Ecrire – Marguerite Duras

Marguerite DURAS - Ecrire - Folio

Ecrire, dans son édition Folio, regroupe cinq textes de Marguerite Duras, le premier étant le magnifique Ecrire, un petit essai sur la solitude de l’écrivain, cette nécessité, ce besoin pour que l’écriture affleure et existe.

Une (re)lecture de ce petit texte, une nouvelle fois, l’envie de noter presque chaque phrase. La sincérité de Marguerite Duras touche à chaque mot, à chaque petit paragraphe, grâce à cette simplicité avec laquelle elle avoue le besoin impérieux d’être seule, d’écrire, pas pour raconter, pas pour se justifier, pas pour construire, simplement pour celui d’écrire. Elle se met à nu, se confie. A défaut ce sera celui de boire.

Le texte est très aéré, une pensée après l’autre, un saut de ligne, un espace, et on entre dans la profondeur de la création qui ne s’explique pas, qui se fait malgré soi. La structure, cette succession de pensées s’explique car le texte fut d’abord des mots, un entretien sur l’écriture, un film de Benoît Jacquot qui s’est déroulé dans la maison de Marguerite Duras à Neauphle-le-Château. Ensuite seulement, le texte.

En vrac, parmi tant d’autres :

« la solitude de l’écriture c’est une solitude sans quoi l’écrit ne se produit pas, ou il s’émiette exsangue de chercher quoi écrire encore »

« je peux dire ce que je veux, je ne trouverai jamais pourquoi on écrit et comment on écrit »

« Etre sans sujet aucun de livre, sans aucune idée de livre c’est se trouver, se retrouver devant un livre »

« Le doute, c’est écrire. Donc c’est l’écrivain, aussi »

A lire, relire et relire encore. C’est décousu et tellement puissant.

Les quatre autres textes « racontent » quelque chose, le décès d’un jeune garçon à la guerre, la mort d’un jeune aviateur anglais, W.J. Cliffe. Et là, devant sa tombe à Vauville, ce n’est pas lui qu’elle veut raconter, c’est écrire, encore et toujours.

Puis ce sera Roma, un texte déroutant. La rencontre amoureuse entre un homme et une femme dans un hôtel à Rome. Elle se repose, il l’aime. Enfin, ils se parlent. Cet échange théâtral décalé sur l’Antiquité, sur la reine de Samarie, ramenée à Rome par celui qui, finalement, ne l’aimait pas, fait perdre les repères, installe des silences, des ruptures, des temps impalpables.

Deux autres textes, l’un sur le « mot pur » et le dernier, qui m’a le moins touchée, quelques pages, L’exposition de la peinture, qui permet encore d’entrer dans l’univers si particulier de Marguerite Duras, qui déroute, dérange parfois, et enchante toujours.


Présentation des éditions Folio :

«Il faut toujours une séparation d’avec les autres gens autour de la personne qui écrit les livres. C’est une solitude essentielle. C’est la solitude de l’auteur, celle de l’écrit. Pour débuter la chose, on se demande ce que c’était ce silence autour de soi. Et pratiquemment à chaque pas que l’on fait dans une maison et à toutes les heures de la journée, dans toutes les lumières, qu’elles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l’écrit.»


Marguerite DURAS (1914 – 1996)
Ecrire
Folio, octobre 1995, 132 pages
Première parution 1993

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