La Duchesse et le Joaillier – Virginia Woolf

Virginia Woolf - Romans & nouvelles - Pochotèque Livre de poche

A côté de ses romans, Virginia Woolf a aussi écrit des petites nouvelles, vraiment toutes toutes petites, l’une d’entre elles La Duchesse et le Joaillier, étant un « bijou » (je sais, c’est facile, mais c’est tellement vrai) de concision et d’efficacité dans le sous-entendu et la stigmatisation sociale.

Les deux personnages principaux sont dans le titre. Le Joaillier, c’est Oliver Bacon, qui est décrit dans toute sa splendeur dès le petit déjeuner servi par un valet. Arrivé très haut grâce à une ascension sociale digne des meilleures légendes, sa caricature est diablement et drôlement bien réussie.

C’est avec une « démarche légèrement chaloupée du chameau au zoo », qu’il se rend « en se dandinant » dans sa boutique, « flairant et soupirant de son long nez pointu ». Virginia Woolf n’hésite pas à décrire le « Jew-eller », avec les préjugés de sa classe, en se moquant et en usant d’ironie, et lorsqu’on apprend que le texte a été révisé à la demande de son éditeur car les signes antisémites étaient trop présents, on se dit qu’on aurait bien voulu lire le texte initial.

Mais comme tout parvenu, on naît et on reste malgré tout un commerçant pour les nobles, les duchesses et les comtesses. C’est donc avec une attitude et un intérêt tout particulier que notre Joaillier va recevoir une de ses clientes habituelles, la fameuse Duchesse, « sa Grâce ».

♡♡ Dans un duo léger et grave, ces deux là vont nous servir un échange inattendu, comme l’est d’ailleurs cette nouvelle et sa finalité. « Amis, et pourtant ennemis. Il était le maître, elle, la maîtresse ». En peu de mots et peu de pages, Virginia Woolf sait aussi bien être pertinente et agréablement caustique dans la description des rapports sociaux et humains, qu’elle est capable de digresser et de développer dans ses pensées, comme dans Orlando notamment.

Lecture commune, que j’ai eu le plaisir de partager avec Claudialucia.

Les premières lignes :

Oliver Bacon habitait en haut d’une maison qui donnait sur le Green Park. Il avait un appartement ; des fauteuils faisaient saillie dans les coins appropriés – des fauteuils de cuir. Les baies vitrées étaient garnies de divans – des divans recouverts de toile de tapisserie.

La note « présentation » de l’édition Livre de Poche – Pochotèque (p. 1281) :

La publication de cette nouvelle suivit d’un mois celle de La Partie de chasse, et dans la même revue, Harper’s Bazaar. Elle avait aussi été conçue pour le recueil devant s’intituler « Caricatures » et le projet en remontre également à 1932 et, de même, la rédaction à 1937. La version publiée est la révision d’une première version dans laquelle le joaillier est doté de tous les stéréotypes du juif, accent yiddish compris. Mais l’antisémitisme populaire transparaît tout de même dans le texte révisé (à la demande de d’éditeur), ne serait-ce seulement du fait que, par le hasard de la langue, l’identification « Jeweller = Jew » relève d’une tradiction très tenace. Bien que son mari, Leonard Woolf, fût juif, Virginia partageait les préjugés fort répandus auprès de ses compatriotes, et peut-être plus spécialement parmi ceux de sa catégorie sociale.

Virginia WOOLF (1882-1941)
La Duchesse et le Joaillier
Traduit de l’anglais par Pierre Nordon
Edition présentée :
Livre de Poche, Pochotèque, Décembre 2002, 1282 pages
VO : 1932, The Duchess and the Jeweller

Challenge un classique par moisPlan ORSEC 2015

12 réflexions au sujet de « La Duchesse et le Joaillier – Virginia Woolf »

  1. tu m’as mis la puce à l’oreille : cette nouvelle est également dans le Folio à 2 euros que je viens d’acheter car il s’intitule « le quatuor à cordes  » !
    Lu immédiatement , et , surprise , aucune note de bas de bas de page pour expliquer le jeu de mots plus que douteux Jew-lewer…littéralement intraduisible il faut bien le dire.
    J’ai adoré cette phrase : « comme un parasol repliant ses nombreux volants, un paon richement emplumé refermant sa volumineuse roue, la duchesse s’affaissa et se tassa en s’écroulant dans le fauteuil de cuir  » .
    J’ai gloussé dans le mien ;-

    • Merci Mior pour cette info, je ne le savais pas du tout. Cette idée de Gallimard d’éditer des nouvelles de l’édition Pléiade à 2 euros est vraiment chouette. Et puis, j’adore la phrase que tu as choisie, elle fait en effet partie du génie des descriptions de cette nouvelle.

  2. c’est marrant je suis en train de lire Les heures de M. Cunningham où il est question de madame Wolf :). Pour sûr, je risque de céder à la tentation post lecture d’une oeuvre de Virginia Woolf. Pourquoi pas celle-là? :)

  3. Bien sûr cette nouvelle est dans le recueil de nouvelles de VW qui stagne dans ma PAL…Je ferais mieux d’en lire une de temps en temps plutôt que d’attendre le moment de tout lire;..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>