Du bonheur d’être morphinomane – Hans Fallada

Hans FALLADA - Du bonheur d'être morphinomane - Denoel

Attention, Du bonheur d’être morphinomane est un recueil de nouvelles de Hans Fallada (1893-1947), écrivain alcoolique et toxicomane, mais qui, contrairement à son titre, ne contient pas uniquement des textes sur l’addiction à l’alcool et la drogue.

Le livre contient en réalité des nouvelles issues de deux recueils, regroupant environ 40 nouvelles et 20 histoires pour enfants.

Hans Fallada est surtout connu pour avoir écrit Seul dans Berlin, roman censuré lors de sa parution en 1946, peu de temps avant la mort de son auteur. Les éditions Denoël ont réédité plusieurs de ses oeuvres, dont Le Buveur, un livre autobiographique à l’humour incisif sur les ravages de l’alcool (que je vous recommande) et ce recueil de nouvelles choisies, Du bonheur d’être morphinomane.

On retrouve dans ces nouvelles cet humour acéré fin et subtil, mené dans une magnifique écriture, qui n’a rien de celle d’un écrivain désespéré et maudit, mais celle d’un homme sachant manier avec grand finesse les maux de son époque, la misère sociale notamment, la délinquance et les ravages de l’alcool, en étant au plus près de ses contemporains. Le lecteur a d’ailleurs le sentiment d’être vraiment aux côtés des personnages, de se trouver dans leur tête.

Si l’on retrouve dans certains nouvelles les « tribulations » d’un morphinomane, plus que l’héroïne, le personnage le plus présent est l’alcool dévastateur. A noter que la vulgarité – que je craignais un peu avec ce style de sujet – est absente. En revanche, l’ironie elle, est toujours présente, avec sa tonalité grinçante très finement maîtrisée.

Hans Fallada ne tente ni d’encenser, ni de condamner les actes, mais décrit – parfois à la manière d’un conte pour adultes – les réactions disproportionnées ou ridicules, les effets néfastes de l’alcool, mais pas seulement, ceux aussi du manque d’éducation ou de l’entêtement (comme dans Le fou d’enfants par exemple), ou simplement, ceux de la vie de couple, de la vie de famille, les effets du temps et du quotidien sur l’individu lui-même, dans des milieux sociaux rarement favorisés.

Sa plume est vraiment très agréable, son écriture est fluide et en même temps assez littéraire. Il réussit à donner à ses personnages une grande présence, des caractères assez forts, auxquels on s’attache assez vite malgré leurs défauts, ou peut-être justement grâce à ceux.

A lire d’une traite ou à picorer, une nouvelle par ci, une nouvelle par là.

Les premières lignes :

C’était cette terrible épouqe berlinoise où je sombrai complètement dans la morphine.
Tout s’était bien pasé pendant quelques semaines, j’avais pu me procurer une grande quantité de pétrole, comme nous appelions ce poison entre nous, et j’avais vécu, libéré du plus grand souci que connait le morphinomane : celui de sa came.

La 4e de couverture des éditions Denoël :

Le quotidien d’un morphinomane. Un alcoolique cherche à se faire emprisonner pour arriver enfin à se désintoxiquer. Une paysanne au mari jaloux perd son alliance pendant la récolte des pommes de terre. Un cambrioleur rêve de retourner en prison où la vie est, finalement, si tranquille. Un mendiant vend sa salive porte-bonheur.

Fallada nous offre une plongée passionnante dans son époque, qui tend un miroir singulier à la nôtre : c’est cet écho qui a guidé le choix de ces textes. Exercices d’écriture quotidiens, anecdotes ou tranches de vie au long cours, ces nouvelles sont très souvent autobiographiques. Elles reflètent remarquablement la diversité de l’écriture de Fallada, retraçant sa vie, ses obsessions, ses passions et ses vices, ses lubies et ses trouvailles, et son inépuisable désir de raconter le monde tel qu’il est, au quotidien, chez monsieur et madame Tout-le-monde.

Hans FALLADA (1893-1947)
Du bonheur d’être morphinomane
Traduit de l’allemand par Laurence Courtois
Denoël, novembre 2015, 352 pages
VO : Gute Krüsliner Wiese rechts et Sachlicher bericht über das Gluck ein Morphinist zu sein.

4 réflexions au sujet de « Du bonheur d’être morphinomane – Hans Fallada »

    • Dans le choix des nouvelles des deux recueils d’origine, a priori très peu, je me suis posée la même question. J’ai par exemple adoré une nouvelle qui met en scène un petit voleur à la façon de Dickens, et je me suis dit que c’était peut-être une « histoire d’enfants » …

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