Dans la forêt – Jean Hegland

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Gallmeister possède l’art de trouver et de ressortir des petites perles de la littérature nord-américaine. Jean Hegland a écrit Dans la forêt voilà maintenant vingt ans. Traduit en français pour la première fois, cette sortie de la rentrée littéraire de janvier 2017 est un premier roman qui scintille joliment.

Le cadre est celui du futur proche d’une Amérique post-apocalyptique : l’électricité a commencé à se faire rare, puis s’est arrêtée, puis se fut l’essence, les épidémies se sont succédées, les médicaments se sont mis à manquer. Tout cela, petit à petit.

Ce contexte n’est pas développé et exploité dans une manière catastrophique. Il sert surtout de prétexte pour écrire un huis clos, sans les moyens de communication et la technicité du monde contemporain, et instaurer une légère tension qui ne fera qu’augmenter au fil des pages.

Les détails des événements seront connus au fur et à mesure de la lecture du carnet de Nell, qui est la narratrice et raconte sa vie de famille, avec sa soeur Eva. Les deux soeurs ont respectivement 17 et 18 ans. Elles vivent dans leur maison au milieu de la forêt, loin de la ville, avec leur mère et père (du moins au début). Cette isolement sera (peut-être) leur porte de sortie.

Cette histoire d’une survie en milieu hostile est réussie car elle va se vivre différemment. Continuer d’apprendre et d’étudier pour Nell, qui veut aller à Harvard et qui va finir par lire l’Encyclopédie en commençant par la lettre A. Continuer de danser pour Eva, même sans musique, pour peut-être briller un jour sur scène dans Casse-noisette. Continuer avec joie et entrain pour leur père, pour les protéger, mettre en bocal la nourriture, compter les portions, tout anticiper pour protéger ses enfants. Sur cet aspect notamment, ce livre fait beaucoup penser à La route, de Cormac McCarthy qui, soit dit en passant, a écrit son roman 10 ans après Dans la forêt.

Tout en intériorité, ce huis clos atteint tellement bien son objectif, qu’il pourrait déranger les lecteurs claustrophobes ou adeptes d’actions et de mouvements. Le rythme assez lent du quotidien qui s’écoule indéniablement renforce parfois tellement l’effet d’enfermement, tant physique et psychologique, qu’on veut en sortir.

Cela n’entame pas la réussite de ce premier roman, qui s’explique aussi par l’écriture fluide et enveloppante, le souci du détail et des descriptions visuelles, la force du rapport à la nature, la douceur de cette maison-refuge, nécessaire pour faire contrepoids avec les angoisses et peurs qui prennent de plus en plus de place, des mots choisis et percutants, et une tension latente bien cadencée.

Adaptation cinéma :

Si vous n’avez pas encore lu ce livre, vous en avez peut-être entendu parlé. Il a été adapté au cinéma en 2015 sous le même titre, Dans la forêt ou Into the Forest, par Patricia Rozenna, réalisatrice canadienne, avec Ellen Page et Rachel Wood. Sorti aux USA en 2016 (et ailleurs), il n’est pas encore sorti en France. En savoir plus sur Imdb.


jean-heglandJean HEGLAND est née en 1956 dans l’Etat de Washington. Après avoir accumulé les petits boulots, elle devient professeur et se lance dans l’écriture, influencée par ses auteurs favoris, William Shakespeare, Alice Munro et Marianne Robinson. Dans la forêt est son premier roman. Elle vit aujourd’hui au milieu des forêts de Caroline du Nord et partage son temps entre apiculture et écriture.

(Source : Gallmeister)


Les premières lignes de Dans la forêt :

C’est étrange, d’écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d’un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l’eau – tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je suis surprise de constater qu’il s’agit de mon reflet.

La présentation des éditions Gallmeister :

Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Considéré comme un véritable choc littéraire aux États-Unis, ce roman sensuel et puissant met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.


Jean HEGLAND
Dans la forêt
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josette Chicheportiche
Gallmeister, Janvier 2017, 302 pages.
VO : 1996, Into the Forest

1ère lecture du Challenge Rentrée Littéraire janvier 2017

32 réflexions au sujet de « Dans la forêt – Jean Hegland »

  1. J’avais envie de voir le film mais je n’ai jamais entendu parler du livre jusqu’à hier où je l’ai vu en librairie, je ne sais pas si je l’achèterai pourtant, j’ai l’impression que ce n’est pas mon genre d’histoire : /

    • Et l’écriture ne faiblit jamais, elle réussit à garder son niveau d’excellence littéraire pendant toute la durée. C’est vraiment à regretter que d’autres livres d’elle ne soit pas traduit en français.

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