Dernier jour sur terre – David Vann

David Vann - Dernier jour sur terre - Gallmeister

– Rentrée littéraire 2014 –

Dernier jour sur terre est le second livre de David Vann de cette rentrée littéraire – l’autre étant Goat Mountain – un essai cette fois-ci sur un « campus killer » et qui sort directement en livre de poche.

Ce livre est passionnant, à plus d’un titre.

D’abord, le sujet en lui-même. Il s’agit d’une enquête d’un jeune américain, Steve Kazmierczak, qui organise seul, le 14 février 2008, une tuerie dans une Université américaine, avant de se suicider. Une espèce de « remake » de la fusillade de Columbine de 1999, dont s’inspire Steve, entre autres tueries américaines du même style.

La vie de Steve Kazmierczak est très bien décrite, très détaillée, et résulte d’un long travail de recherches et d’enquêtes, d’entretiens réels avec des personnes le connaissant, et d’un accès à des documents originaux de l’enquête policière.

Ce que j’ai vraiment trouvé génial, c’est que David Vann mélange sa propre vie et sa propre expérience en parallèle à celle de Steve Kazmierczak, pour nous montrer leurs ressemblances, et nous faire comprendre qu’il suffit d’un rien pour déraper. David Vann, avec sa jeunesse difficile, aurait peut-être pu devenir aussi un Steve K.

Heureusement, il est resté David Vann, avec ce grain qu’il a conservé et sublimé dans la littérature. En lisant ce livre, on entre dans le personnel et l’intime de l’écrivain de manière très directe, mais aussi, de manière carrément flippante.

En bref, lorsque son père se suicide alors qu’il a treize ans, il se retrouve voué à lui-même, avec pour seul exutoire, les armes à feu, et le pouvoir de tirer, le pouvoir d’expulser cette rage par balles, le pouvoir de tuer. Il en restera, lui, aux animaux. On comprend mieux pourquoi il fait exploser toutes les relations familiales dans ces romans, que ce soit dans Sukkwan Island, Impurs, Désolations ou Goat Moutain.

Steve KazmierczakUn autre aspect très intéressant, derrière cette vie gâchée et totalement détraquée de Steve Kazmierczak, est la facette atterrante de la vie américaine, l’influence des jeux vidéos, de la musique et son agressivité (le titre, « The last day on earth » est d’ailleurs un titre d’une chanson de Marilyn Manson) l’accès libre, bien plus, l’accès encouragé de l’utilisation des armes à feu dès l’enfance – ce qui est totalement incompréhensible pour nous – l’effet des antidépresseurs, des anxiolytiques et autres médicaments sur un adolescent dépressif et mal dans sa peau.

J’ai également retrouvé ce côté fascinant et déshumanisé que j’avais adoré dans Mon ami Dahmer, de Derf Backderf, et du génial « Il faut qu’on parle de Kevin », de Lionel Shriver.

Attention, ce n’est pas un roman, c’est un récit et un essai, très précis, qui se rapproche parfois du document dans ces plus infimes détails (ce qui pourrait peut-être ennuyer et lasser certains lecteurs), qui demande parfois une certaine attention et concentration. Mais, ça vaut vraiment la peine, si vous voulez en savoir plus sur un tel dérapage personnel, sur ce phénomène de société, ou si vous voulez en savoir plus sur David Vann lui-même.

Les premières lignes de Dernier jour sur terre :

Après le suicide de mon père, j’ai hérité de toutes ses armes à feu. J’avais treize ans. Tard le soir, je tendais le bras derrière les manteaux de ma mère dans le placard de l’entrée pour tâter le canon de la carabine paternelle, une Magnum .300.

La présentation par les éditions Gallmeister (ou lien site) :

14 février 2008. Steve Kazmierczak, 27 ans, se rend armé à son université. Entre 15 h 04 et 15 h 07, il tue cinq personnes et en blesse dix-huit avant de se donner la mort. À 13 ans, David Vann reçoit en héritage les armes de son père, qui vient de mettre fin à ses jours. Quel itinéraire a suivi le premier avant de se faire l’auteur de ce massacre ? Quel parcours le second devra-t-il emprunter pour se libérer de cet héritage ? L’écrivain retrace ici l’histoire de Kazmierczak, paria solitaire, comme tant d’autres. Comme lui par exemple qui, enfant, se consolait en imaginant supprimer ses voisins au Magnum.

Dans une mise en regard fascinante, l’auteur plonge dans la vie d’un tueur pour éclairer son propre passé, illuminant les coins obscurs de cette Amérique où l’on pallie ses faiblesses une arme à la main.

Challenge RL 2014Le Mois americainDavid VANN, Dernier jour sur terre
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski
Parution : Septembre 2014, Gallmeister (Totem), 254 p.

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(Dernière mise à jour : 24/09/2014)

6 réflexions sur « Dernier jour sur terre – David Vann »

  1. Alors autant je n’ai pas très envie de découvrir les romans de Vann (parce que je suis déjà assez perturbée comme ça), autant c’est un récit qui m’interpelle beaucoup. J’aime ce que tu dis sur le fait que parfois, on ne peut être qu’à un cheveu du dérapage irréversible. je le note

    • Il n’est pas dans le même « délire » que ses romans, même s’il traite le thème de la violence et des armes à feu, c’est un traitement purement psychologique et factuel, pas de fiction ici, et ce côté de la limite du « dérapage irréversible » est vraiment intéressant.

  2. le livre a l’air passionnant et j’ai très envie de le lire…
    par contre, Marilyn Manson ( Last Day On Earth) ou Nirvana (Son of a Gun) n’ont pas que des fous furieux comme fans, heureusement ^^

  3. Je vais recevoir grâce à un concours un roman (ou récit ?) sur u thème approchant : Son of a gun de Justin St Germain… aussi peut-être lirai-je celui-ci ensuite…

    • Moi aussi, je vais lire Son a of gun, qui a l’air passionnant, Justin St Germain a une façon de parler de son livre, et de sa vie (je l’ai vu au festival america), qui donne vraiment, vraiment envie !

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