Des éclairs – Jean Echenoz

Echenoz - Des éclairs - Minuit

A première vue, il faut avouer que la vie d’un ingénieur, à l’origine du courant alternatif et de plus de 700 brevets, ne parait pas très attractif. On pourrait s’attendre à des termes techniques abscons, inventions complexes, explications terre à terre …..C’est l’opposé.

Si plusieurs biographies ont déjà été écrites sur Nikola Tesla, Echenoz n’avait clairement pas l’ambition d’en ajouter une de plus au panel existant. Dernière Nikola, nous suivons en réalité le destin de Grégor, et le regard sur Grégor est tracé d’une ligne rapide et brève, un tracé légèrement moqueur parfois, mais également empreint de douceur et de compassion pour la solitude et l’incompréhension du monde face à ses inventions, Grégor qui parait un peu naïf, ne pense qu’à créer, inventer et faire profiter au plus grand nombre, loin des contingences financières et commerciales, et de plus en plus loin des contingences sociales.

Ce fourmillement permanent, puis cet éloignement peu à peu, cette incompréhension et ce rejet sur fond humoriste rapproche étrangement le Grégor d’Echenoz du Grégor Samsa de Kafka. Une autre forme de métamorphose jubilatoire. Est-ce que le choix d’Echenoz est volontaire ? Probablement. L’identité exacte du personnage semble accessoire, seul son prénom l’identifie en permanence, et « notre » Grégor se transforme aussi en une espèce de cancrelat, seul et isolé.

Echenoz avait l’intention d’écrire une trilogie de « vies » romancées, qu’il termine par Des Eclairs ; précipitez-vous sur Courir avec Zatopek et sur Ravel. En tout cas, merci Jean Echenoz pour Des Eclairs.

Les premières lignes du roman Des éclairs :

« Chacun préfère savoir quand il est né, tant que c’est possible. On aime mieux être au courant de l’instant chiffré où ça démarre, où les affaires commencent avec l’air, la lumière, la perspective, les nuits et les déboires, les plaisirs et les jours. Cela permet d’avoir un premier repère, une inscription, un numéro utile pour vos anniversaires. »

La présentation de l’éditeur, Les Editions de Minuit du roman Des éclairs (4e de couverture) :

« Gregor a inventé tout ce qui va être utile aux siècles à venir. Il est hélas moins habile à veiller sur ses affaires, la science l’intéresse plus que le profit. Tirant parti de ce trait de caractère, d’autres vont tout lui voler. Pour le distraire et l’occuper, ne lui resteront que la compagnie des éclairs et le théâtre des oiseaux. »

Jean ECHENOZ, Des éclairs
Parution : Septembre 2010 – Minuit

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