y croupit depuis longtemps. Il ne parle pas, n’a jamais parlé, mais il observe ce monde « enchanté » et toutes les âmes qui le peuplent : le prêtre déchu qui porte sa croix en s’occupant des prisonniers, le garçon aux cheveux blancs, seul, une proie facile. Et surtout la dame, qui arrive comme un rayon de soleil, investie d’une mission : sauver l’un d’entre eux. Fouiller les dossiers, retrouver un détail négligé, renverser un jugement. À travers elle naissent une bribe d’espoir, un souffle d’humanité. Mais celui à qui elle pourrait redonner la vie n’en veut pas. Il a choisi de mourir.
La rédemption peut-elle exister dans ce lieu ou règnent violence et haine ? L’amour, la beauté éclore au milieu des débris ?

Rene Denfeld dépeint un monde d’une grande férocité avec une infinie poésie et une profonde humanité et nous offre un diamant brut d’émotions.

Le Mois americainChallenge RL 2014

Rene DENFELD, En ce lieu enchanté
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frédérique Daber et Gabrielle Merchez
21 août 2014 aux Editions Fleuve (208 p)
Original : 2014, The Enchanted

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(Dernière mise à jour : 10/09/2014

2 réflexions au sujet de « En ce lieu enchanté – Rene Denfeld »

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