A distance – Henri Michaux

Henri Michaux - A distance - Gallimard

La première découverte de l’oeuvre poétique de Henri Michaux, à travers le livre posthume A distance a été déboussolante.

Textes saccadés, découpés, d’une grande noirceur pour la plupart, ils montrent que Henri Michaux devait se battre avec ses démons intérieurs, avec les expériences liées à la guerre, et à la mort.

Textes très forts, souvent très durs, ils mettent parfois mal à l’aise mais illustrent finalement très bien le mal être et la solitude du poète.


Pourquoi ce choix ?

A distance est ma première lecture d’un recueil de poèmes de Henri Michaux, dont j’ignorais presque tout. Je savais qu’il était intéressé par la peinture, et je pensais pouvoir retrouver des traces de cette passion dans ces textes. C’était la première raison de mon choix d’Henri Michaux.

Pourquoi A distance ? Simplement parce que livre était visible sur la table de la librairie, le titre m’inspirait, et comme c’était un jeudi, j’ai tout de suite pensé au Jeudi de la poésie.

Mais ma déception a été grande. Je n’ai pas été touchée par les textes, et j’ai même eu du mal à plusieurs reprises à les comprendre. Peut-être parce que certains sont inachevés.

En réalité, ces poèmes, dont plusieurs étaient inédits, ont été publiés à titre posthume, et les textes ont été choisis par son exécutrice testamentaire et compagne (Micheline Phankim) selon ses choix personnels, parmi les textes les plus poétiques de Henri Michaux.

♡♡♡ Mais parmi tout le recueil, un texte m’a vraiment plu Dans le blanc du cri…, qui illustre assez bien l’ambiance générale du recueil.

Henri Michaux - A distance

Henri Michaux

Dans le blanc du cri …(p. 85)
Publié dans Vigies sur cible, Editions du Dragon, 1959
(sans sauts de ligne dans la version originale)

Dans le blanc du cri, le crime s’est trahi, s’est jeté, épouvantable dans la conscience de tous les vivants présents dans les alentours.

Il a fallu ouvrir les volets, les yeux et le reste languissant de la journée presque finie.

Le criminel lui-même, transperçé par le cri, s’arrête et reste sans un mouvement.

Le liquide rouge à l’infime balbutiement, appelé « sang », ailleurs « blut » ou « blood », et même fièrement « sangre », la lame du couteau, les traces et les empreintes des doigts vont bientôt témoigner contre celui qui maintenant s’enfuit, mais en qui, immobile, verticale cathédrale en un instant érigée, le cri inattendu demeure et ne retombe pas.

Le mélange des genresLa poésieHenri MICHAUX (Namur 1899 – Paris 1984)
A distance, suivi de Annonciation
Janvier 1997, Mercure de France, 144 pages
Octobre 2014, Gallimard, 172 pages

8 réflexions au sujet de « A distance – Henri Michaux »

    • Merci pour cette découverte Valentyne. Je vais en découvrir d’autres avant de revenir à Michaux, c’est un auteur un peu difficile pour moi.

  1. H. Michaux peut désarçonner et nous pouvons aussi ne pas tout aimer d’un auteur a fortiori d’un poète ! Cependant ton choix est excellent, ce rouge sang qui s’oppose au blanc du cri est très imagé et réaliste. Que tu penses à la poésie du jeudi un jeudi où tu es en librairie me fait chaud au coeur, j’en suis toute émotionnée !!! :lol:

    • Je suis tellement contente de m’ouvrir doucement à la poésie grâce à toi, c’est un vrai plaisir, même quand je tente un auteur qui me fait perdre pied ; mais j’aime bien perdre bien en fait !

  2. Un texte rouge sang que ce blanc du cri. C’est très beau maisl il est vrai que Michaux est souvent un peu hermétique, ou c’est moi qui ne m’ouvre pas assez. Je l’ai pourtant déjà choisi aussi pour La poésie du jeudi. Mais on ne se balade pas dans l’univers Henri Michaux comme chez nos Arthur,Charles,Paul et les autres.

    • Je pense que je ne connais pas assez la poésie de manière générale, pour apprécier à juste titre. Pour le prochain jeudi, je vais revenir à du plus connu :-)

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